Vue du défilé Georges Chakra haute couture automne-hiver 2017-2018.
On sait peu de choses sur ce couturier allergique aux ballets médiatiques et dont le style parle de lui-même. D'une élégance rigoureuse et nette, il ferait penser par sa sobriété et sa précision aux grands faiseurs de Savile Row, n'était-ce la petite coquetterie dont il ne saurait se passer : son parfum personnel, réalisé sur mesure. Avant d'ouvrir sa maison de couture, en 1985, il avait commencé son parcours par deux années d'études en architecture d'intérieur au Liban, complétées par une spécialisation en stylisme et modélisme à la Canadian Fashion Academy. Il n'a que 22 ans, dans un Liban en guerre, quand il lance sa carrière en solo et prend commande de robes sur mesure qu'il réalise de ses propres mains dans la salle de séjour familiale pour une petite poignée de clientes qui seront ses meilleures ambassadrices.
Persévérant, grand travailleur, il présente sa première collection automne-hiver à Paris lors de la Semaine de la haute couture 2002.
Magie du cinéma
Quatre ans plus tard, en 2006, l'une de ses robes apparaît dans le célèbre film The Devil Wears Prada où Meryl Streep joue une redoutable rédactrice en chef d'un magazine de mode. C'est ainsi que sa carrière décolle véritablement, vingt ans après ses modestes débuts. Il est sollicité par tous les attachés de presse et habille les grandes vedettes de l'heure, de Dame Helen Mirren à Katy Perry, de Blake Lively à Jennifer Lopez, de Queen Latifah à Tyra Banks et bien d'autres. En 2007, il installe son showroom à Paris, un luxueux boudoir dans le triangle d'or. En 2009, il lance sa ligne prêt-à-porter Edition by Georges Chakra qui défile pour l'automne-hiver de la même année à New York.
L'art du dos
Son style lui ressemble, rigoureux, tout en textures audacieuses, avec des coupes impeccables et une attention particulière portée au dos. « Le dos est ma toile vierge. Il exprime les émotions et souligne le mouvement en lui donnant force et assurance », confie Georges Chakra qui n'a de cesse de réinventer ses concepts esthétiques. Souvent inspirées par les jeunes filles en fleurs, ses collections aux accents préraphaélites se déclinent en palettes pastel et broderies florales, accentuées par des nœuds signature. Tout en retenue, le style de ce créateur évite les effets spectaculaires pour ne dégager que sensualité, féminité et poésie.
Force femme
Pour sa nouvelle collection automne hiver 2017 présentée au Musée de l'homme en juillet dernier, dans le cadre de la semaine parisienne de la haute couture, Georges Chakra a décidé d'accompagner l'autonomisation de la femme. La créature éthérée dont il flattait la sensibilité veut de plus en plus assumer une féminité un rien sulfureuse et prendre son destin en main. Entre velours et transparences, le couturier, peintre à ses heures, insinue un graphisme puissant et des contrastes audacieux. Et tant qu'à ajouter des bottes à ces robes de conquérantes, il invente des guêtres transparentes et brodées, hautes comme des cuissardes, qui complètent les silhouettes de ses irrésistibles amazones. Une touche contemporaine est exprimée en asymétries court/long, bustes corsetés, mouvements de capes, jupes à basques, lignes ballerine, drapés, transparence et opacité, ombre et lumière. La palette s'inspire des tonalités automnales avec des nuances nocturnes, bleu de Prusse, vert impérial, pourpre, violine, quartz, mais aussi ambre, orange brûlé. Le noir et le blanc, ainsi que les reflets lamés de bronze et d'argent se glissent dans ces teintes sombres avec subtilité. Au niveau des textures, le velours a le beau rôle. Chatoyant, en nervures ou plein tissu, il s'oppose à la délicatesse de la mousseline, à la finesse de la dentelle et du tulle brodé de cristaux sous lequel s'insèrent des fleurs comme dans les pages d'un herbier. Des plumes soulignent les encolures et les traînes. La robe de mariée clôturait le défilé en un dénouement surprenant. La cérémoniale robe longue laissait place à une minirobe corset, parsemée de fleurs de nacre et ornée de vagues de tulle, portée avec des cuissardes, et assortie à une cape à capuche et une longue traîne.
* NDLR : une erreur de date s'est glissée dans notre article du 29 août intitulé Demain soir, We Are the People. L'ouverture du concept-store de Aïshti est prévue pour ce soir, 30 août 2017 à 18h.
Dans la même rubrique
Châteaux, princesses et pouvoir féminin

