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Moyen Orient et Monde

À Idleb, une victoire sans péril pour Damas

Éclairage

La coalition jihadiste Tahrir al-Cham a expulsé son rival Ahrar al-Cham du dernier grand bastion de l'Est syrien.

04/08/2017

Les guerres fratricides que se livrent depuis des mois les deux groupes les plus influents en Syrie se sont soldées par la prise de contrôle de la grande ville du nord-ouest du pays, Idleb, par l'un d'entre eux. Les jihadistes de Tahrir al-Cham (HTS), une coalition menée par l'ex-branche d'el-Qaëda en Syrie (Fateh el-Cham), ont ainsi remporté la mise, parvenant, dimanche dernier, à expulser leur ex-allié salafiste d'Ahrar al-Cham, l'un des groupes rebelles les plus puissants. Une victoire pour le groupe jihadiste mais bien plus encore pour Damas, qui n'aura même pas eu à combattre pour voir les forces de l'opposition imploser.

Après une semaine de combats intenses qui se sont soldés par la mort de plus de 92 personnes dont 15 civils, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), le groupe islamiste a ainsi pu asseoir son hégémonie politique et idéologique sur Idleb, unique province syrienne à être totalement sous le contrôle des insurgés. Avant de s'emparer du chef-lieu, hautement symbolique car dernier fief rebelle de ce qu'on appelle la « Syrie utile », proche de la Turquie et situé à un carrefour stratégique entre Lattaquié et Alep, les HTS ont pris le contrôle de plus d'une trentaine de localités alentour. Ce revirement de situation vient, pour l'heure, définitivement enterrer l'alliance entre les deux groupes qui, en mars 2015, avaient combattu côte à côte pour chasser de la province d'Idleb les troupes de Bachar el-Assad.

Une victoire conjointe qui n'est aujourd'hui plus qu'un vague souvenir. À l'époque, une coalition du nom de Jaich al-Fateh (Armée de la conquête) avait été formée regroupant principalement le Front al-Nosra (l'actuel Fateh el-Cham), Ahrar al-Cham, Jund al-Aqsa et Failaq al-Cham. Dès lors, de nombreuses rivalités ont rapidement entaché l'entente de circonstance, strictement militaire, entre les différents groupes, aux idéologies parfois contraires. Mais ces alliances entre l'ex-Front al-Nosra et les groupes rebelles ont dans le même temps permis aux Russes et au régime syrien de cibler l'opposition sous prétexte de lutter contre le terrorisme. L'intervention russe, en septembre 2015, va ainsi inverser la vapeur en faveur du régime syrien. La province d'Idleb va ainsi être la cible de nombreuses frappes aériennes des armées syrienne, russe, mais également américaine. Car depuis le début de l'offensive en Syrie, Moscou met sur le pied d'égalité ses deux cibles : l'État islamique et el-Qaëda en Syrie.

 

(Pour mémoire : La ville d'Idleb sous contrôle jihadiste après le retrait des rebelles)

 

Divorce avec el-Qaëda
L'intensification des frappes dans la province d'Idleb va confronter les rebelles à un dilemme. S'ils continuent de collaborer avec l'ex al-Nosra, ils seront à nouveau la cible des raids russes. Mais s'ils se désolidarisent du groupe jihadiste, ils perdent un allié de poids dans la lutte contre le régime. En juillet 2016, al-Nosra annonce qu'il rompt avec el-Qaëda et prend le nom de Fateh el-Cham. Par ce divorce, le groupe influent entend se rapprocher des autres groupes rebelles et par la même occasion les rassurer. En revanche, rien n'indique qu'il ait renoncé, sur le long terme, à son projet de construire un émirat islamique en Syrie. Un projet de fusion entre Fateh el-Cham et Ahrar al-Cham est un temps évoqué, avant d'être enterré à cause de nombreuses dissensions parmi les membres des deux camps.

La chute d'Alep va accroître la panique au sein des factions rebelles et jihadistes. La grande bataille menée par le régime aidé de son allié russe, en vue de la reprise de la grande ville septentrionale du Nord, à l'été 2016, laisse un temps de répit à Idleb, les bombardements se concentrant plus à l'Est. Après plusieurs mois de siège, rebelles et civils de la partie est d'Alep sont contraints d'abandonner la ville. Idleb devient alors le principal point de chute des réfugiés. La ville compte plus de 2 millions d'habitants, dont un peu moins de la moitié sont des déplacés. À l'époque, un haut diplomate européen cité par Reuters avait analysé la situation de la sorte : « Pour les Russes, c'est simple. Mettez-les tous à Idleb et, alors, ils auront tous leurs œufs pourris dans le même panier. » L'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura avait prévenu qu' « Idleb pourrait être la prochaine Alep » si aucun accord politique et de cessez-le-feu n'est trouvé.

 

(Pour mémoire : Idleb, prochaine cible après le coup de force jihadiste?)

 

Accord à Astana
Ces dernier mois, les tensions se sont accrues entre les nouveaux rivaux et ont notamment été exacerbées par les craintes des HTS, désignés comme « terroristes » par la communauté internationale, d'un plan visant à les chasser d'Idleb. L'accord conclu en mai à Astana au Kazakhstan, qui prévoit des « zones de désescalade » en Syrie, dans le but de mettre fin à la guerre entre loyalistes et insurgés, a mis le feu aux poudres. Conclu entre la Russie et l'Iran, alliés du régime syrien, et la Turquie, soutien des rebelles, cet accord englobe la province d'Idleb et appelle à la poursuite du combat contre les groupes jihadistes.

La Turquie est intervenue pour soutenir Ahrar al-Cham en envoyant des combattants rebelles se battre à ses côtés. Mais cela n'aura pas suffi à emporter la partie. Spectateur face aux combats que se sont livrés ses ennemis devant lui, le régime se frotte aujourd'hui les mains de voir le drapeau des HTS planté à Idleb. Les États-Unis ont d'ores et déjà averti qu'une prise de contrôle de la province d'Idleb par l'ex-Front al-Nosra aurait de graves conséquences et qu'il serait dès lors difficile de dissuader Moscou de ne pas y reprendre ses bombardements. Dans une lettre en ligne diffusée mercredi soir, le plus haut responsable du département d'État chargé de la Syrie, Michael Ratney, a déclaré qu' « il sera difficile, pour les États-Unis, de convaincre les parties internationales de ne pas prendre les mesures militaires nécessaires ». Une aubaine aussi pour Damas, qui pourra ainsi reprendre impunément ses bombardements.

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUTES CES ORGANISATIONS TERRORISTES CAUSERENT L,ECHEC DE LA REBELLION SYRIENNES...

Georges MELKI

Quelles atrocités ne sont-ils pas capables de commettre au nom d'Allah, le clément, le miséricordieux??
"Tantum religio...."

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