Rechercher
Rechercher

Économie - Reportage

À Gaza, on coud de tout pour Israël... même des kippas

« Les Israéliens apprécient nos produits pour leur qualité et notre proximité avec leur marché ».

Fabrication de kippas dans un atelier du camp de réfugiés palestiniens de Chati, dans la bande de Gaza, le 8 mars 2017. Mahmud Hams/AFP

Au beau milieu du camp de réfugiés palestiniens de Chati, dans la bande de Gaza, le bruit des machines est ininterrompu. À l'intérieur, les employés de Mohammad Abou Chanab cousent de petits ronds de tissu : des kippas, qui seront ensuite vendues en Israël.

Sur sa dizaine de machines à coudre, la petite usine de textile de M. Abou Chanab, qui se trouve à quelques dizaines de mètres de la maison d'Ismaïl Haniyeh, l'ancien Premier ministre du Hamas à Gaza, « produit toutes sortes de pièces : des kippas, des chemises, des pantalons faits à Gaza à destination d'Israël », explique ce Palestinien à l'AFP.

L'homme n'est pas peu fier de sa production, car, en 2006, quand Israël a imposé son blocus terrestre, aérien et maritime sur l'enclave palestinienne, il a dû tout arrêter. Depuis 2008, trois guerres sont venues ajouter leur lot de destruction, emportant en partie ou totalement 50 entreprises dans la bande de Gaza, selon les représentants du secteur.

M. Abou Chanab n'a repris son activité que l'an dernier, et l'industrie textile reste encore loin de l'âge d'or du début des années 1990 quand le secteur employait 35 000 personnes dans les plus de 900 entreprises de la bande de Gaza. Chaque mois à l'époque, quatre millions de pièces étaient envoyées en Israël, se rappelle M. Abou Chanab, membre de l'Union palestinienne des industriels du textile.

Depuis l'imposition du blocus, ces chiffres ont fondu : seuls 4 000 Gazaouis sont toujours employés dans ce secteur qui ne compte plus que 150 entreprises, dont la production est destinée au marché local, toujours selon des chiffres de l'Union. Parmi elles, 25 seulement exportent vers Israël et la Cisjordanie, séparée de la bande de Gaza par le territoire israélien. Chaque mois, elles envoient entre 30 000 et 40 000 pièces.

« Les Israéliens apprécient nos produits pour leur qualité et notre proximité avec leur marché », explique M. Abou Chanab.

Ennemi politique, partenaire commercial

Israël contrôle la totalité des frontières de la bande de Gaza, à l'exception de Rafah, qui mène vers l'Égypte, et décide donc de la circulation des biens et des personnes de et vers la bande de Gaza. Un seul terminal est destiné à la marchandise, il s'agit de Kerem Shalom, dans le sud de l'enclave côtière.

Selon la Banque mondiale, le blocus a virtuellement tué toute exportation gazaouie et mené l'économie du petit territoire et de ses deux millions d'habitants au bord du gouffre.

Hassan Chehadeh, qui emploie une cinquantaine de Palestiniens dans ses ateliers de textile, assure avoir réussi à récupérer depuis l'année dernière « 20 % » de son activité. Dans son usine installée dans le quartier cossu de Cheikh Radouane, dans la ville de Gaza, il produit des jeans, tissés à la chaîne, dans le vacarme assourdissant des machines et des générateurs qui les alimentent, l'outil indispensable dans la bande de Gaza où la pénurie d'électricité est chronique.
Chaque mois, M. Chehadeh affirme exporter « entre 5 000 et 10 000 pantalons en Israël ». « Je pourrais produire beaucoup plus, mais la question des terminaux fait peur aux businessmen israéliens et entrave notre travail », poursuit-il.

Quant à se rabattre sur le marché de la bande de Gaza, où le chômage caracole à 45 % et où plus des deux tiers de la population dépendent de l'aide humanitaire, pour ces industriels, ce n'est pas vraiment une option. « Le marché local est faible, alors que le commerce avec Israël est très bon », souligne M. Chehadeh.

Pour Abdel Nasser Awad, directeur général du ministère de l'Économie à Gaza, exporter vers Israël est « une affaire purement commerciale ». « Tout ce qui nous intéresse, c'est d'alimenter l'économie et de combattre le chômage », souligne-t-il.

« La politique et le business, ce n'est pas la même chose. On peut être ennemis en politique, mais, dans les affaires, c'est l'intérêt qui prime », résume M. Chehadeh.

 

Lire aussi

Le Hamas fait taire la grogne des Gazaouis, mais la colère couve

Coca-Cola ouvre sa première usine à Gaza

Au beau milieu du camp de réfugiés palestiniens de Chati, dans la bande de Gaza, le bruit des machines est ininterrompu. À l'intérieur, les employés de Mohammad Abou Chanab cousent de petits ronds de tissu : des kippas, qui seront ensuite vendues en Israël.Sur sa dizaine de machines à coudre, la petite usine de textile de M. Abou Chanab, qui se trouve à quelques dizaines de mètres de la maison d'Ismaïl Haniyeh, l'ancien Premier ministre du Hamas à Gaza, « produit toutes sortes de pièces : des kippas, des chemises, des pantalons faits à Gaza à destination d'Israël », explique ce Palestinien à l'AFP.L'homme n'est pas peu fier de sa production, car, en 2006, quand Israël a imposé son blocus terrestre, aérien et maritime sur l'enclave palestinienne, il a dû tout arrêter. Depuis 2008, trois guerres sont venues...
commentaires (1)

« La politique et le business, ce n'est pas la même chose »! Il est temps que la politique cesse d'être le frein absolu à une vie normale et pacifique entre pays voisins... Que les uns et les autres nous laissent vivre en paix et en harmonie!

Soraya Naufal

12 h 24, le 11 mars 2017

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • « La politique et le business, ce n'est pas la même chose »! Il est temps que la politique cesse d'être le frein absolu à une vie normale et pacifique entre pays voisins... Que les uns et les autres nous laissent vivre en paix et en harmonie!

    Soraya Naufal

    12 h 24, le 11 mars 2017

Retour en haut