Culture

Omar Rahbany : Je suis citoyen du monde, voici mon passeport

Rencontre

Le fils de Ghadi et petit-fils de Mansour Rahbani lance son premier opus. Un CD du monde, voyageur, et mêlant morceaux symphoniques, jazz, tango, chansons et sonorités orientales.

20/02/2017

C'est un Rahbani de la troisième génération. Auteur, compositeur et producteur, il s'appelle Omar Rahbany – « avec un Y », insiste-t-il. Il a 28 ans, l'allure plutôt classique, mais les propos et la musique libres, voire audacieux.

« J'ai grandi à Beyrouth. Et cette ville, tiraillée entre différentes cultures, communautés et langues, a eu sur moi l'impact d'une épée à double tranchant. Elle a forgé mon identité d'être humain, entre confusion, créativité et lutte. Aujourd'hui, je me sens bien plus citoyen du monde que libanais, et la seule appartenance que je revendique est celle de la planète Terre », affirme, un brin frondeur, le jeune homme. Et d'ajouter : « Voici mon passeport », en tendant son CD avec la solennité d'un officier d'état civil vous remettant un laissez-passer très convoité.

Avec sa couverture rigide de couleur havane, frappée d'un sigle central – « inspiré de la géométrie sacrée des civilisations anciennes », signale Omar Rahbany –, l'opus évoque fortement en effet un document de voyage. Sauf que celui-ci vous ouvre les portes des territoires musicaux multiples que ce jeune musicien a explorés pendant 3 ans pour composer sa première compilation, justement baptisée... Passeport. Un disque enregistré dans les studios d'Élias Rahbani, puis mixé au Real World Studios à Londres.

Enfant de la balle

Dix morceaux qui s'enchaînent avec fluidité et harmonie pour offrir une sorte de narration sonore et voyageuse, par-delà sonorités symphoniques, jazzy, tango et un trio de chansons orientales largement relevées de notes rahbaniennes. Car, tout affranchi qu'il soit de leur répertoire, le jeune musicien ne renie pas l'apport des frères Rahbani, Assi et Mansour son grand-père, à la musique libanaise. Et leur influence sur toute une génération d'artistes.

En véritable enfant de la balle, Omar a grandi dans les studios d'enregistrement et les coulisses des spectacles du clan familial. « Cela a formé mon goût pour un art total, associant images, sons, textes et mise en scène », indique-t-il. Imprégné de musique « depuis que j'étais dans le ventre de ma mère », soutient-il, il a appris le piano auprès de Hagop Arslanian, qui a été le professeur des seconde et troisième générations de la familia. Puis ce rétif à tout carcan, « ceux des cursus traditionnels comme des établissements classiques », a suivi sa propre voie. Celle des notes bleues, notamment, pour lesquelles il montre une nette prédilection dans Passeport. Féru également de tango, passion qu'il partage avec sa mère, Danielle, Omar Rahbany manie aussi avec aisance la caméra depuis sa prime jeunesse. « J'aime autant la narration musicale que cinématographique », assure ce réalisateur de courts-métrages qui vient de s'atteler à l'écriture d'un long scénario.

180 musiciens, 12 pays

Un éclectisme qui ne pouvait que se retrouver dans son premier opus. Lequel s'ouvre par un morceau symphonique, enchaîne sur la chanson (interprétée par Ghada Nehmé) d'une femme mariée amoureuse d'un très jeune homme, déploie ensuite ses percussions et bruitages sur le thème de la centrale de Zouk, avant de dérouler les mille sonorités évocatrices de la tour de Babel, puis d'enrouler ses notes sensuelles autour d'un tango, de dériver au fil des mouwachahate, de s'emporter sur une Anarkia et de terminer, en beauté, par Trip to the Moon, une reprise très personnelle de Jisr el-Qamar des frères Rahbani.

« C'est vrai que ce CD regroupe 10 pièces musicales différentes, mais elles se suivent si naturellement que je recommande de l'écouter d'un seul tenant, comme un film d'images sonores », insiste le compositeur et producteur (avec Mahdi Yahya) de cet album musical à la portée narrative aussi puissante que ses rythmes. Un Passeport pour la réalisation duquel l'ambitieux jeune artiste a réussi à réunir 180 musiciens de 12 pays. Dont des artistes de grande renommée. À l'instar du producteur et musicien de jazz Steve Rodby (13 Grammy Awards à son actif), du batteur américain (de Sting) Keith Carlock, du batteur algérien Karim Ziad, du guitariste américain Wayne Krantz ou encore du trompettiste américano-vietnamien Cuong Vu. « Sans oublier l'Orchestre symphonique de la ville de Kiev, les magnifiques musiciens locaux qui y ont collaboré ainsi que Bernard Hajj qui a signé le graphisme du livret », ajoute Omar Rahbany, qui s'envole pour Londres, première étape de son envol pour la scène musicale internationale. Une trajectoire à suivre...


Pour mémoire

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