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Moyen Orient et Monde

Golfe : retour sur deux mois de crise

Repère

Retour sur les tensions les plus graves dans la région depuis la création du CCG en 1981.

Julie KEBBI | OLJ
05/08/2017

Le 5 juin dernier, l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l'Égypte rompaient subitement leurs liens diplomatiques avec le Qatar. « Le Qatar accueille divers groupes terroristes pour déstabiliser la région, comme la confrérie des Frères musulmans, l'État islamique et el-Qaëda », a déclaré Riyad pour justifier sa décision. Doha se voit alors imposer un blocus terrestre, aérien et maritime par ses pairs du Golfe. En boycottant un voisin devenu trop proche de leur ennemi iranien, les pétromonarchies et l'Égypte espéraient pouvoir ramener Doha sous leur coupe au plus vite, alors que le richissime émirat cherche à s'émanciper du contrôle saoudien.

Pourtant, deux mois plus tard jour pour jour, chaque partie campe sur ses positions dans la crise la plus grave depuis la création du Conseil de coopération du Golfe en 1981. Une crise qui, en s'inscrivant dans le temps, a pris de court de nombreux commentateurs.

 

Panique à Doha
Suite à l'annonce de la rupture des liens diplomatiques et du blocus imposé par l'Arabie saoudite et ses alliés, l'émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, s'abstient, dans un premier temps, de tout commentaire dans la presse à ce sujet. Peu après l'annonce du blocus par les voisins du petit émirat, la panique gagne peu à peu les Qataris, qui dévalisent les supermarchés alors que près de 40 % des importations de denrées alimentaires proviennent d'Arabie saoudite, par la seule frontière terrestre, désormais fermée. Mais deux lignes maritimes sont ouvertes le 12 juin avec Oman, et de leur côté, l'Iran et la Turquie envoient des produits alimentaires.

Le ministre qatari des Affaires étrangères, le cheikh Mohammad ben Abderrahmane al-Thani, dénonce ouvertement « l'objectif clair » de Riyad et ses alliés : « placer le Qatar sous tutelle, ce qui marque une violation de sa souveraineté ». Pendant ce temps, le petit émirat gazier rallie des soutiens à sa cause, avec l'Iran en tête de file.

 

(Lire aussi : « Le choix des navires de guerre n’est pas anodin » pour Doha)

 

Des demandes « irréalistes »
Le 23 juin, l'Arabie saoudite et ses alliés remettent une liste de 13 demandes à l'intention du Qatar et qu'il devra respecter pour que ses « frères » acceptent de lever le blocus. Doha a 10 jours pour y répondre, ou « le divorce sera effectif », prévient Anouar Gargash, le ministre émirati des Affaires étrangères. Parmi ces doléances, le camp de Riyad exige notamment la fermeture de la base militaire turque au Qatar, la réduction des liens diplomatiques avec l'Iran, ou encore « l'alignement politique et militaire sur le Golfe et les pays arabes », en conformité avec l'accord passé avec l'Arabie saoudite en 2014. Les pétromonarchies et l'Égypte demandent également la fermeture de la chaîne de télévision qatarie al-Jazeera, considérée comme trop proche des Frères musulmans dans sa ligne éditoriale. Le cheikh Mohammad ben Abderrahmane al-Thani réagit vivement, jugeant ces doléances « irréalistes » et « irrecevables ». La liste ne « porte pas sur le terrorisme, elle appelle à mettre fin à la liberté d'expression », ajoute le chef de la diplomatie qatarie.
Alors que le sultanat d'Oman occupe traditionnellement la place de médiateur dans la région, c'est le Koweït qui s'impose cette fois dans ce rôle.

 

Multiplication des médiateurs
Mais l'émirat n'est pas seul à tenter de tempérer la situation entre les frères du Golfe, et les interventions externes se multiplient. Les États-Unis, qui se rapprochent de Riyad depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, tentent, eux aussi, de ramener les frères ennemis à la table des négociations, sans succès. Le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, se rend au Koweït à deux reprises et à Djeddah pour rencontrer le roi Salmane d'Arabie saoudite le 12 juillet. Si le Qatar a conclu un accord, s'engageant à lutter contre le financement du terrorisme, Riyad le juge insuffisant. Une situation qui complique les affaires de Washington, lequel dispose de sa plus grande base aérienne au Moyen-Orient à al-Oudeid, au Qatar.
Quelques jours après la tentative de médiation américaine, la France, proche de Doha, essaie également de s'imposer dans les négociations pour une désescalade. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, se rend à cet égard dans le Golfe à la mi-juillet, sans succès également. L'émir du Qatar est cependant attendu à Paris « à la fin de l'été ».

Enfin, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, entame à son tour une tournée diplomatique le 23 juillet pour deux jours à Riyad, Koweït et Doha, après avoir déjà enchaîné les entretiens avec les différentes parties depuis juin. Une position difficile pour Ankara qui avait pris position avec le Qatar seulement quelques jours après le début de la crise, qualifiant le blocus d'« inhumain ». Le Parlement turc vote, en outre, le déploiement de troupes supplémentaires au Qatar, selon un accord signé l'an dernier, et l'acheminement de denrées alimentaires à destination de Doha pour contourner le blocus. Aucune avancée concluante ne sort de cette visite.

Le Conseil de sécurité des Nations unies ne semble pas, quant à lui, vouloir s'immiscer dans la crise du Golfe, et s'est contenté d'appeler les deux parties à discuter.

 

Pas d'avancée perceptible
Suite à ces tentatives de médiation sans résultat, le quartet anti-Qatar s'est réuni dimanche dernier à Manama, à Bahreïn. Le quatuor est « prêt à parler avec le Qatar sur la mise en œuvre de (ses) demandes si le Qatar est sérieux, mais il est évident qu'il ne l'est pas », affirme Riyad. Ce même jour, Doha s'inquiète pour la sécurité de ses citoyens qui effectueront le pèlerinage fin août à La Mecque, dont l'organisation est entre les mains de l'Arabie saoudite. Si les fidèles qataris peuvent se rendre à La Mecque, ils ne peuvent plus le faire via Qatar Airways. Il n'en faut pas plus pour que Riyad accuse Doha de vouloir « internationaliser » le hajj, allant jusqu'à affirmer que cela reviendrait à « déclarer la guerre » à l'Arabie saoudite.

Le Qatar ne semble pas vouloir plier face aux pressions du quartet. Doha a déjà annoncé vouloir augmenter sa production de gaz naturel liquéfié au début du mois de juillet, s'appuyant sur ses ressources naturelles pour échapper aux conséquences économiques du blocus. Et mardi dernier, l'émirat a annoncé, comme en signe de défi, avoir commandé sept navires de guerre à l'Italie, cherchant ainsi à renforcer ses capacités militaires maritimes.

 

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