Chrystèle Khodr

Génération Orient II : #6 Chrystèle Khodr, 33 ans, femme de théâtre

Le selfie de Chrystèle Khodr.

22/04/2017

Un regard ardent de Gitane rebelle, des cheveux noirs annelés, une silhouette fine, un foulard noir sur chandail noir et des collants vert transparent. Une jeune femme parfaitement dans le vent et aux semelles de vent, tant ses voyages sont diversifiés et lointains.

Du haut de ses 33 ans, Chrystèle Khodr a déjà voué la moitié de sa vie à l'univers des planches. Non celui facile et racoleur d'un certain show-off avec rideaux de velours et passementeries dorées, mais celui radical, dur, exigeant, dépouillé et beau, et qui consiste à soulever des questions. À dénoncer les travers de la réalité. Et à apporter aide, compréhension, réconfort et soutien à l'autre, à autrui. En somme, un théâtre de l'altérité.

On la retrouve, entre autres, artiste collaboratrice à Zoukak, la troupe qui prend le public par le collet et interpelle les audiences, à la fois en douceur et sans ménagement. Aussi bien au Liban qu'à l'étranger. D'une voix presque rauque et grave (elle fait de sa belle élocution des doublages, en français, de séries chinoises en anglais, envoyées au Maghreb et en Afrique de l'Ouest !), Chrystèle Khodr, naturellement volubile, confie son parcours avec une fluidité de parole tissée de simplicité et de sincérité.

Le déclic s'est opéré très tôt. À 11 ans, elle a campé le rôle d'une baronne dans Topaze de Pagnol, monté par les élèves à l'école. Pour certains, c'est dérisoire, sans conséquence, mais pour elle, c'était marquant ! Et c'est en terminale (section philosophie, « what else ? » pour une future théâtreuse...) qu'elle a enchaîné avec la Thénardier des Misérables de Victor Hugo, dans une œuvre musicale pour laquelle l'audition a eu lieu à l'Institut français. Devait suivre une formation universitaire aux beaux-arts de l'Université libanaise.

Chrystèle Khodr reconnaît avoir eu la chance d'apprendre aux côtés « d'excellents » professeurs : Camille Salameh, Aïda Sabra, Nicolas Daniel et Julia Kassar. Mais de toute évidence, vu son tempérament et son côté tranchant ou intransigeant (elle confesse avec un petit rire amusé que les choses, avec le temps, se sont adoucies...), elle ne rentrait pas entièrement dans le moule ou le formatage académique. Et c'est ainsi qu'elle s'est retrouvée en 2001 au festival Shams, puis c'est au théâtre de Beyrouth que les grandes rencontres de sa vie ont eu lieu, notamment avec les membres de Zoukak. Enfin, il y a ce tournant de Bruxelles pour l'école Lassaad, où elle apprend la pédagogie du théâtre et du mouvement...

Devoir de témoignage
Quête pour une carrière. Mais aussi pour une identité. Les mots, pour se reconstruire et cerner la réalité, ne sont pas toujours faciles à trouver. Tout comme les êtres qui accompagnent une traversée humaine où le théâtre, écho, cœur battant et miroir de transformation d'une société, a besoin d'énergie, de vacuité, de dévotion. Chrystèle Khodr, après avoir réfléchi à sa vie entre deux séances de pose dans les ateliers des peintres étrangers, se jette, corps et âme, dans la mêlée de l'univers des planches.

Bayt byout est son premier opus dramaturgique. C'était en 2007. Elle écrit le texte sous forme épistolaire et l'interprète sur scène. Une femme parle de ses amours en temps d'insécurité et de commotions civiles. Fragiles et instables comme les situations politiques. Le public, médusé, écoute. Elle le répète toujours : « Le théâtre, c'est raconter des histoires... » Nouveau répit, et 2012 voit surgir sur scène Beirut sépia, dans un monologue une fois de plus bien assumé par la jeune comédienne. Des fragments de vie, des histoires aux mots tendres et émouvants. Mais non sans une analyse, un jugement, pour et sur la nature des précarités insoutenables et des situations humaines toujours menacées. Devoir de témoignage sur le lieu où s'écoulent des pans de vie. Un espace qui se rétrécit à travers une prise de conscience des problèmes de l'histoire.

Il y a aussi cette expérience du Revizor de Gogol à la Békaa avec de jeunes réfugiés syriens, ainsi que Angi w Yalangi, suite à la visite d'Angelina Jolie aux camps des nouveaux damnés de la terre... En préparation, pour cette comédienne et dramaturge qui cisèle ses mots et peaufine ses gestes, il y a aussi 3enwan mouakkat (Titre provisoire), avec le metteur en scène syrien Waël Ali. Une pièce qui fera son chemin à Lyon, Arras, Marseille. Beyrouth sera sans doute une étape bienvenue. Et on l'attend, de pied ferme !

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