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Moyen Orient et Monde

Paris rend responsable Damas de l’attaque au sarin de Khan Cheikhoun

Conflit

Les forces kurdes appellent à une zone d'exclusion aérienne dans le nord de la Syrie.

OLJ
27/04/2017

L'attaque au sarin contre la localité syrienne de Khan Cheikhoun, qui a tué début avril 88 personnes et horrifié le monde, porte « la signature » de Damas, a accusé hier la France dans un rapport de ses services de renseignements incriminant le régime. Ce document démontre également « que le régime détient toujours des agents chimiques de guerre, en violation des engagements à les éliminer qu'il a pris en 2013 », selon un communiqué de la présidence française.
« La France a décidé de partager avec ses partenaires et avec l'opinion publique mondiale les informations dont elle dispose », a déclaré le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, à l'issue d'un Conseil de défense réuni autour du président François Hollande.
L'attaque perpétrée le 4 avril contre la localité de Khan Cheikhoun, en zone rebelle, a fait 88 morts, dont 31 enfants, selon un dernier bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), et a entraîné des frappes de représailles américaines le 7 avril sur une base aérienne du régime. Ce dernier a toujours démenti être impliqué et estimé que l'attaque était « une fabrication à 100 % ».
La France, dont les services assurent avoir « prouvé » cinq attaques au gaz sarin en Syrie depuis avril 2013, selon un décompte fourni avec le rapport, s'appuie sur des prélèvements sur place et analyses effectuées sur les victimes, selon une source diplomatique française. Le rapport étudie trois aspects-clés de l'attaque de Khan Cheikhoun : la nature du produit, le procédé de fabrication et son mode de dispersion. Paris, à l'instar de l'OIAC, de la Turquie, des États-Unis et de la Grande-Bretagne, a conclu à l'utilisation de sarin à Khan Cheikhoun.

Arme chimique banalisée
Mais c'est surtout le procédé de fabrication du gaz qui permet à la France d'incriminer le régime de Damas. Le sarin prélevé à Khan Cheikhoun a été comparé avec des prélèvements réalisés par la France après une attaque de 2013 imputée au régime à Saraqeb (Nord-Ouest). La France avait récupéré une munition non explosée et en avait analysé le contenu. « Nous sommes en mesure de confirmer que le sarin employé le 4 avril est le même sarin que celui qui a été employé dans une attaque intervenue à Saraqeb le 29 avril 2013 », a déclaré M. Ayrault. Dans les deux cas, de l'hexamine, un stabilisant, a été retrouvé. « Ce procédé de fabrication est celui développé par le CERS au profit du régime syrien », indique le résumé du rapport. Le Centre de recherches et d'études scientifiques de Syrie (CERS) est dans le viseur des pays occidentaux. Le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis a estimé vendredi qu'il n'y avait « pas de doute » que le régime avait conservé des armes chimiques et Washington a pris lundi des sanctions contre 271 scientifiques du CERS.
Enfin, l'analyse du contexte militaire fait dire à la France que l'aviation du régime, et en particulier un chasseur bombardier Sukhoi 22 décollant de la base de Chayrat, a effectué des frappes aériennes sur la localité le 4 avril au matin. Seul le régime dispose de ces moyens aériens. Depuis le début de la guerre en Syrie, en mars 2011, le régime a été accusé à plusieurs reprises d'avoir recours aux armes chimiques. L'attaque de la Ghouta, en banlieue de Damas en août 2013, qui a fait des centaines de victimes, a été un des marqueurs du conflit. Des dizaines d'autres attaques de moindre ampleur sont suspectées, témoignant de la banalisation de l'arme chimique, même si les responsabilités sont extrêmement délicates à prouver. En 2016, deux rapports d'enquêteurs de l'ONU et de l'OIAC avaient conclu que Damas avait mené trois attaques au chlore et l'organisation jihadiste État islamique une attaque au gaz moutarde en 2014 et 2015.
« Le fait du recours au sarin ne fait guère de doute, mais il est impossible de faire des conclusions sur qui en est responsable sans une enquête internationale », a réagi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui souligne que Moscou « ne comprend pas que l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) s'abstienne pour l'heure d'une telle enquête ».
Le ministre de la Défense Sergueï Choïgou a réitéré hier le soutien de la Russie au régime de Damas dans la lutte contre l'EI et le groupe Front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra, la branche d'el-Qaëda en Syrie).

Accrochages
Sur un autre plan, les forces kurdes de Syrie ont appelé hier soir à l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne dans le nord du pays, en réponse aux raids aériens meurtriers menés la veille par la Turquie. « C'est seulement quand le nord de la Syrie sera décrété zone d'exclusion aérienne que les YPG pourront défendre le pays sans entraves. La Turquie doit respecter la zone d'exclusion aérienne », écrivent les Unités de protection du peuple kurde (YPG) sur leur compte Twitter.
Cet appel intervient alors que des accrochages entre des combattants kurdes syriens et l'armée turque ont éclaté hier à la frontière nord-est de la Syrie, a indiqué l'OSDH. Les forces turques tiraient à l'artillerie sur les positions des YPG à l'ouest de Darbasiyah, une localité frontalière dans la province syrienne de Hassaké (Nord-Est), tandis que les combattants kurdes lançaient des roquettes sur les avant-postes de l'armée turque, a précisé le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.
Enfin, des centaines de personnes ont participé hier près de Damas aux funérailles d'habitants de deux localités prorégime victimes d'un attentat particulièrement sanglant dans le nord de la Syrie. Au moins 150 personnes, dont 72 enfants, ont été tués le 15 avril dans un attentat contre leurs bus près d'Alep alors qu'ils venaient d'être évacués des localités chiites de Foua et Kafraya, assiégées par les rebelles et les jihadistes dans la province voisine d'Idleb (Nord-Ouest).

Source : AFP

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