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Liban

La diplomatie iranienne occulte le Grand Sérail

Liban-Iran
22/08/2017

L'adjoint du ministre iranien des Affaires étrangère aux pays arabes et africains, Hussein Jaber Ansari, est arrivé hier matin à Beyrouth pour une visite officielle de deux jours.
Reçu au salon d'honneur de l'AIB par l'ambassadeur iranien, Mohammad Fathalli, et des responsables de l'ambassade, M. Ansari a entamé sa tournée par une visite à Baabda, avant de se rendre à Aïn el-Tiné, puis au palais Bustros, et en soirée au domicile du député Walid Joumblatt, à Clemenceau.
Son agenda n'inclut pas de rencontre avec le Premier ministre Saad Hariri.

Pour rappel, M. Ansari avait effectué une escale dans la capitale libanaise il y a près d'un mois, après une visite à Damas dont il est un régulier, étant en même temps le chef de la délégation iranienne aux négociations d'Astana.

Sa visite en cours à Beyrouth serait donc à lire sous l'angle de la diplomatie iranienne régionale telle que mise à jour par le « nouveau » gouvernement Rohani, qui a obtenu hier le vote de confiance du Parlement iranien. Un vote dont n'a pas manqué de se féliciter M. Ansari à plus d'une étape de sa tournée. Il précisera, à l'issue de sa rencontre avec le président de la Chambre, Nabih Berry, les « deux principales missions » de la diplomatie iranienne pour l'étape à venir : « La première, fondamentale, consiste à élargir nos relations avec les États à l'échelle régionale, et la seconde à miser sur le renforcement des relations économiques bilatérales avec ces États, mais aussi les autres. » Et de préciser que sa visite au « Liban frère prouve la grande importance que lui accorde l'Iran dans l'exécution de chacune de ces deux missions ».
C'est sur « l'élargissement des relations iraniennes dans la région » qu'il conviendrait surtout de s'attarder, à la lumière de ses incidences sur le Liban.

 

(Lire aussi : « Seule l'armée bénéficie du soutien des Libanais pour défendre le pays »)

 

Il y aurait d'abord une orientation de Téhéran vers un assainissement de ses rapports avec Riyad, que confirme à L'OLJ le consultant Hassan Fahs. Selon lui, un dialogue bilatéral serait même envisagé. Les récents signaux dans ce sens seraient, d'une part, le « silence iranien absolu » sur la relance des relations irako-saoudiennes et, de l'autre, les fuites médiatiques sur la volonté du prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane de trouver une voie de sortie pour son pays de la guerre du Yémen. L'important, pour le Liban, est que cette ouverture affichée par la diplomatie iranienne à l'égard de l'Arabie s'accompagne d'une fermeture à l'égard de Saad Hariri.

Cet apparent paradoxe s'explique par le fait que « l'ouverture » iranienne, si elle a pour objectif de renflouer Téhéran au niveau international, semble devoir passer par un renflouement du régime syrien. « La visite de M. Ansari à Beyrouth coïncide avec la bataille menée par l'Iran » pour renflouer le régime syrien, notamment par le biais d'une « normalisation des rapports de celui-ci avec Beyrouth », estime le chercheur Makram Rabah.

Cette entreprise est facilitée par le fait que la politique de distanciation officielle reste théorique. Le passage du diplomate iranien hier à Baabda en serait une illustration. Selon le communiqué du palais présidentiel, le chef de l'État « a réaffirmé la constante libanaise de non-ingérence dans les affaires arabes internes et de distanciation des conflits extérieurs », avec une référence particulière à « l'unanimité nationale dont bénéficie l'armée dans sa guerre contre le terrorisme (...) dans les jurds de ses frontières nord-est ». Si son interlocuteur iranien n'a pas manqué de « transmettre au président les félicitations de la République iranienne pour le succès de l'armée », il n'a pas manqué non plus, mais à Aïn el-Tiné, de placer le triptyque armée-peuple-résistance au cœur de ce succès. « Ces victoires, le Liban frère a pu les accomplir au cours des derniers jours grâce à son peuple, son armée et sa résistance », a-t-il asséné.

 

(Lire aussi : Le gouvernement ne veut rien entendre sur la visite à Damas)

 

Par-delà la rhétorique de distanciation, le seul résultat concret de la visite de M. Ansari à Baabda a été « la promesse du président Aoun de répondre à l'invitation officielle qui lui a été adressée de se rendre en Iran », selon le communiqué présidentiel, non sans valoriser l'importance « de renforcer les relations bilatérales dans tous les domaines ». Cette même expression sera reprise telle quelle par le diplomate iranien à l'issue de son entretien avec son homologue Gebran Bassil. Dans le contexte interne et régional actuel, faut-il préciser que dans la logique de Téhéran, « la fraternité » libano-iranienne est un canal de retour à la « fraternité » libano-syrienne ?

 

Pour mémoire

Téhéran et Pékin font assaut de diplomatie à Beyrouth

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Remy Martin

Lorsqu'une relation diplomatique devient un boulet, on y met un terme, unilateralement. On peu trever, non ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS REVENT D,HEGEMONIE SUR LE PAYS VIA LEUR MILICE SUR PLACE...

RE-MARK-ABLE

Un Liban nouveau est né fait de victoire et d'indépendance par rapport à l'ancien.

Le Faucon Pèlerin

La fratrie du Liban s'élargit, voici l'Iran qui s'y ajoute sans qu'on le lui demande en ignorant Saad Hariri, le chef du gouvernement légal du Liban, souverain, indépendant et libre.

gaby sioufi

lecon que l'histoire du liban veut bien repeter:
ON nous sacrifie sur l'autel de leurs interets.
QUI CA ? ON ? eh bien les pays amis avnt ceux ennemis, l'arabie en tete.
COMMENT CA ? en jouant sur la fidelite de nos politiques , leur ardeur a vouloir leur interet propre avant le notre- peuple du Liban et bien sur sur leur bon vouloir et leur complicite , pire encore leur acquiescement joyeux.

Pierre Hadjigeorgiou

Aoun a été le principal acteur de la soumission et de l'occupation du Liban par le régime Syrien, et aujourd'hui il est a nouveau le cheval de Troie dans les rangs des dis souverainistes. L'est il vraiment un souverainiste? Quel rôle joue-t-il depuis 1989? Je me le demande... Il est contre les milices mais soutient celle du Hezbollah, il est contre la Syrie mais un général a l’ordre de Assad, Il veut l'abolition du féodalisme mais gère les affaires de son parti en famille, il veut se battre contre la corruption mais y est trempé jusqu'au cou, il veut que tous respecte la loi et la constitution et il est le premier a la bafouer, il soutient l’armée mais a appelé par deux fois a la discréditer... la liste est longue... Aux peuple d'en décider lors des prochaines élections. Il est temps de le remettre en place, a sa place... a la retraite lui et son parti...

Irene Said

Eh oui, le Liban "petit frère" très obéissant de son "grand frère l'Iran" fait tout ce qui lui est ordonné, mené d'une main ferme par son très dévoué "oncle" libanais !
Notre pays et ses divers "responsables" réalisent-ils où cela va nous mener ?
Irène Saïd

Khlat Zaki

Rohani ou la politique des petite pas, efficace sans doute, concluante peut-être. A suivre avec intérêt.

FAKHOURI

Aux ordres !
En attendant de marcher aux pas cadencés !

Bery tus

le president a bien préciser la distanciation envers les conflits de ce moment !!!

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