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Économie

Raëd Khoury écarte le directeur des silos à grain

Polémique

Le ministre de l'Économie et du Commerce veut réformer cette administration qui gère le stockage des céréales. Son prédécesseur, Alain Hakim, dénonce un effet d'annonce.

12/08/2017

Le ministre de l'Économie et du Commerce, Raëd Khoury, a tiré à boulets rouges hier sur la direction des silos, qui gère notamment le stockage des céréales dans le port de Beyrouth. S'exprimant lors d'une conférence de presse au ministère, M. Khoury s'est appuyé sur les conclusions d'un rapport « de cent pages » du cabinet d'audit PricewaterhouseCoopers (PwC, basé à Londres). Ce dernier a rédigé ses observations à partir d'une étude de terrain réalisée au printemps à la demande du ministère, « suite à un grand nombre de plaintes de commerçants et de clients ».

Le ministre a également annoncé avoir démis de leurs fonctions le directeur en charge de cette administration, Moussa Khoury, ainsi que cinq agents, faisant état « d'infractions rendant impossible leur maintien à leurs postes respectifs. » M. Khoury avait été nommé en 2014, pendant le mandat d'Alain Hakim, prédécesseur de l'actuel ministre de l'Économie de février 2014 à décembre 2016. Ce dernier s'est par ailleurs défendu de toute attaque envers M. Hakim.

Dans le rouge depuis 2013
La politique d'approvisionnement en blé du Liban est assurée depuis la fin des années 1950 par l'Office des céréales et de la betterave sucrière, rattaché au ministère de l'Économie. Elle doit notamment gérer, avec l'Autorité du port de Beyrouth, les espaces de stockage de céréales d'une capacité d'environ 120 000 tonnes, une mission déléguée à la direction des silos qui emploie une centaine d'agents.

Dans son rapport, PwC pointe notamment du doigt plusieurs irrégularités qui touchent aussi bien la gestion de la direction que l'état des installations placées sous sa responsabilité. Parmi les griefs soulevés figurent notamment des manquements au niveau de la maintenance des équipements, de la tenue des inventaires, du respect des règles de comptabilité ou encore des normes en matière de sécurité et d'hygiène.

Le rapport est particulièrement critique concernant la gestion des ressources humaines et la politique de recrutement, qualifiée « d'aléatoire. » Les auditeurs soulignent notamment le fort degré d'absentéisme – qui se compte en centaines d'heures non travaillées –, le manque de productivité ou encore l'absence de compétence d'une partie des employés.

Une situation d'autant plus problématique que la direction, critiquée pour son absence de stratégie et qui perd de l'argent depuis 2012, consacre 80 % en moyenne de ses dépenses annuelles aux salaires de ses agents. PwC enfonce le clou en indiquant que le solde du compte de cette administration à la Banque du Liban est passé de 23,2 milliards de livres (15,4 millions de dollars) en 2012, à 16,2 milliards de livres (10,8 millions de dollars) en 2016.

Les auditeurs alertent enfin sur les conséquences de ces défaillances sur la situation financière de la direction des silos, qui « pourrait faire faillite dans cinq ans si la situation restait en l'état », confirme le bureau du ministre. « Les silos ne sont pas utilisés à leur plein potentiel, justement parce que les commerçants n'ont pas confiance dans la manière dont ils sont gérés », analyse un professionnel du secteur, sous couvert d'anonymat. Autant d'arguments à charge qui justifient, pour le ministre, les licenciements annoncés. M. Khoury a en outre affirmé sa volonté de réformer cette administration afin de la rendre efficace et rentable en cinq ans. Un objectif qui passe notamment par la numérisation de ses services, entre autres moyens.

Contacté par L'Orient-Le Jour, M. Hakim a pour sa part qualifié la sortie de l'actuel ministre de l'Économie de « tempête dans un verre d'eau », affirmant qu'il avait lui-même soulevé pendant son mandat la nécessité de moderniser la direction des silos. « Nous avions formulé plusieurs demandes d'ouverture de crédits au Conseil des ministres pour réhabiliter les infrastructures et réformer le fonctionnement des services qui en assurent la gestion », a-t-il déclaré, évoquant une enveloppe maximum de 40 millions de dollars. M. Hakim regrette également « que les six membres licenciés par les services du ministre actuel aient été licenciés dans des conditions discutables du point de vue de leurs droits en tant que fonctionnaires », sans plus de précisions. Il juge enfin « amusant » que les services de Raëd Khoury, qui appartient au Courant patriotique libre, aient licencié six membres appartenant... au parti Kataëb, dont M. Hakim est lui-même membre.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET CEUX QUI EMPLOIENT D,AUTRES FORMES DE SILOS POUR D,AUTRES ILLEGAUX GRAINS ?

Bouez Chahine

Un ministre venu de la société civile, jamais élu par les suffrages universelles, qui ne représente, donc, que lui-même, qui décide, sans l'accord du Gouvernement, de visiter la Syrie "officiellement" devrait être démis de ses fonctions de ministre désigné. Il s'appelle Raéd Khoury.

Marionet

c'est pas banal! M. Hakim savait que les 6 fonctionnaires licenciés appartenaient au part Kataêb et que c'est la raison de leur licenciement. De là à penser que c'était aussi le motif de leur embauche...évoque-t-il leurs diplômes, leurs compétences /expériences professionnelles ? Non, rien à cirer. Ce qui compte, c'est leur affiliation partisane. Et si ça se trouve, son successeur de ministre ne fera pas autre chose et nommera six clones CPL. Et les silos seront bien gardés!

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