En date du 12/08/2017, un article sous la rubrique « Témoignage », de Mme Zeina Antonios, est paru dans L'Orient-Le Jour avec pour titre choc : « Porter les armes sert juste à aider un chef de guerre à devenir ministre ».
En résumé, le texte porte sur le témoignage du dénommé « Tony » (pseudonyme), ancien milicien quinquagénaire qui a – enfin – trouvé la stabilité et la sécurité après un long « parcours du combattant » d'après-guerre. En effet, l'insertion socio-professionnelle de Tony, au sortir de la guerre en 1990, a été compromise et son cheminement semé d'embûches, en raison surtout d'un retard scolaire consécutif à son engagement guerrier, d'où son amertume doublée de son regret d'avoir combattu et « tout donné pour le chef » qui, selon Tony, en a profité pour devenir ministre.
Indépendamment du timing de ce « témoignage », un de plus d'ailleurs d'une panoplie du même genre disséminée dans la presse locale et internationale depuis la fin de la guerre, on ne peut que déplorer son parti pris qui contribue à façonner le stéréotype fallacieux du « milicien abusé et désabusé », pour ainsi discréditer et dévaluer le rôle sacré du milicien, comprendre ici le résistant libanais de 1975 à 1990, sans qui le Liban aurait changé de figure et d'identité.
Qu'il me soit permis de relever une « sélectivité » dans les expériences vécues du combattant libanais, telles que rapportées par la presse, car d'autres témoignages, moins pessimistes, n'ont presque jamais été recueillis par ladite presse. En effet, bon nombre d'anciens miliciens (et j'en connais) n'ont pas rencontré de difficultés d'insertion dans la vie civile et professionnelle, après la guerre, ou du moins connu un parcours aussi cahoteux. Ils se sont réadaptés, se sont remis aux études, ont appris un métier et ont prospéré, parfois grâce à leur expérience milicienne qui a formé leur caractère et leur a permis de faire face avec plus de résilience aux vicissitudes de la vie. Une bonne part de ce qui nous arrive, dans la vie, découle plus de nos choix personnels que des circonstances. Un cas spécifique, celui de « Tony », par exemple, ne constitue pas la norme, le cas typique du devenir du milicien au sortir de la guerre, mais celui d'un milicien particulier.
À la sélectivité, vient s'ajouter cette « généralisation » fort dommageable et injuste, car la plupart des miliciens n'ont pas combattu pour leur chef de guerre, afin qu'il se fasse ministre, ou député ou président. Ils ont combattu pour une cause, et des plus nobles, car c'est grâce à leurs sacrifices que le Liban est toujours là, et, pas ailleurs, là où Kissinger voulait nous emmener, ou qu'il est toujours membre des Nations unies, et pas une province syrienne, comme le voulaient Assad père & fils.
Il ne sied donc pas de banaliser ces sacrifices et de renier les martyrs, les blessés, les invalides à qui nous devons le salut de notre patrie. Porter les armes au Liban n'a pas servi « à aider un chef de guerre à devenir ministre », mais à pallier les insuffisances ou défaillances de l'État libanais, à le soutenir, à libérer le territoire national et à recouvrer sa souveraineté, bien que celle-ci soit encore incomplète. Toujours sur le thème de la généralisation, les chefs de guerre n'ont pas tous tiré profit de la guerre et exploité leurs combattants. Il y en a qui sont tombés en martyrs. Il y en a qui ont enduré onze ans de détention dans les pires conditions... pour n'avoir pas voulu transiger sur les principes de souveraineté nationale, ni trahir la cause et la mémoire des martyrs, alors qu'ils auraient pu le faire et accéder, non seulement à un ministère, mais à la présidence.
À noter également que la guerre du Liban n'a pas pris fin en 1990, mais s'est poursuivie sous une autre forme, sous la tutelle syrienne, que d'anciens combattants de la résistance libanaise, qui avaient volontairement remis leurs armes à la légalité, conformément à l'accord de Taëf, ont poursuivi le combat pacifique sous la persécution et la tyrannie de l'époque, et cela au moment où leur chef de guerre était incarcéré, où il était bien loin de devenir ministre, où ils n'avaient rien à gagner de lui, ni lui rien à gagner d'eux.
Le « milicien » libanais n'est pas tombé du ciel en parachute. Il est né des circonstances et a évolué au gré des conjonctures et des commandements successifs de sa formation politique. Il est vrai qu'il a fait parfois mauvaise figure en raison des guerres intermiliciennes, fort regrettables, pour lesquelles il n'y était pour rien. Il serait injuste de lui faire endosser les luttes de pouvoir qui le transcendaient, comme il serait tout aussi injuste de ne voir que les luttes occasionnelles de pouvoir et d'oublier la lutte permanente contre l'occupant, ses collaborateurs et les comploteurs.
Cessons donc de diaboliser ou de crétiniser le « milicien » de la résistance libanaise, d'en faire un dévoyé, un égaré ou un manipulé. Ce milicien est un sauveur. Cessons d'en faire un terme péjoratif, de lui conférer une connotation négative. Même le milicien du Hezbollah, dont il est fait mention dans l'article pour faire équilibre, sert la bonne cause tant que son fusil est dirigé dans la bonne direction : contre l'ennemi sioniste. Indépendamment de la position politique à l'égard de sa formation et de la nécessité de concentrer les armes aux seules mains de la légalité, force est d'admettre qu'on doit à ce milicien la libération du sud du pays, même s'il a perdu de son crédit et de sa légitimé avec le changement de rôle, par son implication dans la guerre syrienne, et cela non pas par sa propre décision mais celle de son leadership.
La période de combat n'est pas, comme dit le témoin, « une période de fierté et d'apparat », fierté condamnée à disparaître pour céder la place aux déceptions et aux désillusions, mais une période d'engagement, de peine et de sacrifices dont on tire la plus grande fierté a posteriori, sur le plan personnel si le combattant a survécu, ou sur le plan national s'il est mort pour que l'on vive... libre et souverain.
Ancien combattant FL, sociologue, journaliste, poète, cadre d'entreprise et directeur d'ONG.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef