La Dernière

Wafa Khochen, tout pour la musique

Radioscopie

Cela fait plus de trente ans que l'animatrice injecte dans les veines de Radio-Liban une musique qui lui ressemble et prend refuge dans un dialogue musical ininterrompu avec l'auditeur.

20/03/2017

Dès qu'elle apparaît avec sa crinière toute blanche et sa mèche rose qui la teinte de bonne humeur, on comprend très vite que Wafa Khochen ne rentre pas dans un moule précis et ne fait pas les choses comme les autres. Animatrice radio depuis 33 ans, organisatrice de festivals de rue et DJ à son bon loisir, Khochen est une mordue de musique. Et pas n'importe laquelle : la belle, la panachée, la qualitative – pas nécessairement l'élitiste. Bien au contraire. Depuis qu'elle est sur les ondes, son seul souhait est de partager ses mélanges musicaux avec les autres et de les rendre accessibles au plus grand nombre. Preuve en est toutes ses émissions radiophoniques qui sont téléchargeables gratuitement sur son site web (wafakhochen.com).

Elle commence à se frotter à cette passion en 1984, lorsque son frère Mohammad lui lègue l'émission, la laissant seule aux commandes. Mais l'animatrice radio n'est jamais seule derrière son micro. Elle sait qu'elle a des milliers de personnes qui l'attendent et l'écoutent. Après ce premier programme baptisé justement Contact, ses rendez-vous s'intituleront Microondes. Elle y partage tous les mardis et mercredis, à 20 heures, les sonorités du rock dit alternatif, la new wave ainsi que le gothique. Mais également Flashback, les samedis de 10 heures à midi, où Wafa Khochen entreprend de téléporter son auditeur dans les années 60-70-80 pour écouter le meilleur du rock. Le meilleur ? C'est ce à quoi cette perfectionniste a toujours aspiré. Même en organisant, il y a quelques années, des spectacles de rue, sans distinction de région, elle n'a exigé que le meilleur. Elle y aspire encore et se dit prête à retrouver ce sentiment d'osmose totale avec le public.

Rêves de battante

Sa voix grave, burinée par le soleil du Sud dont elle est originaire et qu'elle aime tant, s'efface pourtant derrière son micro, laissant place aux œuvres musicales qu'elle présente par des mots brefs, avec soin et amour. Comment se prépare-t-elle à ses rendez-vous chaque semaine ? Des recherches exhaustives, une plongée dans ses archives et dans sa tête, sorte d'encyclopédie musicale, lui permettent d'écrire par la suite un script, qu'elle déroule dans un (quasi-)silence sur les ondes. « Je suis une battante, mais aussi une rêveuse », avoue-t-elle. « J'ai réalisé des rêves inouïs, précise-t-elle, s'enflammant tout d'un coup en accompagnant ses mots de gestes larges. Les choses à moitié, pas pour moi, merci. » Ne lui parlez surtout pas de concessions. « Jamais », martèle-t-elle pour mieux faire comprendre sa pensée. Et de se laisser aller à la dérive des souvenirs. Lorsqu'elle décide en 1990 de joindre le plus grand gourou de la radio, à savoir John Peele, rien n'entrave son chemin. La rencontre avec l'animateur de radio de la BBC, véritable catalyseur de la scène musicale indépendante britannique, qui a découvert et diffusé dans son émission une multitude de jeunes artistes comme David Bowie, Joy Division et The Smiths, pour ne citer que ceux-là, a été « la plus grande motivation de ma carrière », dit-elle.

« Cette rencontre s'est faite à Londres. Après avoir visité le studio, nous l'avons invité, mon frère et moi, à déjeuner. De lui, j'ai appris ce qu'est la modestie d'un grand artiste. Pour sa part, il s'est dit étonné de trouver au Liban des femmes qui travaillent dans ce créneau-là. » Un autre souvenir marquant porte le nom de Bernard Lenoir, qui l'invite à partager avec lui une miniémission, On Air. « Ce sont des moments dont je me souviendrai toujours et qui représentent des tournants dans mon parcours. » Et l'animatrice de poursuivre : « J'ai toujours voulu mettre la barre haute et n'exiger que la qualité, non pas pour me mettre au-devant de la scène, mais par respect pour ceux qui m'écoutent et me suivent. Savoir qu'on peut donner en partage est ma seule gratification et mon moteur de vie », confie-t-elle encore.

Wafa Khochen avoue apprendre chaque jour quelque chose de nouveau. Elle confesse aussi être touchée lorsqu'elle croise des personnes qu'elle ne connaît pas et qui la saluent ou la remercient. « Je suis peut-être dans l'ombre de la musique que je diffuse, mais c'est elle qui parle de moi. Et peut-être qu'elle me ressemble un peu. »


Pour mémoire

Wafa Khochen : La rue est un royaume

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