Le village préféré des Libanais - 2017

#5 Hasroun, creuset d’histoire et tuiles si rouges...

Le village préféré des Libanais

Pour la deuxième année consécutive, les lecteurs de « L'Orient-Le Jour » au Liban et dans le monde voteront pour « Le village préféré des Libanais ». Cette année, dix nouveaux villages sont en lice. Un reportage écrit et une vidéo, chaque jour pendant dix jours, pour vous aider à choisir... Après Anjar, Aqoura, Beit Chabeb, et Bhamdoun, voici Hasroun.

21/07/2017

En suivant la route tortueuse du caza de Bécharré, c'est de loin qu'on peut, à un moment précis, apercevoir Hasroun. Et on ne s'y trompe pas : où ailleurs peut-on observer ce « bouquet de tuiles rouges, comme des fleurs », tel que le décrit son jeune président de conseil municipal, Gérard Semaani ? Surplombé par un jurd imposant, avec, excusez du peu, la Vallée sainte en contrebas, la beauté du village prend le visiteur instantanément à la gorge.

L'impression première ne se dément pas à l'intérieur de la localité. Rues tortueuses, maisons en pierre sombre aux (inévitables) toits en tuiles rouges, petits cafés anciens avec leurs vieux habitués : le bond dans le passé est immédiat. Très peu de villages au Liban ont su garder intact ce charme des siècles passés, et cette architecture en arcades si typique du Mont-Liban historique. Un cachet urbanistique dont la préservation est une priorité du conseil municipal, ainsi que l'assure Gérard Semaani, qui évoque un grand projet de rénovation de ce patrimoine dans le souk et au niveau des nombreuses maisons anciennes, avec l'Union européenne et l'Agence allemande de développement (GIZ).

 

 

 



Mais dans l'histoire du village, il n'y a pas que l'architecture traditionnelle. Cette impression que donne Hasroun d'être perché entre ciel et terre trouve ses racines dans son origine même. C'est autour d'une église célèbre, celle de saint Jude, dont la partie la plus ancienne date du XIe siècle, que s'est créée cette agglomération. Debout devant la statuette du saint martyr sur l'autel, le père Tony Sawma, auxiliaire du curé de la paroisse, attire l'attention sur la forme caractéristique de l'église qui va en biais. « Cela s'explique par le fait que la partie plus récente a été ajoutée à l'église principale des siècles plus tard », explique-t-il. Dans l'édifice se trouvent un baptistère séculaire et un portrait très ancien de saint Jude, de 1736. « Aujourd'hui encore, la vie du village s'organise autour de son saint patron, que nous célébrons chaque année le dernier dimanche de septembre. Cette année, des festivités sont prévues les 23 et 24 septembre. »
L'église est naturellement entourée d'un quartier très ancien, toujours habité, donnant sur une vue imprenable de la Vallée sainte de la Qadicha. C'est là que s'est établie, il y a de longues années de cela, Samia Souhaid Younès. Cette mère de famille est peintre, et la vallée, qu'elle admire tous les jours, de son balcon perché, est pour elle une source intarissable d'inspiration. Dans son appartement conjugal, elle nous montre ses multiples œuvres disposées pêle-mêle dans son salon, où elle dépeint les moindres coins et recoins de ce site unique.

 

Presque mille ans...
Le voisinage de la Vallée sainte n'est pas que pure beauté naturelle. Il est intrinsèquement lié à l'histoire du village qui a donné à l'Église maronite non moins de quatre patriarches, 39 évêques et de très nombreux hommes d'Église. Tant et si bien qu'on dit de Hasroun qu'il « combat avec des croix et des encensoirs ! », lance, non sans humour, Bou Abdallah, un ancien du village.
Le village est fier de ses familles fondatrices, établies depuis plus de mille ans, raconte Leba Semaani, historien et professeur : les Awad, les Semaani et les Afrit, ou « famille du diable » (originairement des Bou Élias, selon Bou Abdallah, un surnom dû aux exploits physiques quasi « surnaturels » d'un membre de cette famille). « Ces trois familles ont été fondées par des frères originaires de Sadad, une ville prospère de l'Anti-Liban, détruite récemment dans la guerre syrienne, poursuit Leba Semaani. Mais Hasroun était habité depuis bien plus longtemps, puisqu'on y a retrouvé, ainsi qu'aux alentours, des vestiges phéniciens. »
Durant plusieurs siècles, la population de Hasroun était mixte, formée de différentes communautés chrétiennes et de chiites, notamment la puissante famille des Hamadé, qui dirigeait toute cette région. C'est au XVIIe siècle que la population y devient exclusivement maronite, selon l'historien. La localité était aussi la première ville de mouqaddams, ces seigneurs qui protégeaient le patriarche et dirigeaient la région, avant que ce privilège n'échoie à Bécharré dans de sombres circonstances.

