Des travailleurs indiens ont déployé des banderoles pour protester contre la nouvelle TVA sur les biens et services (GST) à Calcutta. Dibyangshu Sarkar/AFP
L'Inde devient officiellement aujourd'hui un marché unique avec l'entrée en vigueur d'une TVA harmonisée dans tout le pays, qui abolira les barrières entre ses différents États. Mais la transition promet de sérieuses turbulences pour les affaires.
Présentée comme la plus importante réforme fiscale depuis l'indépendance de l'Inde en 1947, la taxe sur les biens et services (GST) ambitionne de simplifier le commerce et de moderniser l'économie de ce géant démographique de 1,25 milliard d'habitants.
Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi veut reléguer au passé les scènes d'interminables files de camions aux postes-frontières entre deux États, attendant des heures de pouvoir s'acquitter de taxes locales. Fruit de plus d'une décennie de négociations ardues entre New Delhi et les États de l'Union, la GST harmonise la fiscalité au niveau national en se substituant à une nébuleuse d'impôts dont les taux effectuaient parfois le grand écart d'une région à l'autre.
L'Inde innove mais ses vieux démons ne sont cependant jamais bien loin. Car cette réforme, censée simplifier drastiquement le mille-feuille fiscal, a engendré son propre Frankenstein administratif.
À quelques jours de la date fatidique du 1er juillet, le monde des affaires est en panique. La plupart des entreprises ne sont absolument pas prêtes au nouveau système. « Il va y avoir beaucoup de confusion et de chaos (...) au cours des trois prochains mois, parce que personne ne sait ce qu'il va se passer », explique Rubal Jain, directeur général de la plus grande entreprise de transport du pays, Safexpress. Celle-ci a ainsi dû embaucher 40 personnes pour gérer le surplus de démarches administratives entraînées par la GST. Au lieu de remplir deux déclarations fiscales par an, la société devra en fournir... près de 1 400.
Drapeau indien : 0 %
Toutes les entreprises, à l'exception des plus modestes, vont désormais devoir déclarer leurs revenus en ligne. Cette numérisation de l'économie devrait permettre à l'État indien d'étendre son assise fiscale dans ce pays où moins de 3 % des citoyens s'acquittent de l'impôt sur le revenu.
Les représentants du secteur soulignent l'immense défi de former tous ces employés à remplir de complexes formulaires sur internet. Nombre de petits commerces ne possèdent pas d'ordinateur, sans même parler d'accès au web.
Les experts estiment qu'au long cours, la réforme sera bénéfique à cette économie de 2 000 milliards de dollars, mais qu'à court terme, elle entraînera une certaine pagaille : pensée à l'origine comme une TVA à taux unique, la GST aura pas moins de quatre taux d'imposition différents (5, 12, 18 et 28 %). Ils « sont différents pour un téléphone portable, son chargeur et ses écouteurs – qui sont tous vendus dans la même boîte », cite en exemple Praveen Khandelwal, secrétaire générale de la Confederation of All India Traders.
La taxation de chaque produit a fait l'objet d'âpres tractations au sein d'une commission, au gré des intérêts et sensibilités des différentes parties. Les sandales en bois portées par les prêtres hindous ou le drapeau national ne sont par exemple pas taxés, des voitures de luxe deviendront moins chères tandis que les prix des véhicules hybrides vont augmenter.
Les États indiens pourront cependant continuer à lever leurs propres impôts sur des produits comme l'alcool ou l'essence, qui représentent pour eux une manne financière. « C'est une réforme fiscale nécessaire, estime Sunil Sinha, économiste à Fitch India. Nous sommes venus au monde en tant que pays en 1947 mais n'avons jamais eu de marché commun indien. La GST va faire de l'Inde une seule entité. »
Megha BAHREE/AFP

