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Moyen Orient et Monde

Rohani, favori de la présidentielle, malgré un bilan mitigé

Décryptage

Si le président est parvenu à trouver un accord avec les grandes puissances, sa politique économique n'a pas donné tous les résultats espérés.

22/04/2017

La course est officiellement lancée. Le Conseil des gardiens de la Constitution a annoncé hier le début de la campagne présidentielle iranienne, retenant six candidats parmi les 1 630 qui s'étaient enregistrés : trois conservateurs et trois modérés et réformateurs. L'ex-président Mahmoud Ahmadinejad a sans surprise été disqualifié, alors que le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lui avait conseillé dès septembre de ne pas se présenter pour éviter une « polarisation » de la vie politique. Le Conseil des gardiens de la constitution a logiquement tranché en faveur du guide suprême au détriment de l'ancien président.

Le président iranien Hassan Rohani sera, lui, bien au rendez-vous, et dans le costume du favori. Jamais un président iranien n'a échoué à briguer un second mandat depuis la révolution islamique de 1979. Face à un camp conservateur divisé, incapable de s'entendre autour d'une candidature unique, M. Rohani peut miser sur sa capacité à rassembler modérés et réformateurs au cours de l'échéance électorale prévue le 19 mai prochain. « Je suis venu de nouveau pour l'Iran. Je suis venu pour l'islam. Je suis venu pour plus de liberté, plus de sécurité et plus de progrès », a déclaré le président lors de l'annonce officielle de sa candidature.

« Sa polyvalence lui a valu sa première victoire », explique à L'Orient-Le Jour Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au CNRS. « Il est à la fois nationaliste, modéré, religieux (...). Il a la confiance du guide suprême et s'est imposé sur la scène internationale en signant l'accord sur le nucléaire de 2003 puis de 2015 », ajoute le chercheur.

 

(Lire aussi : En Iran, interrogations autour du favori des conservateurs à la présidentielle)

 

Compliquer les affaires
« Le mollah qui sourit », comme il est surnommé, peut se prévaloir d'avoir tenu sa principale promesse de campagne de 2013 en parvenant à trouver un accord avec les grandes puissances sur le nucléaire iranien en juillet 2015. « C'est une victoire politique exceptionnelle reconnue par les grandes puissances mondiales », résume Bernard Hourcade. L'accord entre l'Iran et les 5+1 (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni, Allemagne) est entré en vigueur en 2016, permettant la levée d'une partie des sanctions.

Mais ses effets se font encore attendre, ternissant le bilan économique de M. Rohani et provoquant de vives critiques de la part du camp des conservateurs, qui étaient opposés à l'accord, ainsi que d'une partie de la population iranienne. Si la politique de M. Rohani a permis de ramener l'inflation de plus de 40 % à environ 8 % en moins de quatre ans, la déception est cependant palpable dans la société sur le manque de progrès économique et un taux de chômage qui est passé de 10,5 % à 12,4 %. De même, les milliards de dollars d'investissements étrangers attendus ne sont pas venus.

Malgré la signature de l'accord, l'antiaméricanisme demeure populaire en Iran et pourrait être attisé par une nouvelle montée de tensions entre Téhéran et Washington, depuis l'arrivée au pouvoir de l'administration Trump. Critiquant la politique étrangère de Téhéran dans la région, l'administration Trump ne semble pas encline à faciliter la réintégration totale de l'Iran au sein de la communauté internationale. Les sanctions toujours imposées par Washington contre l'Iran, notamment en raison du programme d'armement et de la privation de certaines libertés individuelles, freinent la normalisation des rapports entre l'Iran et l'Occident. Et compliquent les affaires de M. Rohani.

 

(Lire aussi : Rohani candidat à un second mandat "pour l'islam, pour plus de libertés, pour l'Iran")

 

Son principal adversaire, le conservateur Ebrahim Raissi, va tenter de l'attaquer là-dessus en essayant de démontrer que le renoncement de l'Iran à l'arme nucléaire n'a pas été justifié par des contreparties suffisantes. « La nouvelle génération iranienne attend indéniablement cette ouverture internationale et économique, et c'est elle qui devrait faire pencher la balance en faveur de l'actuel président », souligne Bernard Hourcade.

Pour l'emporter, M. Rohani devra convaincre un électorat divisé qu'il pourra achever dans son second mandat ce qu'il a entamé durant le premier. Non seulement la libéralisation de l'économie iranienne et l'ouverture à l'Occident, mais aussi la défense des droits de l'homme et des libertés individuelles. « Durant son premier mandat, Rohani n'a pas permis de grande avancées sur les questions qui touchent aux droits de l'homme et aux libertés individuelles, pourtant attendues par son électorat de 2013 », rappelle à L'Orient Le Jour Trita Parsi, spécialiste de l'Iran et président du Conseil américano-iranien aux États-Unis. Le président iranien sait ce qu'il lui reste à faire : gagner avec une marge de manœuvre suffisante pour pouvoir mener ses réformes à terme et s'imposer au camp conservateur.

 

 

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