Avant de monter sur scène, ces jeunes avaient suivi une formation intensive de six mois dans le cadre du programme « Siba » de la compagnie Minwal, elle-même basée à Saïda.
Les adolescents, acteurs de la pièce Dara Douwara, peuvent avoir le sentiment du devoir accompli. Les jeunes participants à la pièce mise en scène par Rawaa Bzeih ont en effet réussi la périlleuse gageure de tout acteur : emmener le public dans son monde, sa bulle.
Le spectacle, joué lundi soir dans le mythique musée du savon de la vieille ville de Saïda, surprend par son originalité : les protagonistes, onze au total, ne sont pas des acteurs confirmés, mais des jeunes qui ont été choisis en fonction de leur implication et de leur motivation sur le plan culturel. Sur scène, ce sont les problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien, notamment au niveau de l'accès à la culture, qui sont extériorisés, au fil de sketches improvisés.
Avant de monter sur les planches, ces jeunes avaient suivi une formation intensive de six mois dans le cadre du programme « Siba » de la compagnie Minwal, elle-même basée à Saïda.
« Siba », qui veut dire « jeunesse » en arabe, est un programme éducatif qui a pour mission principale de former le jeune public du chef-lieu du Liban-Sud et de sa région aux arts de la scène. Il est ouvert à tout le monde et permet d'accueillir des personnes de différentes cultures. Plus qu'une sensibilisation artistique, « Siba » tente un doublon : dynamiser la place des jeunes dans la société tout en défendant leur droit fondamental qu'est l'accès à la culture. Le message est bien passé et le public y a réagi favorablement à la grande joie des jeunes acteurs et de leurs mentors.
« C'était incroyable, on communiquait intensément avec les spectateurs. Nous avions décidé au dernier moment de jouer ici, au musée du savon, puisque la scène permettait un contact beaucoup plus proche avec le public », explique un des jeunes acteurs, Ali Moawad, qui se félicite de ce que chacun, parmi ses camarades, a pu « proposer ses idées sur la pièce ».
Le directeur du programme, Jad Hakawati, revient lui aussi sur le succès de la pièce, affirmant ne pas s'y être attendu. « Le succès est tel que nous avons dû programmer une deuxième représentation, souligne-t-il. Je suis surtout fier de nos participants qui ont été de vrais acteurs. Ils ont été très courageux, puisqu'ils n'avaient aucune formation et n'étaient pas habitués à être ainsi exposés à un public. »
Les jeunes ont tous moins de 18 ans. « Nous les avions repérés lorsque les inscriptions pour la participation au spectacle ont été ouvertes », explique la metteure en scène. « Nous avons fait beaucoup d'exercices avec eux, basés essentiellement sur la parole. Ce n'est pas moi qui ai eu l'idée originale de la pièce. Elle est venue toute seule : quand je les ai entendus parler, au fil du temps, j'ai commencé à prendre des notes. Chacun a une façon de parler différente, une gestuelle différente. C'est ce mélange de cultures, ce mélange de personnalités qui font la force de la pièce jouée. L'improvisation joue aussi beaucoup, chacun a apporté sa pierre à l'édifice, et, ensemble, ils ont tissé une histoire », dit-elle.
L'événement a été organisé au musée du savon par Dana Moussa, responsable du développement de la culture au sein de la Fondation Audi. « Le musée est en pleine expansion, nous voulons cibler les événements culturels. Nous organisons des concerts, des conférences. Nous avons même organisé un tournoi de scrabble. Nous souhaitons qu'un maximum de personnes puisse avoir accès à différents événements culturels. Nous sommes axés sur la rencontre et l'échange », insiste-t-elle.

