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Liban

« Les trois dernières générations assyriennes d’Irak ont chacune été victimes d’un massacre »

Conférence

L'archimandrite Emanuel Yukhana retrace à Balamand les étapes mouvementées de l'histoire et sa communauté.

24/03/2017


L'archimandrite Emanuel Yukhana est à la tête de l'Église assyrienne. Vendredi dernier, il est venu spécialement au Liban pour donner à l'Université de Balamand une conférence sur le thème : « Assyriens : la base de la civilisation entre injustices actuelles et défis futurs », à l'invitation d'IDRAAC (Institute for Development, Research, Advocacy and Applied Care) et du comité de soutien aux Assyriens au Liban.
L'archimandrite est fier de sa communauté et de son passé, mais il craint pour son avenir. « Les chrétiens d'Irak doivent faire face à de nombreux défis et à une grande injustice », a-t-il expliqué durant la conférence. « L'État islamique détruit tous les lieux saints sur son passage et massacre les familles. Dans notre passé, nous avons été régulièrement menacés, mais nous le sommes davantage aujourd'hui », a affirmé Mgr Emanuel Yukhana.
L'archimandrite a, durant plus d'une heure, expliqué à un public très attentif les conflits qui ont touché les Assyriens tout au long de l'histoire. Les racines des Assyriens sont profondes. Pour Emanuel Yukhana, il est impensable de voir sa communauté s'éteindre, alors qu'elle est ancrée, de par son histoire, dans la région. « En Irak, nous sommes restés fort face au mandat britannique. D'ailleurs mon pays a acquis son indépendance en 1932. Le régime de Saddam Hussein ne nous a pas abattus. Nous avons pensé que l'arrivée des soldats américains en 2003 (l'année au cours de laquelle une coalition internationale conduite par les États-Unis avait mené une intervention militaire contre le régime de Saddam Hussein, accusé de détenir des armes de destruction massive) constituerait un tournant, mais elle n'a causé que des préjudices à notre communauté. »
« Aujourd'hui, a poursuivi Mgr Yukhana, nous faisons face au groupe État islamique. L'État irakien ne nous soutient pas. Il nous délaisse. Nous continuons à être persécutés. Les trois dernières générations assyriennes du pays ont chacune été victimes d'un massacre que je désignerai presque comme génocide. »
Les racines de la communauté assyrienne remontent à près de 6 700 ans, selon les explications du prélat. « Au fil de l'histoire, nous nous sommes implantés dans les régions allant de la Turquie à la Mongolie, mais aujourd'hui notre communauté disparaît petit à petit. En vingt ans, la communauté assyrienne d'Irak est passée de 3 millions à 350 000 », a déploré Emanuel Yukhana.
Les Assyriens sont aujourd'hui éparpillés partout dans le monde et forment ainsi une diaspora conséquente. L'archimandrite pose néanmoins la question de savoir si un jour les Assyriens d'Irak seront considérés comme faisant partie de cette diaspora. « Pour avoir une diaspora, il faut avoir un pays d'origine, mais avec la forte diminution du nombre des membres de la communauté en Irak, cela ne sera peut-être plus possible d'ici à une dizaine d'années », a-t-il déploré.
L'archimandrite a conclu la conférence qui s'est déroulée au campus de l'Université de Balamand à Achrafieh, en se voulant plein d'espoir. Il a souhaité ardemment que les communautés minoritaires comme la sienne puissent être dorénavant protégées par le pays dans lequel elles se trouvent. « J'espère que nous pourrons survivre dans notre propre pays, que l'Irak préservera ses minorités en nous protégeant et en nous permettant d'être présents dans la Constitution », a-t-il dit.
La conférence faisait partie du projet « Soutien en santé mentale au profit de la communauté assyrienne syrienne, réfugiée au Liban », mis en œuvre par IDRAAC. L'ONG prodigue des soins et un réel soutien mental aux familles qui ont dû fuir leur pays.

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