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Culture - Rencontre

David Hury, irrévérence en roue libre

Le photographe, écrivain et journaliste s'apprête à sortir son cinquième livre, « Pentes douces », le 13 juin* prochain. Un roman illustré de 93 photos, à la recherche d'une femme fatale libanaise qui s'évapore sans laisser d'adresse.

Un livre exposition, des photos histoires et un roman illustré : David Hury est un homme de symboles. Autoportrait de l’artiste

Un intérieur Mercedes en cuir rouge feutré, une femme énigmatique au volant, une mèche rebelle de cheveux auburn éclairée par un rayon oblique, et une main qui remonte furtivement et lascivement le long de sa cuisse. La couverture de Pentes douces (Riveneuve Éditions) est plus qu'une métonymie du roman qu'elle annonce.

David Hury, qui a vécu 18 ans à Beyrouth, l'a conçu comme une chasse au trésor duale : la quête du narrateur, qui se réveille en découvrant que la femme, une Libanaise, avec qui il a passé la nuit a disparu, et la quête du lecteur, qui recherche un chapitre manquant. Le roman est illustré de 93 photos en noir et blanc ; certaines puisées dans les archives du photographe, d'autres créées intentionnellement pour accompagner les mots de l'écrivain. « C'est un roman illustré ; mais dans ma tête je ne peux pas dissocier texte et images, je les ai construits ensemble », déclare l'auteur. Pentes douces est un objet-ovni, à travers lequel David Hury joue avec le lecteur sans jamais se jouer de lui.

Beyrouth aimant, Beyrouth amant
« Je m'étais promis de ne plus reparler de Beyrouth dans un bouquin, après Beyrouth sur écoute », sourit-il. « J'ai commencé à écrire Pentes douces au milieu de mes cartons quand je quittais le Liban. J'étais en train de tourner la page de 18 ans de ma vie, c'était très chargé émotionnellement. »

La clef de l'énigme du roman est liée à l'histoire de Joanna, la femme que le narrateur traque. « J'adore l'histoire de ce pays, elle est fascinante. Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas écrites dans les livres d'histoire. C'est un détail, en particulier des années 1986-1987, qui m'intéresse, qui n'est mentionné nulle part, tout comme on ne parle jamais des combats entre Amal et Hezbollah, ou des combats entre Palestiniens et Amal. » Pentes douces est teinté d'érotisme et d'ambiguïté ; dans les mots de l'auteur crus et justes, ou dans l'esthétisme suggestif des photographies, à l'image de celle d'une main délicatement posée sur le pubis d'une femme au dos arqué. « La chose la plus difficile, c'était les scènes de cul ; je m'y reprenais à plusieurs fois ; et puis un ami m'a dit, "il faut que tu écrives une histoire où on appelle une chatte une chatte". »

 

(Pour mémoire : Héritage d’émotions libanaises stéréotypées ?)

 

À la dérive
Les jeux sur les doubles sens maintiennent le roman dans une oscillation sémantique permanente. Le lecteur regarde une photo de Aïn el-Mreissé, avant de comprendre que ce n'est pas l'horizon-mer qu'il contemple, mais un mur de brique. Le narrateur emprunte certains éléments à la vie de l'auteur et, dans une mise en abîme, écrit lui aussi un roman. Ces lectures multiples permettent à David Hury de briser la linéarité pour créer de nouvelles manières, cycliques et sporadiques, d'appréhender Pentes douces. « Le titre est une référence à un film français de mon adolescence, L'été en pente douce, que je n'ai pas revu depuis. C'est une expression polysémique : la pente douce, c'est une dérive, une lente dégringolade ; un paysage peut être en pente douce, les formes d'une femme aussi. »

Dérapage contrôlé
David Hury parvient à penser la fragmentation et la totalité comme des entités complémentaires. « Aujourd'hui, à cause des réseaux sociaux, les gens ont un rapport très différent à l'image. Ils prennent une photo, ils la trouvent jolie et ils la balancent sur Instagram. Un de mes amis libanais me disait qu'un photographe, c'est quelqu'un qui construit une histoire, une série. Son objectif, c'est d'être vue comme une totalité, unie par une identité visuelle ou commune », explique-t-il, avant de poursuivre : « La photographie est une technique ; si on revient à l'étymologie, c'est l'écriture par la lumière. » Après le lancement de son livre, l'auteur souhaite exposer des fragments du roman. « Les gens achèteraient le fragment de texte qui accompagne une photo ; j'aime l'idée de morceler l'unité aussi. »

Un livre exposition, des photos histoires et un roman illustré ; David Hury est un homme de symboles. La levée de fonds pour le livre s'arrête le 13 avril, Pentes douces contient 13 chapitres, le livre sera lancé le 13 juin, son jour de naissance. Devant les possibilités ouvertes par son roman, le cœur de ce Gémeaux balance : « Le livre est la pierre angulaire, mais ce n'est qu'une partie du projet. Il y a une scène qui se déroule avec une femme au volant qui descend la route de Bickfaya à toute allure au téléphone. Je voudrais réaliser un court-métrage sur cette scène-là. Il y a des voitures de collection incroyables au Liban qui sont cachées. Une route sinueuse qui descend vers Beyrouth, entendre juste un moteur, c'est très excitant, mais il me faut un budget. » Pentes douces est finalement un dérapage contrôlé, qui s'abandonne pour mieux dériver.

* David Hury a lancé un financement participatif (crowdfunding) afin de récolter le budget d'impression avant le 13 avril. Les dons se font à travers ce lien : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/pentes-douces-roman-50-texte-50-photo

 

 

Pour mémoire

Insta(ntané)

David Hury met « Beyrouth sur écoute »


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