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Santé - Journée mondiale de la santé

« On ne peut pas prévenir le stress, mais la dépression, si »

La maladie est la première cause d'incapacité dans le monde, selon l'OMS. Le Dr Wadih Naja répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

Photo tirée du site web de l’OMS.

« Allons Sara, pourquoi tu te mets dans cet état ! Tu as tout dans la vie, pourquoi cette dépression ? Relève-toi, donc ! » Que de fois, croyant bien faire, on se sent dans l'obligation de « secouer » une personne déprimée pour qu'elle se reprenne en main, convaincus qu'il lui suffit de faire un effort pour sortir du gouffre dans lequel elle s'enlise.
Ce conseil pourrait être utile dans le cas d'un individu triste ou ressentant un « coup de blues ». En cas de dépression toutefois, cela n'a pour effet qu'enfoncer encore plus le clou, d'autant que la dépression entraîne une autodévalorisation et une autoculpabilisation. « De tels propos viennent confirmer ce que la personne déprimée ressent déjà, c'est-à-dire que tout est de sa faute », explique le Dr Wadih Naja, président de la Société libanaise de psychiatrie.
« La dépression est une maladie liée aux neurotransmetteurs du cerveau, poursuit-il. Celui-ci, n'arrivant plus à supporter le stress qu'il subit, lâche. » Tout comme la hanche d'un danseur professionnel, le genou d'un footballeur ou le dos d'un porteur. Dans le cadre de leur métier, ces personnes exercent un stress continu sur ces membres qui, à force d'être usés, finissent pas s'abîmer. « Le cerveau est constitué de manière à supporter le stress, ajoute le Dr Naja. Il produit à cet effet le cortisol, une hormone qui mobilise l'énergie et permet à une personne qui se trouve dans une situation stressante de réagir. Or cette hormone devient toxique pour le cerveau si elle est continuellement élevée pendant une longue période, d'où la dépression. »
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), « la dépression est la première cause d'incapacité dans le monde ». Entre 2005 et 2015, la maladie a augmenté de 18 %, touchant désormais quelque 322 millions de personnes dans le monde, estime l'OMS dans un communiqué publié à l'occasion de la Journée mondiale de la santé, célébrée le 7 avril, et placée cette année sous le thème de Dépression : parlons-en.

Populations à risque
Au cours d'une vie, la maladie touche 12 % de la population mondiale. Un taux qui augmente nettement au sein de trois populations à risques ayant fait l'objet d'études indépendantes menées par le département de psychiatrie à la faculté de médecine de l'Université libanaise.
Publiée en 2016 dans la revue Comprehensive Psychiatry, la première étude a porté sur les réfugiés syriens et a englobé 350 personnes. Il en ressort que 44 % des réfugiés syriens au Liban souffrent de dépression majeure, « un chiffre qui rejoint celui des études menées sur les réfugiés de guerre dans le monde », précise le Dr Naja. « Normalement, la prévalence de la dépression est deux fois plus élevée chez la femme que chez l'homme, fait-il remarquer. Or, dans cette étude, elle était identique tant chez les hommes que chez les femmes. »
La deuxième étude a porté sur la prévalence de la dépression parmi les femmes souffrant d'un cancer du sein. Publiée en 2017 dans la revue Psycho Oncology, elle a été menée sur 100 patientes. Au moment de l'enquête, 30 % des patientes souffraient d'une dépression. « C'est l'annonce de la maladie qui était traumatique pour les patientes, constate le Dr Naja. Aucun autre paramètre n'a favorisé la dépression, ni le stade du cancer, ni le traitement suivi, ni le pronostic, encore moins l'âge, le revenu économique ou le statut matrimonial de la patiente. »
La troisième étude, en cours de publication, a été menée sur 94 personnes hétérosexuelles et homosexuelles souffrant de sida. Il en est ressorti que « 16 % des patients étaient déprimés au moment de l'enquête, mais que seuls 4 % d'entre eux étaient mis sous antidépresseurs et 9 % suivaient un traitement psychiatrique, avance le Dr Naja. De plus, 50 % des personnes interrogées avaient souffert d'une dépression au cours de leur vie. Quelque 69 % d'entre elles avaient également une comorbidité mentale, comme une phobie, une angoisse, une insomnie, etc. »

Prédisposition génétique et stress
La prédisposition génétique à elle seule ne suffit pas pour sombrer dans la dépression. Il faut qu'elle soit associée au stress, un deuil ou une perte financière à titre d'exemple. La maladie se caractérise par une perte de plaisir et d'énergie, une tristesse, un pessimisme, une démotivation, une perte d'appétit et de poids, une perturbation du sommeil et des idées suicidaires. « De plus, elle a un impact sur le fonctionnement social, professionnel et personnel de la personne », insiste le Dr Naja.
Les spécialistes distinguent deux formes de la maladie. La dépression unipolaire qui est récurrente, survenant à plusieurs étapes de la vie du patient, et la dépression bipolaire qui est la forme grave de la maladie. Elle s'accompagne d'excitations et de changements d'humeur extrêmes. Le traitement diffère selon la forme de la maladie. « D'où l'importance d'établir le bon diagnostic », martèle le Dr Naja. Et de conclure : « Dans la vie courante, on ne peut pas prévenir le stress. Toutefois, on peut prévenir la dépression en s'abstenant de consommer de la drogue, notamment du cannabis, en n'abusant pas d'alcool et en pratiquant une activité physique régulière, les études ayant montré que le sport augmente le volume de l'hippocampe, une région du cerveau liée à la dépression. »


« Allons Sara, pourquoi tu te mets dans cet état ! Tu as tout dans la vie, pourquoi cette dépression ? Relève-toi, donc ! » Que de fois, croyant bien faire, on se sent dans l'obligation de « secouer » une personne déprimée pour qu'elle se reprenne en main, convaincus qu'il lui suffit de faire un effort pour sortir du gouffre dans lequel elle s'enlise.Ce conseil pourrait être utile...

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