Nos Lecteurs ont la Parole

Un mauvais système électoral

par Nabil Mallat
OLJ
12/08/2017

Vingt-deux partis, rassemblements ou courants politiques déjà représentés au Parlement suite aux élections législatives générales de 2005 ne suffisaient plus. Il faut qu'ils soient, un jour, trente, quarante ou cinquante, tous bien entendu bien représentés au sein du gouvernement pour donner au peuple le droit d'espérer...
D'où la proportionnelle.
Affirmons-le d'emblée : le scrutin proportionnel est le pire système électoral dans un pays déjà sujet à un multipartisme effréné.
Ce système confus, presque anarchique, mène invariablement à un pouvoir exécutif affaibli, divisé, et donc incapable de trouver des solutions aux problèmes des citoyens.
Car dans une démocratie, ne l'oublions quand même pas, c'est toujours du citoyen qu'il doit s'agir. Et le contact du citoyen avec l'État se fait principalement à travers l'administration publique. À quoi servirait, en effet, un Parlement où tout le monde – et bien plus encore – est représenté s'il crée des entraves au bon fonctionnement de l'État ?
D'ailleurs, quel pays a déjà vingt-deux partis, rassemblements ou courants politiques ? Même les pays qui ont adopté le scrutin proportionnel en ont moins. Voici quelques exemples : le Danemark en a 8, les Pays-Bas, 14, la Norvège, 15, l'Italie 13, et notez bien qu'il s'agit du Danemark, des Pays-Bas, de la Norvège et de l'Italie !
Cela prouve que les pays qui adoptent le scrutin proportionnel ont :
premièrement, une maturité politique et démocratique ;
deuxièmement, un système de partis politiques bien en place ;
troisièmement, un besoin éminent de faire représenter une plus grande partie du secteur politique.
Trois considérations inexistantes au Liban puisque le Liban avec son scrutin majoritaire a déjà vingt-deux partis, rassemblements ou courants politiques représentés.
Au Liban, le scrutin proportionnel a malheureusement été propulsé par trois fausses raisons. D'abord, par un recoupement d'intérêts purement électoraux des partis déjà au pouvoir. Ensuite, par la conviction profonde de certains partis que le scrutin proportionnel affaiblira leurs opposants, ce qui pourrait être vrai. Enfin, par ce phénomène de mode que les Libanais ont de plus en plus et qui consiste à aller voir ailleurs ce que font les autres car si les autres le font, c'est que ça doit nécessairement être bien.
Or une loi électorale est une affaire sociologique et historique. Elle n'est pas juridique. Cela, c'est le juriste qui vous le dit !
Un pays comme le Liban, qui n'a connu que le scrutin majoritaire depuis 1868, date de la première élection au Mont-Liban et dans tout le Moyen Orient, ne s'aventure pas, à une période historique de l'existence même de la région, dans un nouveau système connu pour sa confusion. D'ailleurs, face aux pays cités ci-haut, nous pouvons bien opposer les États-Unis, le Royaume-Uni et la France qui, elle, n'a organisé des élections sur une base proportionnelle qu'une seule fois durant la Ve République.
Le système qui convient le mieux au Liban est le scrutin majoritaire. Les craintes justifiées de certains, relatives à l'équilibre confessionnel, auraient bien pu être atténuées par un nouveau découpage géographique qui d'ailleurs est devenu légitime et même nécessaire dans certaines régions.
Un mode de scrutin majoritaire donc avec des circonscriptions électorales de 2 à 4 députés aurait eu l'avantage d'être clair pour les organisateurs, les candidats et les électeurs. Mieux encore, il aurait répondu au double besoin d'assurer, d'un côté, une représentativité saine des composantes du pays et, de l'autre, le maintien du contact entre ces différentes composantes.
La proportionnelle, mode de scrutin favori de la IVe République, connue pour avoir été la république du régime d'assemblée et de la confusion des pouvoirs, est exactement cela.
La confusion.

Nabil Mallat
Prix France-Liban 2013

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