Philippe Bouille devant une photo de son arrière-grand-oncle, le P. Lucien Cattin : comme un air de famille. Photo F. N.
« C'est souvent dans la petite histoire que l'on comprend la grande histoire. » La proposition est de Philippe Bouille, arrière-petit-neveu du père Lucien Cattin, fondateur et premier chancelier de la faculté de médecine de l'USJ, à qui l'université consacre cette année une exposition sous le titre : « P. Lucien Cattin, un humaniste suisse au service du Liban. »
Parti à la recherche de « l'oncle Lucien », comme on l'appelait dans la famille, Philippe Bouille était présent à l'inauguration, vendredi dernier, de l'exposition (*). Ce passionné d'histoire raconte : « Mon père m'a toujours dit que notre grand-mère avait un oncle qui était "recteur de l'Université de Beyrouth". Sous ce titre étaient réunis tout le prestige et tout l'exotisme que nous pouvions tirer d'un si illustre ancêtre. Quelques photos, un journal, trois lettres et son crucifix pour toutes reliques, son histoire devait se perpétuer à travers les générations. Mais, venu d'un temps révolu, il était pour nous un inconnu. Et, cependant, chaque fois que nous entendions le mot "Liban" au travers des médias, nous étions attentifs comme s'il s'agissait de recevoir des nouvelles d'amis de la famille. »
« Je me suis toujours promis qu'un jour j'irai au pays où vécut mon arrière-grand-oncle. Puis la réalité des jours chasse les projets qui ont remplacé les rêves, et ainsi passent les années. Mais, si la raison oublie les promesses, le cœur en garde le goût comme un souvenir doux-amer », poursuit Philippe Bouille, qui a enfin trouvé le temps d'aller à la découverte simultanée du Liban et de son grand-oncle.
« Mesdames et Messieurs, en prenant le temps de cette exposition, je vous souhaite, au travers de l'histoire du R. P. Cattin, de redécouvrir nos histoires qui font de nous des acteurs d'humanité pour l'ici et le maintenant », conclut-il.
L'inauguration de l'exposition s'est faite vendredi dernier en présence notamment de l'ambassadeur de Suisse, François Barras, du recteur de l'USJ, le père Salim Daccache s.j., du doyen de la faculté de médecine, Roland Tomb, et de Christian Taoutel, enseignant au département d'histoire de la FLSH, cheville ouvrière de l'exposition qui a pris une année de préparation.
Le P. Lucien Cattin, y apprend-on, est l'un des fondateurs de l'USJ. On doit aussi à son sens de l'avenir la fondation de la Faculté française de médecine, la construction de l'Hôtel-Dieu et la fondation du sanctuaire de Harissa. Chassé du Liban par la Grande Guerre, il se fera l'inlassable avocat du Grand Liban. La guerre finie, le père retourna à Beyrouth, en 1918, pour reprendre ses fonctions de recteur de l'Université et de chancelier de la faculté de médecine. C'est dans la douceur du domaine de Notre-Dame de la Consolation, à Taanayel, qu'il s'éteignit.
Au-delà des divers hommages qui ont été rendus à Lucien Cattin, au-delà de l'amitié entre le Liban et la Suisse que son souvenir exalte, c'est au président de la Fédération des associations d'anciens de l'USJ, Chucri Sader, que reviendra le mot de la fin : « On évoque en général les grands hommes pour ce qu'ils ont accumulé, le souvenir du P. Cattin se distingue, en revanche, par ce qu'il nous a laissé. »
F. N.
(*) Crypte de l'église Saint-Joseph, du 1er au 12 mai, de 17h30 à 20h.
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