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Moyen Orient et Monde - Attentats de Barcelone

L’Espagne, plaque tournante du jihadisme en Europe ?

La Catalogne est la région où l'implantation des réseaux terroristes est la plus importante.

Des Espagnols rassemblés autour d’un mémorial improvisé sur l’allée centrale des Ramblas, hier à Barcelone. Susana Vera/Reuters

L'Espagne a été jeudi, pour la première fois, la cible d'attentats revendiqués par l'État islamique, faisant 14 morts et plus d'une centaine de blessés. Jusqu'à maintenant épargnée par les attentats perpetrés par l'organisation dans de nombreuses grandes villes européennes, l'Espagne était préservée depuis l'explosion d'une série de bombes en 2004 dans plusieurs gares madrilènes. À Barcelone jeudi, ni attentats-suicide comme à Manchester ou Bruxelles, ni d'armes à feu comme à Paris. La troisième destination touristique mondiale a été frappée à deux reprises dans la station balnéaire de Cambrils et la ville de Barcelone, où un véhicule lancé à pleine vitesse sur l'allée piétonne des Ramblas a fauché les passants par dizaines. Dans ce pays de 45 millions habitants, dont près de deux millions sont musulmans, la capitale catalane est un symbole de la jeunesse, de la fête et de la modernité. « Aurait-on pu éviter l'attentat ? Sans doute pas. Quoi qu'il y a deux mois, la CIA américaine avait prévenu la police autonome catalane – les Mossos – que Barcelone allait devenir une cible des terroristes », révèle Jean Chalvidant, docteur en civilisation espagnole, criminologue et spécialiste de l'Espagne à l'Institut de criminologie rattaché à l'Université II Panthéon-Assas.

Comme à Nice, où une attaque au camion bélier avait fait 86 morts et 458 blessés le 14 juillet 2016, Barcelone est une cible évidente pour semer la mort. Avec plus de dix millions de visiteurs par an, la deuxième ville d'Espagne est une destination prisée des touristes, notamment en été. Preuve en est que 35 nationalités différentes ont été victimes de l'attaque perpétuée jeudi par l'EI. Le parallèle entre la longue avenue des Ramblas et la mythique Promenade des Anglais niçoise, qui rassemblent chaque jour de nombreux touristes, n'est pas difficile à établir. Y appliquer le même mode opératoire semble de fait s'inscrire dans la ligne stratégique que mène l'EI. « Barcelone s'avère avoir été un objectif parfait, avec ses millions de touristes – alors que Madrid est désert en ce moment – qui vont rentrer dans leurs pays, propageant la crainte de Daech. L'attentat a autant meurtri les corps que les esprits. Les autorités espagnoles ont parfaitement conscience du problème, puisque, l'an dernier, 24 raids antiterroristes ont été menés », explique le spécialiste.

 

(Reportage : Nuit de désolation à Barcelone, frappée en plein cœur)

 

Liens avec Bruxelles ?
Depuis plusieurs années, Barcelone est la cible de nombreux attentats déjoués, comme celui fomenté par un groupe de onze terroristes en avril 2015, projetant de faire exploser plusieurs bombes au cœur de la capitale catalane. Peu de place au hasard donc quant au lieu choisi. Un rapport du Real Instituto Elcano publié en 2016 plaçait déjà « la région métropolitaine de Barcelone comme le principal foyer du terrorisme jihadiste en Espagne ». Selon le ministère espagnol de l'Intérieur, cinquante personnes ont été arrêtées de 2012 à octobre 2016 dans la région de Barcelone pour des liens entretenus avec le terrorisme jihadiste, sur 190 individus dans la totalité du territoire espagnole, dont 63 en Catalogne. Le 25 avril dernier, neuf personnes étaient interpellées dans la région pour appartenance à une organisation terroriste, quatre de ces derniers étant alors détenus en raison des liens qu'ils entretenaient avec les terroristes responsables des attentats de mars 2016 à Bruxelles.

 

 

En Europe, l'Espagne est considérée comme une des portes d'entrée pour les jihadistes en provenance du Maghreb, dont la proximité géographique avec le Maroc peut expliquer une immigration plus aisée. À titre d'exemple, plus de 500 000 Maghrébins vivent actuellement à Barcelone, chiffre qui a connu une croissance de 19,5 % entre 2011 et 2015. Mais l'implantation des réseaux radicalisés dans la région est beaucoup plus vieille. En 2004 déjà, le commando responsable de l'attentat de Madrid, dans lequel 191 personnes avaient trouvé la mort et 1 900 autres avaient été blessées, s'était réuni dans la capitale catalane pour préparer son organisation. « Autre raison, la proximité de la "frontière" française, purement symbolique, permet en cas de risque de se replier en moins d'une heure », analyse M. Chalvidant.

