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« Logan » : requiem pour des héros

Dans ce qui est la dernière apparition de Hugh Jackman sous les traits de Wolverine, James Mangold et son interprète livrent une œuvre d'une violence unique, battant en brèche les règles sacro-saintes des films de superhéros.

Hugh Jackman dit adieu à Wolfie.

Wolverine est le premier, le plus charismatique et plus important des X-Men. Héros incontestable de la première trilogie, il a eu peine à prendre sa pleine mesure dans les deux premiers spin-off qui lui étaient consacrés. Car malgré le succès public important du second volet, on sentait bien que l'exercice était sous contrôle des studios, remplissant les objectifs imposés par les services marketing, toujours plus de tout, sauf d'une histoire cohérente et d'enjeux dramatiques. Ce second volet était déjà réalisé par James Mangold, arrivé à la rescousse sur demande express de la star Hugh Jackman avec lequel il avait déjà tourné. L'acteur australien avait une idée bien précise de ce qu'est « son » Wolverine et de l'évolution qu'il veut lui donner. Cette évolution nous est présentée dans ce film, objet unique, ultrapersonnel, d'une violence inouïe, totalement hors des sentiers battus, avec une résonance politique, une actualité prégnante et offrant une dramaturgie lourde. Cela fait plusieurs années que Jackman crie son ras-le-bol et veut en finir avec Wolfie. Parce qu'il a toujours eu une place privilégiée dans le succès des films et qu'il a aussi joui d'une influence importante, il aura réussi à imposer son point de vue et obligé la franchise à oublier sa marque, Wolverine. L'acteur a également profité de sa proximité avec Mangold pour écrire un scénario noir, dur, âpre, sans concession, et offert par la même occasion un des meilleurs films de superhéros. Car de même que Logan souffre de la baisse de ses pouvoirs, de la dégradation de son physique et du poids des responsabilités qu'on lui impose, l'acteur aussi est vieillissant et souffre du poids de ce personnage, à la fois sur son physique et sur la place qu'il prend dans sa carrière.

Plus humain, mais plus violent
Logan se déroule en effet plus de 50 ans après X-Men : Days of Future Past (2014), et l'on y voit le personnage Logan, alias Wolverine, dans son état mutant, vieillir et devenir vulnérable. Le personnage, à la barbe poivrée et en bataille, passe son temps à s'enivrer jusqu'à ce qu'une femme vienne le supplier de protéger une petite fille âgée de onze ans. Le héros va alors se réveiller de sa léthargie.
Préférant le drame intime et le road-movie aux combats sans fin et à la « destruction porn » (destruction totale), utilisant assez peu les effets spéciaux informatiques au profit d'un naturalisme assumé, le film étire sur 2h17 une mélancolie et une fureur qui ont toujours été les traits de caractère principaux de Wolverine. Le choix de titrer le film de son prénom, Logan, et non pas de son nom de superhéros est une marque claire que nous sommes en territoire parallèle, que c'est le destin d'un homme que nous suivons, loin de son invincibilité et de ses exploits. Interdit aux moins de 17 ans aux États-Unis, le studio Marvel a clairement choisi de lâcher la bride au duo et de leur offrir un requiem vivaldien, rempli de toutes les injures qu'on lui avait interdit de prononcer, de moments d'extrême violence et de séquences d'accalmie. Le film, finalement assez intellectuel, offre de nombreux niveaux de lecture, rend des hommages discrets aux trilogies et aux personnages à l'intérieur de ces trilogies, et propose aussi une mise en abîme sur les X-Men. Hugh Jackman peut enfin rappeler (au cas où on l'aurait oublié) qu'il est un grand acteur. Mangold confirme également qu'il aime filmer les vieilles carcasses après avoir sublimé Stallone dans Cop Land en 1997. Quant à Marvel, il montre que, tout en étant le studio le plus puissant de Hollywood, il continue à respecter et à aimer ses artistes en leur offrant la liberté de ton, le final « cut » et le budget conséquent. Et que, finalement, ce studio garde toujours une longueur d'avance sur son concurrent DC. Logan est un « must see » sur grand écran, les griffes bien accrochées aux sièges.


Wolverine est le premier, le plus charismatique et plus important des X-Men. Héros incontestable de la première trilogie, il a eu peine à prendre sa pleine mesure dans les deux premiers spin-off qui lui étaient consacrés. Car malgré le succès public important du second volet, on sentait bien que l'exercice était sous contrôle des studios, remplissant les objectifs imposés par les...

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