 

Akkoub et dardariyé
Malgré ce passé chargé d'histoire, Hasroun n'a jamais cessé d'être avant-gardiste, notamment en matière de tourisme. Bou Abdallah a été membre du conseil municipal du village durant 48 ans, et il a vécu la période dorée des années 50 et 60, quand Hasroun était aux premières loges. « Après Beyrouth, nous étions la seconde localité du Liban à avoir un éclairage par néon dans les rues », se souvient-il.
Mais les sombres années de guerre ont laissé leurs marques dans cette région. Hasroun n'était pas une exception. Retrouver le passé touristique florissant est un des objectifs principaux du conseil municipal actuel, qui veut tabler sur les infrastructures existantes : trois hôtels, deux motels, une maison d'hôte, plusieurs restaurants où l'on goûte les spécialités délicieuses de la région, comme la kebbé crue ou cuite en boule et le fromage blanc de chèvre caractéristique, des cafés, une vie de nuit active et prisée par les visiteurs...
« Nous sommes aussi en train de développer des activités d'écotourisme pour faire partager à nos visiteurs la splendeur de la nature environnante, notamment par des excursions vers certains couvents de la Vallée sainte, explique le président du conseil municipal. Dans le jurd, nous pensons installer un camping avec toute sorte d'activités, comme l'escalade ou le rappel. »

La nature est aussi la principale alliée de Jacqueline Touma, propriétaire, avec son mari, de l'unique maison d'hôte du village, Dar Qadisha, dans leur authentique vieille demeure. Sur sa terrasse à la végétation luxuriante, elle montre toutes les herbes qu'elle cueille dans les montagnes pour en faire des mets que beaucoup ne connaissent plus, comme le akkoub, ou encore la dardariyé. De son balcon à la vue imprenable au deuxième étage, où sont situées les chambres d'hôte ayant déjà accueilli depuis 2008 des visiteurs du monde entier, elle affirme : « La nature de notre pays est très riche ! » En suivant du regard la courbe du village et ses environs superbes, on n'a aucune peine à la croire.

Demain : Maasser el-Chouf.

 

 

Comment y accéder ?


Plusieurs routes mènent à Hasroun, situé à 107 kilomètres de Beyrouth et à 47 de Tripoli, notamment :
- Chekka – Kosba – Tourza – caza de Bécharré.
- Chekka – Kosba – Ehden – Bécharré (village) – Hasroun.
- Tannourine – Hadeth el-Jebbé – Hasroun.

À ne pas rater

*Randonnées et tourisme religieux dans la Vallée sainte.
*Visite de l'église plusieurs fois centenaire de saint Jude.
*La kebbé nayyé, le fromage de chèvre, les pommes, etc., dans les nombreux restaurants du village.
*Visite du Musée Gibran tout proche, à Bécharré.
*De multiples sources d'eau, notamment Ghrakia, connue pour ses vertus thérapeutiques.
*Le festival du village, les 12, 13 et 14 août.

Fiche technique

*Altitude : de 1 400 à 1 600 mètres.
*Nombre d'habitants : environ 10 000, avec une importante diaspora dans les pays de l'émigration.
*Célébrités issues du village : quatre patriarches maronites, dont Youssef Awad et Semaan Awad, au XVIIIe siècle, les deux autres étant des familles Hajj et Massaad ; cheikh Youssef Awad ; cheikh Toufic Awad, président du parti de l'Union libanaise (XXe siècle) ; Youssef Semaani...
*Président du conseil municipal : Gérard Semaani.
*Séjours dans des hôtels ou dans l'unique maison d'hôte du village : Hôtel Saint-Philippe (03/635477), Green hôtel (06/590180), Valley View (06/591441 ou 70/362389), Palace hôtel (06/590115) et Dar Qadisha (06/590169 ou par le biais du site de l'Hôte libanais).
*Météo : temps agréable et sec en été, froid et neigeux en hiver.

La spécialité culinaire rapportée par Kamal Mouzawak (Souk el-Tayeb)

Encore une kebbé... Cette fois, une kebbé qui occupe le jorn, à la place de la kebbé nayyé – du culot ! Et rares sont les femmes qui font encore la kebbet batata bel jorn (au mortier à kebbé) comme Dibé Wakim à Hasroun. On se demande toujours s'il y a une différence entre le jorn et la machine électrique. Eh bien oui : le jorn préserve une texture et une consistance sans pareilles ! Pour la kebbet batata, la texture est un peu irrégulière, ce qui met en relief les produits de saison – comme les pommes de terre nouvelles, fraîches et délicates. Parce que, si Hasroun, comme tout le Nord, est connu pour ses différentes kebbés (nayyé, rass, etc.), la kebbé simple, de tous les jours, surtout d'un début d'été quand on a arraché les premières pommes de terre à la peau transparente et fine, c'est bien la kebbet batata !

 

 

Lire aussi

#1 Anjar, pour rêver de paix et d'Omeyyades...

#2 Aqoura, l'Éden d'Ève et de sa pomme...

#3 Beit Chabeb, au son des cloches des églises...

#4 Bhamdoun, ou la réinvention du temps passé...

Et relisez, ici, les articles de la première édition du village préféré des Libanais

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Mary Jabbour

js me souviens belle village

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

J,Y AI PASSE DES JOURS D,ENFANCE HEUREUX. J,ALLAIS M,ASSEOIR PRES DE LA SOURCE DE GHARAYA ALORS LOIN DES HABITATIONS... QUAND MEME J,AIME TOUS CES VILLAGES... A LA BEAUTE PARTICULIRE DE CHACUN... DE LA MEME FACON... JE NE ME PRONONCERAI PAS POUR L,UN D,EUX !

OPTION POTION

HASROUN .

TINA , POUR LES BONS SOUVENIRS DE HASROUN, JE VOTE POUR TON VILLAGE ....
NON PAS QUE LES AUTRES NE SONT PAS BEAUX , MAIS IL FAUT BIEN UN LIEN QUI REND LES CHOSES ENCORE PLUS BELLES , ET TU ES CELUI LA .