X

Moyen Orient et Monde

Quand les secousses du Golfe créent des répliques en... Libye

Décryptage

La lutte d'influence entre Doha et le binôme Abou Dhabi-Le Caire fragilise les pays frontaliers de Tripoli.

18/07/2017

Comme un effet papillon. Au Moyen-Orient, le jeu d'alliance est devenu si complexe que chaque crise a des répercussions immédiates sur tous les théâtres voisins. Dernier exemple en date : la mise au ban du Qatar par l'axe prosaoudien le 5 juin dernier a contribué à compliquer le processus de paix libyen.

La récente crise du Golfe a mis en lumière les lourds contentieux qui opposent les Émirats arabes unis et l'Égypte au Qatar, notamment sur la question libyenne. Alors que deux autorités rivalisent en Libye, celle de l'Est sous la coupe du maréchal Khalifa Haftar et celle de l'Ouest du gouvernement de Fayez el-Sarraj, elles peuvent toutes deux se garantir de soutiens extérieurs. Abou Dhabi et Le Caire apportent un soutien inconditionnel aux troupes du maréchal Haftar, quand Doha reste proche des groupes islamistes de l'Ouest. Ce qui complique encore davantage les tentatives de médiation des pays voisins pour mettre fin au conflit.

En Afrique du Nord, la marginalisation de Doha ne rencontre pas l'enthousiasme de tous les pays frontaliers de Tripoli. Si, ces derniers mois, l'Algérie, la Tunisie et l'Égypte avaient entamé une médiation pour une résolution pacifique de la crise libyenne, la récente crise du Golfe a compromis leur initiative. En cause : une impossible unisson sur la crise qatarie. Pour plusieurs analystes, la Libye reste un enjeu majeur dans la stratégie d'influence qatarie, et il est peu probable que Doha cède à court terme à l'axe Riyad-Le Caire.
La prise de position du Caire met ainsi en difficulté les voisins de la Libye, qui ont réaffirmé pour leur part leur double neutralité sur les dossiers qatari et libyen. Alger et Tunis cherchent à se tenir à l'écart de la crise qui touche Doha. Si Alger redoute que la Libye ne devienne définitivement un satellite du Caire via son allié de l'Est, la Tunisie, elle, a rapidement cherché à calmer le jeu. Le 13 juin dernier, Khemaïes Jhinaoui, le ministre tunisien des Affaires étrangères, avait réuni les ambassadeurs égyptien, saoudien, émirati, bahreïni et qatari pour les appeler au « dialogue entre les nations arabes ». Pour Alger et Tunis, préserver la Libye des luttes d'influence d'Abou Dhabi et de Doha reste une priorité.

 

(Lire aussi : La crise du Golfe "ne profite à personne", affirme Paris)

 

Médiation inclusive
C'est pour se préserver des débordements de la crise libyenne et éviter un embrasement régional que l'Algérie, la Tunisie et l'Égypte ont depuis février 2017 engagé une initiative commune. Dans l'objectif de parrainer une solution politique de la crise libyenne, cette concertation tripartite entend pousser les deux camps de l'Ouest et de l'Est libyens à reprendre la voie des négociations. En 2014, lorsque l'Algérie cherchait à endosser le rôle de médiateur en Libye, agitant l'étendard du pragmatisme, elle a joué la carte de la stabilité et de la médiation entre partisans loyalistes dits séculiers et forces islamistes. Pour cela, la diplomatie algérienne souhaitait privilégier la coopération avec Tunis pour tenter une médiation inclusive.

Parallèlement, l'Algérie restait prudente à l'intégration du Caire, jugé trop proche du camp de l'Est libyen et hostile vis-à-vis de toute forme d'islam politique, dans la médiation après les bombardements émiratis en 2014, appuyés par l'Égypte. Celle-ci, farouche opposante d'une solution politique qui ne privilégierait pas son allié de l'Est, a envisagé un temps l'option militaire. Le Caire devait pourtant composer avec l'imprévisibilité du maréchal Haftar, particulièrement le 14 février dernier, quand il avait annulé au dernier moment sa rencontre avec son rival de Tobrouk, Fayez el-Sarraj, organisée par les membres de la médiation. Faisant écho à la position égyptienne, la presse tunisienne révélait fin juin la rencontre entre des dirigeants du parti du président Béji Caïd Essebsi, Nida' Tounes, et une délégation militaire libyenne de l'Est, à Sfax, en avril 2017. La Tunisie finirait-elle comme l'Égypte et certains pays occidentaux par se laisser séduire par la rhétorique antiterroriste du maréchal ? « Il ne fait aucun doute qu'un succès de Khalifa Haftar arrangerait les voisins de la Libye et les puissances occidentales », déclarait déjà en 2014 le chercheur Saïd Haddad dans une interview au journal français Le Point.

 

(Lire aussi : La crise du Golfe semble partie pour durer)

 

L'impact sur Tunis
« De tous les voisins de la Libye, c'est la Tunisie qui a le plus subi et subit encore les conséquences du conflit : la contrebande, la corruption et le terrorisme, trois phénomènes liés à la crise libyenne. La Tunisie doit donc œuvrer à rapprocher les positions algériennes et égyptiennes qui n'ont pas la même vision du problème libyen ni les mêmes objectifs pour son règlement », explique à L'Orient-Le Jour Jamil Sayah, enseignant-chercheur à Sciences-Po Grenoble et directeur de l'Observatoire tunisien de la sécurité globale (OSTG). « Tout ce qui se déroule en Libye a une forte influence sur la souveraineté de ces trois pays », poursuit-il. Des voisins particulièrement inquiets par l'évolution récente de la situation. « Les avancées de Khalifa Haftar dans le Sud, les affrontements de Tripoli, les bombardements égyptiens, les mouvements russes, suivis des violents contentieux entre les membres du CCG ont modifié la donne pour troubler les rapports de force en Libye », ajoute Youssef Chérif, expert en relations internationales.

Le nouvel envoyé spécial pour la Libye nommé en juin dernier, Ghassan Salamé, aura donc fort à faire pour réunir toutes les parties autour de la table. À commencer par accorder les violons de tous les pays voisins sur le sujet, quelles que soient les turbulences externes, notamment celles du Golfe.

 

Lire aussi

Rex Tillerson retourne à Washington les mains vides

Crise du Golfe : "Aucune possibilité de confrontation militaire", selon Londres

Le Qatar reste une menace pour "la sécurité régionale" selon Riyad et ses alliés

Le Qatar anime 23.000 comptes Twitter hostiles à l'Arabie, accuse un ministre saoudien

Au Qatar, les habitants s’adaptent à l’embargo

Le sultanat d'Oman discret dans la crise du Golfe

Quel rapprochement possible entre Israël, l'Arabie saoudite et Abou Dhabi ?

Lire aussi à la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SECOUSSES AU TSUNAMI...

Saliba Nouhad

Pauvre Mr. Salame, dans quel merdier il a été mettre sa main...
Réconcilier des arabes, des tribus aux mentalités moyenâgeuses, primaires, extrémistes.... Arbitrer un combat de coqs...
Souhaitons lui bonne chance!

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.