Le président français, Emmanuel Macron, a reçu hier à l’Élysée le dirigeant de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly. Michel Euler/Reuters
Le président français Emmanuel Macron a lancé hier la délicate réforme du code du travail, premier grand chantier de son quinquennat, par des rendez-vous avec les syndicats et les organisations patronales.
Le chef de l'État veut assouplir rapidement le droit du travail en utilisant cet été la procédure accélérée des ordonnances qui permettent de se dispenser de débats parlementaires. Bien qu'en voie d'amélioration, le chômage français atteint toujours 9,6 % de la population active. Cette ambition d'Emmanuel Macron enchante le patronat mais inquiète les organisations de salariés qui s'étaient massivement mobilisées en 2016 contre la loi assouplissant la réglementation française du travail sous François Hollande.
Hier, M. Macron a reçu entre autres les leaders des trois principales confédérations, la CFDT, la CGT et Force ouvrière, puis il a rencontré Pierre Gattaz, le responsable de la principale organisation patronale, le Medef. Ce dernier veut lui aussi « aller vite » : « La réforme du marché du travail, c'est le sujet majeur de la France aujourd'hui. Faisons-le en toute transparence, en concertation, mais en rapidité », a-t-il souhaité.
« Ça ne marchera pas »
Les syndicats, à l'inverse, craignent qu'une réforme à marche forcée oblitère le dialogue social. Les organisations de salariés s'inquiètent de nouveaux reculs des droits. Pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, un syndicat réformiste, « une réforme hâtive du code du travail serait contre-productive », et « si Emmanuel Macron veut passer à la hussarde, ça ne marchera pas ». Philippe Martinez, son homologue de la CGT, aux positions plus radicales, critique aussi la « méthode » des ordonnances mais a relevé que le calendrier semblait moins rapide que ce qu'il avait imaginé. Le dirigeant de FO, Jean-Claude Mailly, a noté qu' « a priori, il y a des marges de manœuvre ».
Les propositions devraient reprendre les promesses du candidat Macron avec pour objectif essentiel de libérer l'activité des entreprises. Il s'agit de privilégier le niveau de l'entreprise, et non plus celui des branches d'activité, pour décider des règles de droit du travail, au risque de renforcer le « dumping social » entre entreprises. L'intention est aussi de plafonner les indemnités touchées par les salariés dans certains cas de licenciement abusif, une mesure souhaitée par le patronat mais un casus belli pour les syndicats. Le chef de l'État veut aussi réformer la représentation du personnel dans l'entreprise.
Selon le président de l'organisation patronale CPME, François Asselin, le chef de l'État a annoncé une « grande concertation » jusqu'à mi-juin, avant une loi d'habilitation à légiférer par ordonnances « durant l'été », puis une loi de ratification des ordonnances « courant septembre ». Les rencontres s'étaleront d'aujourd'hui à lundi pour préciser ce calendrier « et la méthode des discussions », selon les services du Premier ministre.
Dans tous les cas, M. Macron entend rester ferme sur la question des ordonnances. Et alors que certains syndicats menaçaient d'une nouvelle mobilisation si le gouvernement passe en force, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, les a prévenus qu'ils n'avaient « pas le droit de bloquer la France ».
Source : AFP

