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Moyen Orient et Monde

En Algérie, le pouvoir en quête de légitimité

Éclairage

Les électeurs sont appelés aux urnes aujourd'hui. Mais malgré les enjeux du scrutin, le plus grand parti reste celui de l'abstention.

04/05/2017

Dans un message lu en son nom samedi dernier, le président Abdelaziz Bouteflika, 80 ans, a appelé les Algériens à « un vote massif ». L'enjeu : la « stabilité du pays ». Depuis le début de la campagne, le 9 avril dernier, « Samaa sawtek » (fais entendre ta voix, en arabe) est devenu le leitmotiv du gouvernement. Près de 23 millions d'électeurs sont appelés à choisir parmi 12 000 candidats pour les 462 sièges de l'Assemblée nationale, pour un mandat de cinq ans. Le pari est de taille : faire mieux qu'aux législatives de 2012, lorsque seuls 42,90 % des électeurs avaient voté. Mais la campagne électorale a été peu suivie par les Algériens qui semblent se passionner davantage pour la présidentielle française.

Soucieux d'atteindre un chiffre plus important cette année, le pouvoir algérien s'est donc mobilisé pour tenter de convaincre les abstentionnistes potentiels. À coups de spots télévisés, les autorités ont œuvré à faire taire les opposants par une circulaire imposant le silence médiatique aux boycotteurs. Pour le FLN (Front de libération national), parti du président Bouteflika, et son allié, le Rassemblement national démocratique (RND), possibles vainqueurs du scrutin, l'abstention est devenue le principal ennemi à abattre. Et pourtant, cette élection, qui se déroule sous le quatrième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, comporte des enjeux majeurs pour l'avenir proche de l'Algérie.

 

(Lire aussi : De la représentation des femmes dans l'espace politique algérien)

 

Un contexte de crise socio-économique
Lors d'une visite à Médéa, à 90 km au sud d'Alger, le Premier ministre Abdelmalek Sellal aurait déclaré : « Il n'y a plus d'argent. » Une déclaration significative, qui donne à voir le contexte du scrutin. L'Algérie, connue pour ses importantes réserves de pétrole et de gaz, traverse depuis 2014 une forte crise financière du fait de la chute de revenus pétroliers. Une crise de ressources qui commence à se faire ressentir par une baisse croissante de la rente pétrolière, principale richesse du pays. Dalia Ghanem-Yazbeck, chercheuse spécialiste de l'Algérie, et politologue au Centre Carnegie de Beyrouth, fait état d'une crise sociale majeure. « L'État n'a plus les moyens d'acheter la paix sociale comme avant », souligne-t-elle.

Depuis son avènement, le FLN garantissait son assise par le biais d'un pacte avec la population, un « paradigme parental », d'après la chercheuse. En échange de cette paix sociale, l'État-père s'assurait la distribution de l'argent de la rente et la protection sociale. Aujourd'hui, face aux défis économiques auxquels il fait face, l'État algérien ne peut plus remplir sa part de l'accord. L'étape du vote n'est donc plus perçue comme une « formalité » mais comme une échéance fondamentale pour maintenir sa légitimité.
C'est aussi le premier scrutin qui intervient après le départ du général Toufik, l'ancien patron du DRA, les services de renseignements algériens. Un scrutin majeur pour Abdou Semmar, journaliste et rédacteur en chef du portail Algérie Focus qui y voit le premier vote « sans la main de la police politique » et peut-être le dernier de la période Bouteflika. Enclin à l'implosion interne, le camp du chef de l'État pourrait se diviser à la mort de son leader. Créer une alliance avec l'opposition permettrait de rassembler pour traverser au mieux les prochaines crises socio-économiques.

À cela s'ajoutent les défis sur la scène internationale. Pour Soufiane Djilali, leader du parti Jil Jadid (Nouvelle Génération), parti appelant au boycott, c'est la place algérienne sur l'échiquier international qui est en jeu. « En phase de délégitimation, le pouvoir a besoin de soutien étranger, il doit donner l'illusion d'une situation socio-économique stable », précise le militant. En brandissant la menace de la main étrangère, le pouvoir algérien mobilise les arguments sécuritaires. Mais il semblerait que pour les abstentionnistes, ces subterfuges ne soient plus suffisants. Mobilisés depuis le début de la campagne, les boycotteurs ne s'essoufflent pas et font front.

 

L'abstention, « seule voix des Algériens »
« En Algérie, le citoyen s'exprime par l'abstention », déclare Dalia Ghanem-Yazbeck. Depuis le début de la campagne, les abstentionnistes, estimés à plus de 40 %, ne s'affichent plus en majorité silencieuse. À leur instar, Soufiane Djilali mène une contre-campagne politique. « Il n'est pas question de légitimer cette pseudo-élection, qui donnerait encore plus de crédit à un pouvoir contre lequel nous souhaitons lutter », s'indigne le militant. Jugeant les élections comme jouées à l'avance, il s'attaque aux fraudes et à l'irrégularité des scrutins. En jeu, la politique des quotas que le gouvernement algérien mène depuis plusieurs années. Selon d'anciens dirigeants politiques, le FLN assurerait par son réseau de clientèle une distribution des sièges à chaque parti fidèle. « Les partis proches du FLN seront les grands gagnants, et le reste, l'opposition utile, se partagera les miettes », explique l'opposant.

Suite à la réélection du président Bouteflika en avril 2014, l'opposition s'était réunie pour réclamer la mise en place d'une commission indépendante pour la gestion des élections. Sans obtenir gain de cause, cette dernière s'était effritée.

Face à la chape de plomb médiatique, les opposants se sont donc tournés vers le porte-à-porte et les réseaux sociaux. Et les Algériens ont choisi la voie de la rue. Depuis le renouvellement du mandat présidentiel, les manifestations se sont multipliées à travers le pays. Elles demeurent, pour la plupart, dispersées et non politisées. « Aujourd'hui, la société est divisée. Le "diviser pour mieux régner" du FLN a réussi », indique Mme Ghanem-Yazbeck. Mais pour Soufiane Djilali, ces rassemblements illustrent tout de même un changement de paradigme. « Il y a désormais une réelle défiance vis-à-vis des autorités, preuve que le régime n'a plus tant d'assise populaire », conclut-il.

 

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