Antonius Eitel, dit Tono, décédé la semaine dernière dans sa ville natale de Münster, a occupé le poste d'ambassadeur d'Allemagne à Beyrouth durant le mandat du président Amine Gemayel. Même après avoir quitté le Liban, il n'a eu de cesse de défendre celui-ci auprès des instances internationales.
Particulièrement vive et remarquée fut son intervention au Conseil de sécurité de l'ONU lors de la sanglante agression israélienne de 1996 contre la localité de Cana. Homme de grande culture, aux immenses qualités intellectuelles et morales, Tono n'était cependant que modestie, ce qui est l'apanage des grands. Il était également doté d'un humour exquis qu'il maniait sans une ombre de méchanceté.
Professeur émérite, juriste de formation, épris de justice jusqu'à l'extrême, il n'hésita pas à engager, à titre personnel, une action en justice contre une grande marque allemande pour défaut de blindage de sa voiture, après avoir essuyé des tirs à un barrage milicien en 1985 qui avaient entraîné le décès de son chauffeur libanais. Il obtint gain de cause et réparation pour la famille du malheureux. Cet homme à la bonté et à la générosité exceptionnelles a laissé au Liban de nombreux amis et n'a cessé d'y revenir régulièrement en vacances. Par attachement à notre pays qu'il a tant aimé, il avait expressément souhaité que l'annonce de son décès soit publiée au Liban. Sa perte est immense pour tous ceux qui l'ont connu, et particulièrement pour moi qui ai eu le privilège d'être son ami et de l'avoir côtoyé jusqu'au bout.
Repose en paix, très cher Tono, parmi les sages ; je suis sûr que pour tes amis de par le monde et au Liban, ton souvenir demeurera impérissable.
Ton ami,

