Image tirée de la vidéo de Myriam Klink
Entre Facebook et câble télévisé, les nouvelles de Beyrouth traversent instantanément l'Atlantique et me laissent coite. Tristesse et désarroi. Le dernier scoop, celui de cette Myriam Klink qui a trouvé son « Pelé buteur », de surcroît, sur une mélodie volée ! Grave. Grave est notre débauche à tous les niveaux.
Zapper d'une chaîne libanaise à l'autre, c'est survoler un Hollywood Boulevard en quelques instants. Le petit pays est devenu un puits intarissable d'artistes, toutes disciplines confondues. En somme le Liban, c'est 10 452 km parsemés d'étoiles !
Une foultitude de gens émergeant d'une faune artistique locale aux looks siliconés, botoxés, liftés, mais surtout peroxydés.
Au point que la compagnie Mattel peut piocher de nouveaux modèles de Barbie dans un catalogue « Phénicien » bien garni.
Mais à voir et à écouter tous ces énergumènes, c'est un flagrant embarras patriotique. Franchement. On a honte du niveau. Plusieurs d'entre nous le pensent, mais au bout de quelques railleries, la chose est classée sans réfléchir sérieusement au déclin.
Ô rage, ô désespoir, que sommes-nous devenus ? Et où sont enterrées nos références d'évaluation artistique à une échelle internationale ?
Cette explosion de talents se produit et se peaufine dans quelles écoles de théâtre, dans quels conservatoires de musique, dans quelles académies, universités, quels ateliers de couture, quels stages, quelles collaborations, suite à l'évaluation de quels critiques d'art pour validation ?
Tous ces talents innés ne nécessitent-ils pas un moindre vernis culturel pour présenter quelque chose ? Pour avoir droit à une plateforme d'expression artistique ?
Est-ce ainsi qu'on se proclame artiste ou même une star, juste au réveil, par envie, par oisiveté ? Notre phénomène de starification, à nous libanais, est bien particulier. Il détonne certainement.
Je peux vous assurer que les mots « fann », « ahel el-fann » et « fannan » passent en boucle, le long de toute entrevue avec un illustre inconnu ayant droit à ses quelques minutes de gloire, à déblatérer live avec son ego démesuré sur écran ! Pathétique ! Mais où allons-nous ?
Il est évident que le monde change, que les valeurs changent partout et qu'une décadence culturelle est observée partout dans le monde. Mais dans notre Liban postguerre avec une grave crise économique, d'où vient l'argent pour investir autant sur ces similis talents, ersatz de stars ? Tous ces clips bariolés, creux, vulgo.
Tous ces ténors gros, souvent barbus, qui vous explosent les tympans dans des pizzerias avec leur O sole mio au vibrato à trois sous. Quel folklore !
Tous ces podiums où défilent des collections de mauvais goût et l'on se demande sincèrement destinées à quels marchés ? Où se vendent ces créations locales et qui les porte ?
Tous ces noms d'actrices qui explosent, les unes souvent repêchées après leurs candidatures au titre de Miss Liban, d'autres tout simplement photogéniques, elles peuvent ainsi crever l'écran et c'est suffisant.
On privilégie la quantité versus la qualité. Sans échelle de valeurs. On se tait. On s'enfonce dans des strates de sous-culture. On veut ignorer la débauche artistique du moment. Peu en parlent, de peur de paraître négatifs ou de sembler ne pas aimer le Liban ni ses compatriotes et de vouloir critiquer gratuitement. Non, je regrette, je fais partie de ceux qui adorent le Liban. Il faut parler, dénoncer, voire critiquer pour améliorer et surtout pour que les efforts et les créations de qualité ne se perdent pas dans ce brouillamini total et confus de créations insipides, mais surtout décadentes.
Nous servons de la médiocrité aux pays qui nous entourent. La réputation de nos femmes n'est plus géniale à cause de toutes ces bimbos. Et qui en profite ? Évidemment tous ceux qui nous enviaient dans le passé. À l'époque où le Liban miroitait la culture et le raffinement au monde arabe.
Aujourd'hui, chez nos voisins, des opéras, des musées, de grandes universités s'inaugurent et tout évolue de leur côté alors que nous badinons à servir une culture de pacotille, « cheap » et vulgaire.
De grâce, exigeons la qualité pour sortir de cet enfoncement culturel. Nous sommes un peuple génial, pourquoi laisser une image moche nous représenter et pas le meilleur de ce génie libanais ?
Cela exige avant tout de prendre conscience de la gravité de la situation et sérieusement. Ensuite, cela demande un effort commun de redressement de notre barre de qualité.
Pour que notre culture redevienne notre ambassadrice et puisse réhabiliter notre fierté.
Randa GHOSSOUB

