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Culture

Michel Sardou, parce que c’est lui

Festival Ehdeniyat

Arrivé hier soir à Beyrouth, Michel Sardou fait ses adieux à la scène dans le cadre d'une dernière tournée englobant le Liban, qui figure parmi les pays choisis et privilégiés. Ce vendredi soir, à Ehden, les spectateurs danseront avec lui sa « Dernière danse ».

Danny MALLAT | OLJ
11/08/2017

Avec plus de 100 millions d'albums vendus en 50 ans de carrière, soit 5 400 albums par jour, le chanteur à la voix de baryton se place en 6e position de la liste des chanteurs préférés des Français. Michel Sardou a toujours chanté sans retenue, sans jamais hésiter à dire ce qu'il avait envie de dire, quitte à choquer ou à faire plaisir. Taxé de fasciste, de sexiste, de réactionnaire et de colonisateur, l'artiste aux coups de gueules et aux multiples polémiques reste le chanteur français le plus adulé souvent, et le plus détesté, parfois... Il est arrivé hier soir à Beyrouth à bord d'un avion privé et il donnera un concert ce soir, dans le cadre de sa tournée mondiale La Dernière danse, au festival Ehdeniyat du village du Nord-Liban qu'on appelle le jardin d'Eden.

 

(Lire aussi : Neuf tubes à mettre dans sa playlist estivale)

 

 

La force des mots
Il était jeune, il était maladroit, il avait 20 ans et n'avait pas la langue dans la poche. Celui qui a toujours su capter le moment prend son envol avec Les Ricains, sorti en 1967. Quand le général de Gaulle condamne l'intervention américaine au Vietnam et claque la porte de l'OTAN, Sardou, lui, rend hommage aux appelés américains de la Seconde Guerre mondiale. La chanson est interdite de diffusion sur les radios françaises. C'était mal calculer la star en devenir. Mais l'artiste ne se laisse pas intimider, fort de ses convictions : « Les Américains ont bien libéré la France, non ? » Il insiste, persiste et signe, en invectivant directement le président de la République française, avec Monsieur le Président de France (1969), rappelant ainsi à la France la dette qu'elle a envers son allié américain et s'indignant du comportement de certains manifestants contre la guerre du Vietnam qui n'hésitaient pas à brûler le drapeau américain : « Dites à ceux qui ont oublié, à ceux qui brûlent mon drapeau, qu'en souvenir de ces années, ce sont les derniers des salauds. » Vilipendé et critiqué, il demeure néanmoins le chanteur de droite à qui le président de gauche François Mitterrand dira un jour : « Vous êtes un homme en angles aigus. Je suis fatigué des hommes ronds. » Ses chansons ont toujours provoqué une montée de fièvre, ses textes se démarquant par une prise de position non exemptée quelquefois de maladresses : Je suis pour (1976), où on lui reprochera de faire l'apologie de la peine capitale, Les villes de grandes solitudes où il déclenchera la foudre des féministes, et Le rire du sergent qui le fera passer pour un homophobe.

 

(Pour mémoire : Michel Sardou annonce qu'il va arrêter de chanter)

 

Le pire comme le meilleur
Et pourtant, l'artiste, pour qui la femme est un amalgame d'autorité et de charme, est un concentré de revendications, de prises de position, de radicalisme et de machisme, mais aussi de romantisme, d'émancipation, de patriotisme, de liberté et de changement. À son pays qu'il aime par-dessus tout, il dédie J'habite en France et Les bals populaires, où il évoque la douceur de vivre et le bonheur « à la française », vantant au passage quelques qualités « made in France » telles que : les jolies femmes, le bon vin et l'amour.

L'Amour ! Ce que Michel Sardou sait chanter mieux que personne, jusqu'à faire rougir « les putains de la rade », et « faire crier grâce à tous les échos », l'amour qui résiste au temps, celui qui évoque une vieillesse heureuse, l'amour comme maladie qui n'épargne aucune génération, l'amour des corps, l'amour d'un soir, l'amour défendu et l'amour filial pour son père, comme pour se faire pardonner d'avoir été un mauvais fils, pour son fils, comme pour oublier d'avoir été un mauvais père. Et vient le moment où son désir d'apaiser les esprits après les polémiques prend le dessus et où il confiera dans un de ses plus grands succès populaires,

Dix ans plus tôt (1977) : « Si j'ai des idées quelquefois qui dérangent, j'en ai aussi qui font danser. » Danser, mais aussi transporter dans des univers magiques. Avec son parolier Pierre Delanoë, partis sur un son capté par erreur et un dépliant touristique, ils créent Les lacs du Connemara, l'un de ses plus grands succès, sans qu'aucun des deux n'aie jamais mis les pieds sur ces landes irlandaises. En 2011, Sardou recevra une distinction honorifique remise par l'ambassadeur d'Irlande en France, à l'occasion du 30e anniversaire de la chanson.

Provocateur, certes, mais assumant ses choix et son franc parler, avouant ses propres faiblesses et ses maladresses, il reste aujourd'hui à 70 ans l'artiste qui ne cessera de drainer les foules, de susciter l'enthousiasme et d'occuper la scène comme un ricain de 20 ans.

 

 

 

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Adonis Le Phénicien Cananéen

Quand j'étais petit garçon, je repassais mes leçons, en chantant, et quelques années plus tard, je chassais mes idées noires, en chantant, la vie c'est plus marrant, c'est moins désespérant en chantant..............

C'était la chanson préférée de mon enfance meurtrie par la guerre.

Merci Michel Sardou pour avoir éclairé une bonne partie de mon enfance par tes rayons de soleil Ô combien bénéfiques.

Moi, je ne t'oublierai jamais, tu resteras pour moi le meilleur chanteur de tous les temps.

C'est avec un pincement de coeur que j'apprend la nouvelle de ton départ du monde du spectacle. Je continuerai cependant à écouter et à me bercer de tes chefs-d’œuvres qui sont pour moi inégalables.

Edmond Wehbé.

Gros Gnon

Un grand merci à un grand Monsieur (avec un M majuscule!).

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