Contestation sociale

Le Hamas fait taire la grogne des Gazaouis, mais la colère couve

De récentes manifestations contre la pénurie d'électricité ébranlent le territoire sous contrôle du mouvement islamiste.

L’activiste Mohammad al-Taluli lors d’une manifestation contre la pénurie d’électricité dans le nord de la bande de Gaza, le 12 janvier. Mohammed Abed/AFP

En fausse veste militaire, celui qui se surnomme Guevara, par admiration pour le révolutionnaire sud-américain dont il porte la barbe, rentre chez lui sous les hourras de dizaines de sympathisants, dans le camp de réfugiés palestiniens de Jabaliya, dans la bande de Gaza.
Mohammad al-Talouli, 25 ans, vient de passer plusieurs jours dans la clandestinité. Les forces du Hamas, dit-il, étaient après lui pour son implication dans l'organisation de récentes manifestations contre la pénurie d'électricité.
Le mouvement islamiste, qui gouverne sans partage le territoire en proie à une crise humanitaire permanente, a réussi à dissiper la grogne, au moins en public. Mais la frustration demeure dans des endroits comme Jabaliya, et la détérioration des conditions de vie déjà pénibles fait craindre une éruption sociale parmi les deux millions de Gazaouis entassés sur le territoire. « Nous allons continuer à exiger qu'on satisfasse nos besoins humanitaires », assure Mohammad, assis chez lui à une table en plastique dans une pièce qu'il appelle son bureau.
La bande de Gaza, dont les habitants ne recevaient plus depuis fin 2016 au mieux que quatre heures d'électricité par jour au lieu de huit, a été le théâtre pendant plusieurs jours de manifestations allant s'amplifiant. Le 12 janvier, des milliers de manifestants ont marché en direction de la compagnie d'électricité dans le camp de Jabaliya. Les forces de sécurité les ont dispersés à coups de matraque et veillé à ce qu'il n'y ait pas d'autre manifestation. Aidé par le Qatar, qui a accepté de verser rapidement 12 millions de dollars pour acheter du combustible, le Hamas a annoncé lundi le retour à huit heures d'électricité ainsi que la libération de tous les manifestants arrêtés.
Un porte-parole du gouvernement de Gaza a assuré que le Hamas s'employait à améliorer la fourniture d'électricité. « La solution n'est pas sécuritaire », déclare Salama Marouf. Mais pour l'admirateur de Che Guevara, le manque d'électricité n'est qu'une source d'insatisfaction parmi d'autres. Nombre de Gazaouis se sentent pris au piège du gouvernement Hamas et du blocus imposé par Israël depuis dix ans au territoire, précisément pour contenir la menace du Hamas, grand ennemi de l'État hébreu.

Pauvreté et politique
La seule autre frontière, avec l'Égypte, reste fermée en quasi-permanence, contribuant à étouffer l'économie gazaouie. Le chômage, à près de 45 %, est l'un des plus élevés au monde.
Trois guerres avec Israël depuis 2008 dans le territoire ont semé la mort et la destruction, et laissé des traces psychologiques.
Même quelqu'un comme Mohammad Abou Charaf, dont la famille tient une imprimerie depuis 40 ans à Gaza, souffre. « J'ai besoin d'électricité pendant plus de huit heures par jour pour travailler et satisfaire mes clients », explique-t-il. Au moment où il parle, le courant s'arrête à nouveau.
Les raisons du manque d'électricité sont multiples. La seule centrale de la bande de Gaza, qui fonctionne au diesel, tourne en dessous de ses capacités après avoir été bombardée lors des guerres. Les importations d'électricité en provenance d'Israël et d'Égypte sont loin de suffire. Le réseau est vieillissant et le vol de courant fréquent.
La situation a été compliquée récemment par une querelle entre le Hamas et l'Autorité palestinienne, basée en Cisjordanie occupée et dominée par le parti Fateh, rival du mouvement islamiste. Comme Israël ne traite pas avec le Hamas qu'il considère comme une organisation terroriste, c'est l'Autorité palestinienne qui achète le combustible et se fait rembourser par le Hamas. Mais la compagnie d'électricité de Gaza est à court de fonds car beaucoup de consommateurs ne paient pas leurs factures. Selon M. Marouf, la compagnie devrait collecter 13 millions de dollars par mois, mais seulement six rentrent dans ses caisses. Il met en cause la pauvreté, l'incivisme de certains et les taxes trop élevées réclamées par l'Autorité palestinienne. Ces explications n'atténuent pas l'exaspération des Gazaouis.
La protestation délivre au Hamas « le message clair qu'il ne faut pas compter sur le bâton ou sur le fusil pour faire taire le peuple », rappelle Ahmad Yousef, important membre du mouvement islamiste.

Michael SMITH/AFP


En fausse veste militaire, celui qui se surnomme Guevara, par admiration pour le révolutionnaire sud-américain dont il porte la barbe, rentre chez lui sous les hourras de dizaines de sympathisants, dans le camp de réfugiés palestiniens de Jabaliya, dans la bande de Gaza.
Mohammad al-Talouli, 25 ans, vient de passer plusieurs jours dans la clandestinité. Les forces du Hamas, dit-il,...

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