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Moyen Orient et Monde

« On peut, aujourd’hui, parler d’une rupture dans les relations entre le Koweït et l’Iran »

Entretien express

Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam), basé à Genève, répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

22/07/2017

Le Koweït a annoncé jeudi l'expulsion de diplomates iraniens et la fermeture des missions de l'ambassade d'Iran après la condamnation de membres d'une cellule « terroriste » pour des liens avec la République islamique. La Cour suprême koweïtienne a condamné le chef de cette cellule à la prison à vie et 20 de ses membres à diverses peines de prison pour liens avec l'Iran et le Hezbollah, et pour avoir projeté de commettre des attentats au Koweït. Ces tensions dans les relations irano-koweïtiennes interviennent en pleine crise du Golfe, alors que l'axe prosaoudien reproche notamment à Doha d'entretenir de bonnes relations avec Téhéran. Le Koweït tentait, pour sa part, de mener une médiation pour contenir cette crise qui secoue la région depuis un mois et demi. À Téhéran, le chargé d'affaires koweïtien a été convoqué par les autorités iraniennes qui ont menacé de riposter. De son côté l'Arabie saoudite, qui n'entretient plus de relations diplomatiques avec Téhéran depuis l'an dernier, a apporté son « soutien total aux mesures prises » par le Koweït.

 

(Lire aussi : Le Koweït expulse des diplomates iraniens, Téhéran menace de riposter)

 

Le Koweït, pays plutôt modéré dans le Golfe, a pris une décision assez dure vis-à-vis de Téhéran. Comment expliquer ce revirement diplomatique ?
Le Koweït est un pays qui observe, avec le sultanat d'Oman d'ailleurs, une attitude très réservée et en même temps conciliante avec l'Iran, pour plusieurs raisons : la proximité géographique, la densité des relations économiques et surtout la fait qu'un tiers de la population koweïtienne est chiite. Ce sont des éléments qui permettent au Koweït d'être l'arbitre le plus en vue dans la région. Aujourd'hui, la tentative d'attentat attribuée à une cellule terroriste et l'arrestation de plusieurs membres liés au Hezbollah, mais aussi à l'Iran, qui en a découlé, démontre que les autorités koweïtiennes étaient prêtes à prendre des décisions à la fois policières et judiciaires. Alors que l'émir a essayé jusqu'alors de l'éviter, on peut aujourd'hui parler d'une rupture dans les relations entre le Koweït et l'Iran.

Cette affaire tombe en pleine crise du Golfe, pensez-vous que l'Arabie saoudite ait mis la pression sur le Koweït afin qu'il prenne une telle décision ?
Le Koweït n'est pas un pays qui se soumet aux pressions, même amicales, mais il est sensible aux griefs adressés à l'Iran, sensible à l'ambiance générale dans la crise du Golfe, et à ce qui se passe dans la région. Je pense que les Koweïtiens ont voulu agir par anticipation pour montrer qu'ils sont capables d'être sévères et forts, sachant que les autorités policières suivent cette affaire depuis plusieurs mois. Ils savaient qu'il y avait des cellules dormantes. Cette décision radicale de renvoyer des diplomates iraniens montre que les autorités disposent d'éléments probants.

 

(Pour mémoire : Tillerson à Koweït pour tenter de résoudre la crise du Golfe)

 

À la suite de cette décision, le Koweït peut-il participer à son tour à la mise au ban du Qatar ?
Il y aura tout d'abord des conséquences entre le Koweït et l'Iran. Contrairement à Bahreïn, le Koweït a toujours essayé de donner une dimension nationale à la présence des koweïtiens chiites, afin d'éviter de projeter une image sectaire. Les autorités mettent en exergue la dimension juridique et criminelle de ces arrestations, et pas du tout confessionnelle, pour justement ne pas ouvrir cette boîte de Pandore. La composante chiite est présente dans le processus politique à la fois au sein de certains partis, mais aussi au sein du Parlement koweïtien. Je ne pense pas que son rôle de médiateur dans la crise du Golfe sera affaibli, c'est plutôt un bon point en faveur de l'Arabie saoudite qui est à la tête du blocus contre la Qatar et qui va dire "vous voyez, on vous avait prévenus". Le Koweït va garder son rôle de médiateur par défaut, car tout le monde a besoin d'un médiateur interne. Tout le monde a besoin du cheikh Sabah al-Ahmed al-Jaber al-Sabah, parce qu'il est le sage, le doyen des émirs au sein du CCG. C'est une page qui se tourne dans la médiation, mais elle ne va pas l'affaiblir, parce qu'on n'a pas d'alternative.

 

Pour mémoire

Au Koweït, l’art de la « diplomatie non alignée »

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AIGLEPERçANT

Thé Eau Za3tar....

Ils ont la pétoche , ces prochains " qatar" .

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