C'est proprement l'engagement des forces espagnoles sur le territoire irakien qui à l'époque avait déclenché le massacre commis par el-Qaëda à Madrid. L'histoire semble se répéter. Dans son communiqué publié après l'attentat de Barcelone, l'EI précise que « l'opération a été menée en réponse aux appels à cibler les États de la coalition » internationale antijihadiste. Si l'aide de l'armée espagnole est essentiellement financière en Syrie, son implication en Irak depuis 2014, aux côtés notamment des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni, a entraîné l'envoi de trois cents instructeurs militaires afin de former des bataillons et des soldats irakiens pour combattre les jihadistes. « En ce sens, elle est une cible, au même titre que la France, les États-Unis ou la Russie », résume le spécialiste.

En outre, l'historique religieux du territoire espagnol semble lui donner un caractère particulier aux yeux des cellules islamistes. « Si l'on se réfère aux textes publiés par el-Qaëda et ses satellites, il est question de reconquérir les territoires perdus par les armes en 1492, ceux qu'ils appellent al-Andalus, englobant la totalité de l'Espagne », rappelle Jean Chalvidant. Considérée par les terroristes islamistes comme une terre historiquement musulmane, une grande partie de la péninsule ibérique a certes été dominée un temps par les musulmans, mais seulement du VIIIe au XVe siècle.

 

(Repère : Attaques de Barcelone et Cambrils : ce que l'on sait)

 

« C'est de guerre dont il s'agit »
Dans la ligne de mire de l'EI, l'Espagne durcit sa politique en matière de lutte antiterroriste depuis 2004. À coups de réformes du code pénal, l'État espagnol s'efforce de donner des réponses au phénomène de radicalisation. De nouveaux types de délits tels que l' « endoctrinement passif », qui consiste à se laisser embrigader, ou l'endoctrinement d'individus à des fins terroristes ont ainsi intégré le droit espagnol. Face à la menace terroriste, Barcelone et le reste du pays sont placés sous haute surveillance depuis l'attentat parisien de Charlie Hebdo, survenu le 7 janvier 2015. Une vigilance qui laisse penser qu'une faille existe dans la politique menée sur son territoire. « L'Espagne était jusqu'à hier placée en alerte 4 (sur 5 possibles), ce qui prouve qu'elle avait parfaitement conscience du risque encouru », affirme le docteur en civilisation espagnole.
Si le caractère imprévisible de la menace terroriste met les gouvernements européens à rude épreuve, les civils restent les premières victimes, avec près de 240 morts recensés en Europe depuis janvier 2015. « C'est de guerre dont il s'agit », conclut Jean Chalvidant.

 

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Les Barcelonais s'attendaient à un attentat

L'Espagne a été jeudi, pour la première fois, la cible d'attentats revendiqués par l'État islamique, faisant 14 morts et plus d'une centaine de blessés. Jusqu'à maintenant épargnée par les attentats perpetrés par l'organisation dans de nombreuses grandes villes européennes, l'Espagne était préservée depuis l'explosion d'une série de bombes en 2004 dans plusieurs gares madrilènes....
commentaires (1)

Quitte à se répéter et paraître relou parfois , l'alliance wahabito-occidentale sous la direction manipulatrice des sionistes d'israel est NEFASTE POUR LE MONDE CIVILISE. ON ne pourra jamais m'expliquer que les armes et les services secrets que prodiguent les occidentaux aux wahabites leurs alliés , soient aussi inopérants . Sorry pour insister autant .

FRIK-A-FRAK

12 h 16, le 19 août 2017

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Commentaires (1)

  • Quitte à se répéter et paraître relou parfois , l'alliance wahabito-occidentale sous la direction manipulatrice des sionistes d'israel est NEFASTE POUR LE MONDE CIVILISE. ON ne pourra jamais m'expliquer que les armes et les services secrets que prodiguent les occidentaux aux wahabites leurs alliés , soient aussi inopérants . Sorry pour insister autant .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 16, le 19 août 2017

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