Moyen Orient et Monde

Le « facteur Trump » a favorisé le nouveau prince héritier

Arabie saoudite

Mohammad ben Salmane, désigné mercredi par son père, le roi, dirigera de facto le puissant royaume allié aux États-Unis.

OLJ
23/06/2017

L'entente retrouvée entre Riyad et l'administration Trump a favorisé le jeune Mohammad ben Salmane qui, en devenant prince héritier d'Arabie saoudite, va diriger de facto cette puissance régionale alliée à Washington, estiment des analystes.
Mercredi, le roi Salmane (81 ans) a nommé son fils de 31 ans prince héritier après avoir évincé son neveu, Mohammad ben Nayef, dont l'expertise antiterroriste était appréciée par l'administration Obama. Au cours des deux dernières années, le jeune prince a concentré entre ses mains de vastes pouvoirs aux dépens de son cousin de 57 ans, qui a donc cessé mercredi d'être prince héritier et ministre de l'Intérieur.
Alors que le jeune prince renforçait son autorité, la popularité de Mohammad ben Nayef en Occident a aidé à le maintenir à son poste, estime Stéphane de Lacroix, de l'université Sciences-Po à Paris. Mais « tout a changé avec l'arrivée au pouvoir de Donald Trump », note-t-il. Après son investiture en janvier, le président Trump a clairement signifié que ses partenaires au Moyen-Orient étaient Mohammad ben Salmane, Mohammad ben Zayed, prince héritier d'Abou Dhabi, et Abdel Fattah al-Sissi, le président égyptien, souligne M. de Lacroix. L'Arabie saoudite a accueilli avec satisfaction le ton plus agressif de M. Trump vis-à-vis de son rival chiite, l'Iran, qu'elle accuse d'ingérences dans la région.

Signaux de Washington
Mohammad ben Salmane a été l'un des premiers dirigeants arabes à rendre visite à M. Trump, qui l'a reçu en mars à la Maison-Blanche avant de visiter Riyad en mai, au début de sa première tournée à l'étranger. M. Trump a été accueilli royalement en Arabie saoudite où il a exhorté les Arabes et les musulmans à venir à bout des « extrémistes », en désignant l'Iran comme le « fer de lance du terrorisme ».
Son approche a encouragé Mohammad ben Salmane et Mohammad ben Zayed à rompre avec le Qatar, accusé de soutenir les mouvements extrémistes et de se rapprocher de l'Iran, selon des diplomates et des analystes. Une fois la connexion établie avec Washington, le prince Mohammad ben Salmane « a su que les États-Unis ne feraient rien pour l'empêcher d'écarter (son cousin). Je pense que le facteur
Trump a énormément joué », analyse M. de Lacroix.
Mercredi, le président américain a appelé le nouveau prince héritier pour le féliciter. De nombreux « signaux de Washington, y compris une politique étrangère plus active », ont joué en faveur du prince Mohammad ben Salmane, estime de son côté Frederic Wehrey, du programme Moyen-Orient du Carnegie Endownment for International Peace de Washington. Selon lui, les Saoudiens n'étaient pas en attente d'un « signe de tête des États-Unis », mais le réchauffement des relations bilatérales a joué, en plus de facteurs internes.

Élément de certitude
Le nouveau prince héritier est devenu « de facto » le dirigeant du royaume saoudien avec des pouvoirs élargis, souligne Andreas Krieg, du département des études de défense du King's College de Londres. Et la nomination de Mohammad ben Salmane apporte, selon lui, un « élément de certitude en période d'incertitude ». Reste qu'il doit jouir d'un « soutien total » de la famille royale alors que son pays fait face à de nombreux défis, relève M. Krieg. Il s'agit notamment de la gestion de la crise avec le Qatar, de la guerre au Yémen – où une coalition arabe conduite par Riyad appuie le gouvernement dans son combat contre des rebelles –, de l'adaptation de l'économie à des revenus pétroliers en baisse et de la réforme de la société, profondément conservatrice.
M. de Lacroix ne voit pas beaucoup d'opposition interne à la montée en puissance du prince héritier, à l'initiative d'un vaste programme de réformes économiques. « Le régime saoudien a toujours été construit sur un équilibre entre les différents acteurs et les différentes factions », dit-il. Après cette nomination « bien menée », la question est de savoir quelle sera la relation de travail entre Riyad et Washington à un « moment de profonde instabilité au Moyen-Orient », s'interroge pour sa part Anthony Cordesman, du Centre d'études stratégiques et internationales de Washington.

Ian TIMBERLAKE/AFP

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