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Culture

Quand le cerveau a un corps, il a un nom : Wayne

Bipod 2017

Le chorégraphe prolifique qui défie les lois de l'anatomie et réunit la danse, les sciences et la technologie présente ce soir*, et pour la seconde fois, une performance déconstructiviste.

Danny MALLAT | OLJ
20/04/2017

Dans son spectacle Far – présenté hier soir dans le cadre du festival Bipod 2017 – inspiré par l'âge des lumières, l'âge où la raison flirtait avec la science, l'âge de la première encyclopédie de Diderot et des premières autopsies, Wayne McGregor fait intervenir un écran lumineux doté de 3 200 ampoules LED, associant la pyrotechnie à la danse. Dans des contrastes entre les passages fluides et lyriques, et les moments rythmés, il accorde une place importante à l'aspect articulatoire et technique, et charge son spectacle d'émotions intuitives.

 

Et la danse fut...
La lumière comme vecteur cardinal de toutes les compositions de Wayne McGregor, tantôt stellaire tantôt clinique, prend son élan dans une procession en flambeaux, se décline en forme solaire sur un écran pour enfin éclabousser le regard en milliers de petites constellations qui hypnotisent le spectateur et jettent leurs ombres sur des corps en feu, symbole de savoir et de vérité. La sensualité, la beauté et la délicatesse ineffable, d'une part, et la chorégraphie pure faite de contorsions insolites, d'élasticité surprenante et de désarticulation du corps, de l'autre, pourraient faire croire que son travail est simplement physique. Faux. Le chorégraphe anglais explore le mental en situation d'improvisation, se penche sur les idées que l'on retient ou que l'on rejette en situation de création, se livre à une analyse pointue des mécanismes et arrive ainsi à créer une nouvelle façon de bouger. Le dos ondulant, les bras en vrilles explorent un mystérieux classicisme et établissent des liens entre l'esprit et le corps, usant à la fois de moyens organiques et électriques, mêlant la pyrotechnie et les jeux de lumière au mouvement des danseurs. Wayne McGregor renverse toutes les évidences chorégraphiques pour créer de nouvelles connexions et met le corps au service de l'intelligence et de l'émotion dans une scénographie hallucinante et une chorégraphie exaltante calculée à la minute près.

 

(Lire aussi : Ces corps qui défient les lois pour se libérer enfin...)

 

 

Réfléchir d'abord...
L'artiste, né dans le années 70 en Angleterre, étudie à la José Limon School de New York et fonde à l'âge de 22 ans sa propre compagnie: Wayne McGregor Random Dance, qui deviendra, dix ans après sa fondation, la compagnie résidente du Sadler's Wells Theater. Il occupe le poste de chorégraphe résident au Royal Ballet. Wayne McGregor est un passionné de la danse qu'il aime pratiquer, encourager, mais aussi regarder. La créativité demeure pour lui essentielle, elle est le moteur de son travail, jamais innée, toujours enseignée. La fascination pour les sciences n'est pas neuve chez lui. Il commence à jouer à l'ordinateur dès l'âge de sept ans et n'a jamais arrêté depuis. En 2004, il devient chercheur postdoctoral en sciences expérimentales à l'Université de Cambridge. Son approche artistique est fortement empreinte d'une recherche métaphysique et cognitive. Il est aussi déjà arrivé qu'il fasse appel, pour une chorégraphie, à des spécialistes de l'image cardiaque et de la neuroscience. Sa mission est de transposer sur scène des idées à travers la technicité d'un corps qu'il utilise, mais surtout d'une tête pensante. Son travail reste intellectuel, cérébral et expérimental. Sa quête chorégraphique est une pensée physique, une partie de l'esprit. Le processus de création passe d'abord par le mental. Pour maîtriser son corps, il faut d'abord le penser afin de pouvoir transmettre et transférer toute l'énergie nécessaire et transformer les émotions en mouvements.

 

Danser ensuite...
Pour Wayne McGregor, l'homme utilise son corps chaque jour et cependant ne voit pas sa capacité physique de la même façon tant les perceptions sont parfois contradictoires. Pour faire surgir une chorégraphie, il étudie la tension exercée sur un muscle, la sensibilité, et crée le mouvement. Toujours fasciné par le phénomène de la perception, et comment une même situation peut être perçue différemment, c'est par la science et la recherche des techniques de son propre corps qu'il tente d'explorer le vocabulaire de la danse à travers des expériences kinesthésiques. Dans Far, sur une scène surmontée d'un écran géant, neuf danseurs et danseuses, aux allures olympiennes et aux mouvements tantôt primitifs, tantôt aériens, font se rencontrer L'Homme de Vitruve de Leonardo da Vinci et le David de Michel-Ange. Ils explorent l'imaginaire, traversent le temps au rythme d'une horloge électronique et au son d'une musique intelligemment adaptée par Ben Frost, pour imprimer, chacun à sa manière, sa propre signature physique.

* « Far » de Wayne McGregor, Citerne Beirut, ce soir, jeudi 20 avril, à 20h30.

 

  

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