Diaspora

Quand un Libano-Brésilien est de retour au Liban 64 ans plus tard...

Roberto KHATLAB

Munir Saad, professeur au Brésil, retrouve sa terre natale à 73 ans. C'est avec « une émotion indescriptible », suivant ses termes, qu'il revoit les maisons et les quartiers de son enfance.

Diaspora | OLJ
06/03/2017

Munir Saad, professeur émérite et citoyen libano-brésilien, a effectué un voyage de retour aux origines à 73 ans, en décembre dernier. Cela faisait 64 ans qu'il n'avait plus mis les pieds au Liban, qu'il a quitté à l'âge de neuf ans avec sa famille.
C'est à Bhamdoun, dans le Mont-Liban, qu'est né Munir Saad en 1943. Ses parents, Élia Khalil Saad de Ras el-Metn et Joséphine Abbud de Machghara, dans la Békaa, l'ont emmené en 1952 au Brésil, ainsi que ses sœurs Nahia et Salwa, son frère Antoine et sa grand-mère Agatha.
Élia Khalil Saad, né en 1912, était tourneur mécanique et habitait Furn el-Chebback. Il était financièrement aisé quand, en 1952, il décide d'émigrer au Brésil avec toute sa famille : il voulait d'une part essayer de retrouver son père, Khalil Mansour Saad, qu'il n'a pas connu parce qu'il avait émigré seul au Brésil en 1911, alors que sa mère Agatha était enceinte de lui. Arrivé au Brésil, Khalil écrit à son épouse et lui raconte qu'il travaille comme colporteur dans l'État de l'Amazonie, dans le nord du Brésil. Il lui a aussitôt demandé de le rejoindre au Brésil avec les enfants. Cependant, la Première Guerre mondiale avait entre-temps éclaté et les contacts se sont interrompus. La famille n'avait plus de nouvelles du père. Malheureusement, même émigré au Brésil, Élia ne retrouvera jamais la trace de son père disparu.
L'autre raison qui a poussé Élia à émigrer, c'est la présence de ses beaux-frères, qui possédaient la société d'immobilier « Anis Abbudi & Cia Ltda ». L'entreprise a délimité des terres dans le sud du Brésil, dans l'État de Paraná.
Motivé par ces deux facteurs, Élia quitte le Liban avec toute la famille. Un long voyage sur le transatlantique italien Giulio Cesare, qui dure vingt et un jour. Munir, à l'âge de 9 ans, reçoit le sacrement de la première communion d'un évêque et prêtre catholique à bord du navire. La famille Saad débarque en 1952 au port brésilien de Santos, et se dirige vers la nouvelle ville de Lupionópolis, où Élia fonde un commerce de mécanique et une station d'essence, ensuite une scierie dans la ville voisine de Francisco Alves. Au Brésil, Joséphine et Élia ont eu un cinquième enfant, Nagib.

« Citoyen de Campo Grande »
C'est donc à 9 ans que le petit Munir découvre un nouveau monde. Il suit des études, notamment des cours de mathématiques, de physique et de dessin géométrique. Il deviendra enseignant et ouvrira également une fabrique de tuiles.
En 1973, Munir épouse Neusa, une Brésilienne d'origine espagnole et italienne : ils auront quatre enfants. En 1986, Munir change de ville pour Campo Grande, dans l'État de Mato Grosso, dans le centre-ouest du Brésil. Tous ses enfants suivent de grandes études : Élias en génie civil, Thais en physiothérapie, William en informatique et Munir Jr. en droit.
A Campo Grande, Munir devient directeur financier de la société de développement de la ville. Il est également nommé juge temporaire au département de la justice du travail. En 1987, il ouvre le restaurant « Manura Churrascaria et cozinha árabe » (qui signifie « barbecue à la brésilienne et cuisine arabe »), un succès dans une ville habitée par une importante colonie libano-brésilienne, y compris l'actuel maire de la ville de Campo Grande, élu en 2016, Marcos Marcello Trad. En 2011, Munir reçoit le titre de « Citoyen de Campo Grande », en hommage à sa participation à la vie sociale et au développement de la ville. Pour garder vivante la mémoire de la famille Saad, le petit-fils de Munir, Mattheus Saad Sales, 13 ans, a écrit, en 2016, l'histoire de son grand-père d'après les récits qu'il lui a faits.

Une maison d'enfance retrouvée par hasard
Le temps s'est écoulé, mais dans le cœur de Munir, le Liban a toujours été présent, en famille et au travail. Ainsi, à l'âge de 73 ans, en décembre 2016, 64 ans après son départ, Munir visite le Liban en compagnie de son épouse Neusa et de sa sœur Salwa, née au Liban. Celle-ci est accompagnée de son époux Oswaldemir Lorensini, Brésilien d'origine italienne, et de ses fils : Oswaldo, Alexandre et Humberto, avec leurs épouses et leurs enfants. En tout, le groupe familial comptait plus de 18 personnes.
Au Liban, ils se rendent d'abord à Furn el-Chebback. Munir se souvient que la maison qu'il habitait autrefois se trouvait rue de Damas, mais avec le temps tout a changé. En marchant dans la rue, il a été extrêmement surpris de tomber par hasard sur l'ancienne maison, toujours à sa place, qu'il habitait avant d'émigrer en 1952. Il a reconnu le balcon du rez-de-chaussée. Devant la maison, avec sa sœur Salwa, ils se souviennent de leurs parents et de leur enfance. Le moment était intense et Munir n'arrive pas à retenir ses larmes.
Le nouveau propriétaire de la maison, étonné de voir 18 personnes en face de chez lui et un monsieur d'un certain âge ému jusqu'aux larmes, les invite tous à entrer chez lui. De se retrouver à l'intérieur de la bâtisse n'a fait qu'exacerber encore davantage l'émotion des émigrés.
En poursuivant le pèlerinage de retrouvailles, Munir et toute la famille visitent Bhamdoun où il est né, ensuite les villages de ses grands-parents, Ras el-Metn et Machghara. À chaque fois qu'ils se retrouvaient face à des maisons où ils avaient des souvenirs d'enfance, Munir et sa sœur étaient une nouvelle fois submergés par l'émotion.
Ce voyage de retour aux sources a également ouvert les portes d'un nouveau monde à la nouvelle génération Saad. De ce voyage, Munir dira : « L'émotion que j'ai éprouvée en foulant ma terre natale est indescriptible, notamment en voyant la maison que j'ai autrefois habitée à Furn el-Chebback. Je n'aurais jamais pensé que j'éprouverai un sentiment aussi fort. Le film de mon enfance s'est déroulé dans ma mémoire. »

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