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Culture

« Mawlana », en étau entre le spirituel et le matériel

À l’affiche

Après ses diverses sélections aux festivals de Dubaï en 2016, Munich, Varsovie, Amsterdam et Helsinki en 2017, et après avoir gagné le Circle Award au Filmfest DC, le film égyptien, distribué par la société Sabbah, sort dans les salles libanaises.

11/05/2017

Le film du réalisateur égyptien Magdy Ahmed Ali, interprété par Amr Saad, Dorra et Ahmed Magdy, est l'histoire de l'ascension d'un petit cheikh égyptien au rang de prédicateur charismatique de télévision, attendu, chaque semaine, par les fans collés à leur petit écran. C'est l'histoire de la montée des intégrismes et de la mort de la pensée juste. C'est l'histoire de toute une région qui croule sous le fardeau de la haine et de la violence et du manque de communication. Enfin, c'est l'histoire d'un homme, ou peut-être de centaines de milliers d'hommes qui ne demandent qu'à vivre et qu'à être libres pourvu que les États, avides de pouvoir, de sang et de fausses rhétoriques, les laissent tranquilles.

Adapté d'un roman d'Ibrahim Issa, le célèbre journaliste égyptien et auteur de plusieurs ouvrages, le récit de Mawlana (terme employé pour imam), publié en 2012, a eu un tel succès qu'on peut compter douze éditions jusqu'en 2016. Il est actuellement en cours de traduction en anglais. C'est dire le succès de ce livre. Dans ce film, l'érudit musulman d'al-Azhar, centre centenaire d'apprentissage islamique du Caire, essaye de concilier ses principes religieux avec les pressions des politiciens et des services de renseignements. D'autre part, il a à traiter ses problèmes familiaux : une femme dont l'amour a tiédi avec le temps et un enfant qu'il chérit plus que tout et victime d'un accident.

Le film met à nu les complexités de l'État égyptien ainsi que l'entrecroisement entre ce dernier et l'établissement religieux, les médias et l'extrémisme en Égypte. Et même s'il a créé la polémique au Caire, même s'il a été soumis à quelques censures, il demeure un succès au box-office égyptien. En effet, Mawlana a failli être interdit car sur le plan sécuritaire il était considéré « comme une menace pour la stabilité du pays », et certains faits qu'il narre semblent prémonitoires. Menace, certes, car celui qui dit la vérité est toujours un danger, surtout dans ce genre de pays... Le film décrit également la relation ouverte entre la mosquée et les moukhabarate (les services de renseignements), entre l'imam et les médias, dont la majorité est tenue par des communistes et des chrétiens. Et enfin, il jette certains soupçons sur l'institution religieuse d'al-Azhar.

Sans pathos
Épingler les relations du pouvoir, de la religion et des médias n'est pas chose aisée dans l'Égypte d'aujourd'hui, bien que les Frères musulmans aient été muselés par la suite par le nouveau régime.
Mawlana est par ailleurs passé à la censure libanaise lors du festival des Journées cinématographiques de Beyrouth et aujourd'hui, grâce aux efforts de la maison de distribution Sabbah, le film, attendu par le public averti, a pu enfin être projeté dans les salles libanaises. Selon certaines personnes en charge de la distribution interrogées à l'avant-première, les quelques coupures seraient minimes et n'excéderaient pas dix minutes. Toujours est-il qu'on peut remercier la société Sabbah qui encourage et permet la visibilité de ces films arabes et libanais à caractère social.

Le réalisateur Magdy Ahmed Ali a réussi à cerner le personnage et à brosser un portrait sincère de l'imam, de ses activités religieuses ainsi que familiales, pris dans la tourmente de l'univers impitoyable des médias ainsi que du pouvoir.

Mawlana est un film vrai, plein d'émotions, touchant, mais sans aucun pathos. Il décrit avec justesse et scanne la société égyptienne. L'acteur Amr Saad, incarnant un mawlana adulé, décrié, pris entre deux feux, entre les mondes spirituel et matériel, et au dialogue teinté d'humour et de finesse, gagne très vite la sympathie des spectateurs. Entouré d'un casting solide, sa prestation est étonnante. Tout est dit sans fioritures, avec simplicité et en jonglant sur les sensibilités de chaque religion, sans désir d'injurier ou d'être partisan et partial. Mawlana est bouleversant de vérité et de sincérité. À tel point qu'on n'a pas envie de sortir de la salle et qu'on en redemande encore, après cent quatorze minutes de projection.

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