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Moyen Orient et Monde

Au Yémen, les houthis recrutent activement des enfants soldats

Rapport

En 2015, près de 30 écoles avaient été endommagées ou occupées par les belligérants, laissant un vide que les rebelles ont comblé avec des centres locaux proposant des prières, des sermons ou des conférences.

07/03/2017

« Ils sont tout excités à l'idée de tirer avec des kalachnikovs et des fusils, et de porter un uniforme militaire », témoigne auprès d'Amnesty International un Yéménite dont le frère de 16 ans a été recruté pour combattre sur la ligne de front. Dans un rapport publié le 28 février dernier, l'ONG fait état d'une recrudescence du recrutement des adolescents par le groupe armé houthi dans le conflit au Yémen.

D'après les témoignages de plusieurs familles, quatre adolescents, âgés entre 15 et 17 ans, ont été emmenés par des combattants houthis. Alertés par des habitants racontant avoir vu les quatre garçons monter à bord d'un bus, ces familles n'ont su que quelques jours plus tard que leurs enfants combattaient à la frontière entre le Yémen et l'Arabie saoudite, sans plus de détails sur leur localisation. « Il est affligeant que les houthis enlèvent des enfants à leurs parents et à leur foyer », a commenté Samah Hadid, directrice adjointe du bureau régional d'Amnesty International à Beyrouth.

Le Yémen est le théâtre d'une guerre civile entre les rebelles houthis et leurs alliés, restés fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh, soutenus par l'Iran, et les troupes loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenus par la coalition arabe. « Cette situation crée un contexte hautement favorable à l'amplification du phénomène des enfants soldats », affirme à L'Orient-Le Jour Kristin Beckerle, en charge du Yémen pour Human Rights Watch. Les différents partis ont un besoin croissant de soldats. Et l'état général du pays facilite les possibilités de recrutement ou d'embrigadement forcé : une large partie du pays a été dévastée, la pauvreté est endémique et près de 7 millions de personnes sont au bord de la famine. En 2015, près de 30 écoles avaient été endommagées ou occupées par les belligérants, laissant un vide que les rebelles ont comblé avec des centres locaux proposant des prières, des sermons ou des conférences.

 

(Pour mémoire : Près de 1 500 enfants soldats recensés par l’ONU au Yémen)

 

« Enrôlement forcé »
C'est notamment via ces centres que les houthis encourageraient les adolescents à combattre la coalition saoudienne, d'après les témoignages recueillis par Amnesty International. Un témoin raconte que deux garçons auraient été recrutés mi-février après avoir été envoyés par des représentants houthis dans une école coranique près de Sanaa pour une initiation religieuse en janvier.

Déjà en 2015, Human Rights Watch rapportait que la plupart des enfants recrutés recevaient une formation idéologique pendant au moins un mois, puis une formation militaire. « Le plus alarmant, c'est qu'on remarque le passage d'un engagement volontaire des adolescents à la coercition et l'enrôlement forcé », s'inquiète Mme Beckerle.

Il est cependant très difficile d'avoir une idée précise du processus de recrutement, car peu de familles consentent à témoigner par peur des représailles. Les rebelles, pour amadouer les familles, s'engageraient à verser entre 20 000 et 30 000 riyals (80 et 120 dollars) par mois et par enfant mort au combat, et à les honorer en les élevant au rang de martyrs. « Beaucoup d'enfants (sont recrutés), mais les gens n'osent pas parler ni donner suite. Ils ont peur d'être arrêtés », admet un père de famille.

Il est délicat d'établir des chiffres précis sur l'ampleur du phénomène, d'autant que les ONG ont des difficultés à accéder au terrain. Le rapport de l'ONU confirme le recrutement de 1 476 enfants, tous partis confondus, entre le 26 mars 2015 et le 31 janvier 2017. Un chiffre qui devrait être beaucoup plus élevé en réalité, selon la porte-parole du Haut-Commissariat aux Droits de l'homme, Ravina Shamdasani, qui révèle une campagne active de recrutement des enfants au Yémen. Plusieurs familles ont également affirmé à Amnesty International qu'elles constataient une intensification du recrutement d'enfants soldats dans leurs quartiers, du fait que nombre d'enfants ne vont plus à l'école classique. Dans un rapport annuel publié en avril 2016, l'ONU avait déjà relevé une multiplication par cinq du nombre d'enfants recrutés par les groupes armés en 2015, comparé à l'année précédente. Et si les houthis sont les principaux recruteurs (72 % des recrutements d'après l'ONU), tous les belligérants sont impliqués : 15 % des enfants recrutés sont engagés auprès des comités populaires progouvernementaux et 9 % auprès d'el-Qaëda. « C'est une tendance extrêmement dure à combattre et les conséquences vont avoir un effet dévastateur sur l'avenir du pays », déplore Mme Beckerle.

 

 

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