Moyen Orient et Monde

Après l’accord d’Astana, l’armée syrienne fait cap vers l’Est

Éclairage

Damas veut empêcher Washington et les milices qu'il soutient de s'emparer des territoires aux mains des jihadistes de l'EI.

OLJ
12/05/2017

La situation est calme dans plusieurs régions centrales et occidentales de la Syrie depuis que la Russie et l'Iran, alliés du président Bachar el-Assad, et la Turquie, soutien des rebelles, ont adopté le 4 mai à Astana un plan russe créant des « zones de désescalade » en vue d'instaurer une trêve durable. Selon des experts et des militaires à Damas, l'armée du régime syrien va profiter de cette suspension localisée des hostilités pour faire cap vers l'Est, afin d'empêcher les forces soutenues par Washington de s'emparer des territoires aux mains des jihadistes. « Cette trêve va permettre à une partie de l'armée syrienne de se redéployer vers l'Est en direction des positions du groupe État islamique (EI), notamment vers la frontière irakienne et vers Deir ez-Zor, où le réduit gouvernemental est encerclé », estime ainsi Waddah Abed Rabbo, directeur du quotidien al-Watan, proche du pouvoir.
L'accord du 4 mai porte sur la création de quatre « zones de désescalade »: dans la province d'Idleb (Nord-Ouest) et d'autres régions septentrionales, dans la Ghouta orientale (centre), dans la province de Homs (centre) et dans le Sud. En revanche, la moitié orientale, largement désertique, est convoitée par deux groupes soutenus par les États-Unis au premier rang desquels les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance arabo-kurde et fer de lance des combats contre l'EI. L'autre groupe, Maghawir el-Thaoura (Commandos de la révolution), formé de rebelles entraînés par les États-Unis et la Jordanie, s'est emparé récemment d'une série de localités du Sud-Est, près de la frontière avec l'Irak.

Trois axes
« Il s'agit de ne pas laisser les mains libres aux États-Unis et aux forces qu'ils soutiennent pour qu'ils occupent l'est du pays », souligne M. Abed Rabbo. Un responsable du régime affirme que Washington « pousse les forces qu'il soutient à prendre le contrôle total de la frontière syro-irakienne ».
D'après une source militaire haut placée, l'armée avance sur trois axes. Le premier part de la province centrale de Hama, en direction de Deir ez-Zor, la province pétrolière orientale tenue en grande majorité par l'EI et que le régime veut reconquérir. Le deuxième axe se situe dans le désert, près de la cité de Palmyre, pour prendre la ville stratégique d'el-Sokhna. C'est à partir de cette zone que les troupes du régime vont également partir à la conquête de Deir ez-Zor. Le troisième, enfin, a pour objectif de progresser le long de l'autoroute Damas-Bagdad qui mène à el-Tanaf, à la frontière irakienne, dans le sud-est de la Syrie.
Selon un expert militaire syrien, il faut au moins 15 000 combattants pour lever le siège de la ville de Deir ez-Zor. « Il y a plus de 7 000 soldats dans la ville, mais ils sont encerclés », souligne-t-il. Pour cet analyste gardant l'anonymat, « l'armée s'efforce de parvenir à el-Tanaf, à la frontière irakienne, en coordination avec les Russes afin d'empêcher les Américains de s'étendre un peu plus à l'Est ». Cette position est aux mains de Maghawir el-Thaoura. La tâche est considérable pour l'armée en raison de l'étendue territoriale à occuper et du déficit de soldats, dont le nombre a chuté en six ans de guerre meurtrière.
« Lorsque l'EI aura été défait dans son bastion de Raqqa, les États-Unis prévoient de poursuivre jusqu'à Boukamal », poste-frontière avec l'Irak, à 450 km à l'est de Damas, assure Fabrice Balanche, géographe français spécialiste de la Syrie. « Dans cette éventualité, il est préférable pour l'armée syrienne d'avancer dans l'Est. Si Assad veut conserver une Syrie unie, il a besoin de la Syrie dite ''inutile'' aussi », indique-t-il. Les géographes qualifient de « Syrie utile » l'ouest du pays, où se trouvent les principaux centres économiques (Damas, Alep, Homs...) et qui est tenu majoritairement par le régime.
Sammy KETZ/AFP

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