Emmanuel Macron est un président relativement mal élu, qui n’a pas fait le plein de voix face à son adversaire populiste Marine Le Pen. Thomas Samson/Reuters
Le futur président français Emmanuel Macron bénéficie d'un a priori positif des milieux d'affaires et d'une conjoncture économique plutôt favorable, mais ses marges de manœuvres restent floues vu les incertitudes qui planent sur les prochaines élections législatives.
Les « "Macronomics" commencent », ont commenté les analystes de Morgan Stanley, pour désigner l'agenda « promarché » et « pro-européen » du nouveau président. De fait, avec un programme qui prévoit notamment des suppressions d'emplois publics, des allègements de charge, des baisses d'impôt pour les entreprises ou encore un détricotage des règles du dialogue social, M. Macron est une bénédiction pour les défenseurs du libéralisme économique, du libre-échangisme, de l'intégration européenne.
Pour mener ses réformes, M. Macron pourra notamment s'appuyer sur une conjoncture plutôt favorable. Même si elle souffre toujours des mêmes maux, l'économie française bénéficie depuis quelques mois d'une légère embellie : la croissance est sur une pente ascendante, l'activité du secteur privé est en expansion, le moral des ménages est plutôt positif et même le chômage suit une tendance générale à la baisse, malgré une hausse en mars.
Il bénéficie aussi de la bienveillance des responsables européens et patronaux, qui ont néanmoins indiqué dès hier qu'ils l'attendaient au tournant sur ses capacités à réformer. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a ainsi appelé M. Macron à réduire la dépense publique : « Les Français dépensent trop d'argent et ils dépensent au mauvais endroit », a-t-il déclaré à la presse à Berlin. De leur côté, les milieux patronaux l'ont pressé de réformer rapidement le droit du travail : « Il ne faut pas trop tarder », a par exemple dit à l'AFP Pierre Gattaz, président du Medef, qui avait appelé à voter pour Emmanuel Macron. Mais le sujet suscite de fortes oppositions dans l'Hexagone, des sections syndicales ont ainsi donné dès hier le ton de l'opposition à laquelle le nouveau président risque de faire face, en rassemblant des milliers de manifestants à Paris aux cris notamment de « Bienvenue Macron, on aura ta peau ».
« Faire avaler cela au Parlement »
De fait, Emmanuel Macron est un président relativement mal élu, qui n'a pas fait le plein de voix face à son adversaire populiste Marine Le Pen. Il va diriger un pays divisé et ne dispose pas pour l'instant d'un embryon de majorité parlementaire. La présidentielle a ainsi mis « en lumière le sentiment de désillusion de nombreux électeurs français, 48 % de l'électorat du premier tour ayant soutenu des candidats anti-UE et la participation ayant été relativement faible », a par exemple rappelé l'agence de notation Fitch Ratings. Comme Moody's et Standard and Poor's, Fitch a jugé hier que le programme politique du futur président était globalement positif pour le profil de crédit de la France, mais que le verdict des élections législatives serait déterminant quant à sa mise en œuvre. « C'est une chose de vouloir supprimer 120 000 emplois publics, de tailler 60 milliards d'euros (66 milliards de dollars) de dépense publique et de ramener le chômage à 7 %, ce sera une autre paire de manche de faire avaler cela au Parlement français », résume Michael Hewson, chef économiste de CMC Markets.
Or les élections législatives se tiendront les 11 et 18 juin dans une configuration inédite. Les deux grandes familles qui dominaient la vie politique française depuis des décennies, les socialistes et la droite traditionnelle, ont été balayées lors de la présidentielle et nombre de ses cadres ont rallié Emmanuel Macron. Mais le tout jeune mouvement de ce dernier, En Marche !, n'a pas encore fait les preuves de sa capacité à remporter une élection législative, et le Front national de Marine Le Pen, qui ne dispose pas d'un socle parlementaire à la mesure du nombre de ses électeurs à cause du mode de scrutin, va tenter de s'imposer comme parti d'opposition.
« Pour gouverner efficacement, Macron a besoin d'une majorité parlementaire (289 sièges ou plus à l'Assemblée nationale), mais la probabilité que son mouvement y parvienne, en démarrant de zéro, est faible », analyse Kit Nicholl, du cabinet IHS Markit. « Malgré le caractère très inhabituel de cette élection présidentielle (...), les Français ont une tendance historique à favoriser le parti du président élu », rappelle toutefois Laurence Boone, responsable de la Recherche et de la Stratégie d'investissement d'AXA Investment Managers, qui a été conseillère économique du président sortant François Hollande.
Pour elle, trois principaux scénarios se dessinent : majorité absolue pour En Marche !, majorité relative pour En Marche ! qui conserverait la maîtrise de son agenda, majorité pour Les Républicains (droite), qui imposeraient alors leur agenda. Dans tous les cas, « pour les investisseurs internationaux, les trois scénarios sont relativement positifs, parce qu'ils devraient générer des réformes structurelles renforçant la croissance potentielle », avance-t-elle.
Sources : agences


Tableau analytique du scrutin du 7 mai 2017: sources: Ministère Français de l'Intérieur ( MF ) + IPSOS-Paris-Match post 2e tour Inscrits 2nd tour ( 100% ) MF 47.500.000 votants Abstention totale ( 26% ) MF 12.000.000 Votants ( 74% ) MF 35.500.000 dont Bulletins blancs et Nuls ( 12% ) MF 4.000.000 Suffrages exprimés ( 88% ) MF 31.500.000 dont Faveur Marine le Pen ( 33% ) MF 10.500.000 Faveur Emmanuel Macron ( 67% ) MF 21.000.000 dont . Par opposition au Front National ( 60% ) 12.500.000/IPSOS-Paris Match . Par adhésion à En Marche ( 40% ) 8.500.000/ " " Résultats épurés: Marine le Pen 33% Emm.Macron 27% des suffrages exprimés.
18 h 04, le 09 mai 2017