Le 26 mars 1827, Beethoven est mort ! Cette nouvelle fracassante gagne Bonn, l'Allemagne, la planète entière. Le monde entier apprend, stupéfait, la disparition du grand compositeur de la neuvième symphonie en ré mineur, celui par qui la liberté fera date. Ce sourd, qui est parvenu à entendre une musique que jamais l'oreille humaine n'a pu percevoir, n'a jamais cessé d'obéir à l'appel mystérieux de transmettre au cœur humain cet espoir de fraternité. Lui qui pensait ouvrir par sa musique un nouveau ciel à l'esprit de l'homme et révéler la présence du divin dans chaque détail de la vie humaine s'est éteint sur terre pour briller au firmament des étoiles, étoile parmi les étoiles.
Il y a bientôt 190 ans mourait le compositeur qui marquera à jamais aussi bien l'époque classique que romantique et qui donnera à la musique savante ses notes de noblesse. Imperturbable, il poursuivait sa grande ambition, celle d'exprimer, à travers la musique, son aspiration pour le bonheur universel et d'assumer, ainsi, de la manière la plus noble, son devoir d'artiste. Ses compositions à succès, de la Pathétique à l'Appassionata, du concerto n° 1 op. 13 au concerto n° 5 op. 73 (L'Empereur), de l'Héroïque à l'Ode à la joie tout en passant par la Symphonie du destin, font surgir le monde musical de thèmes qui, avant lui, étaient proscrits. Avec l'énergie de ses souffrances, il parvint à donner à l'art une forme totalement révolutionnaire, ponctuée d'un nombre impressionnant de chefs-d'œuvre marqués par le style « héroïque » dont sa troisième symphonie qu'il appellera au moment de sa création la symphonie Bonaparte avant qu'il ne se décide à barrer le nom de ce dernier qui s'est proclamé empereur des Français : « Est-ce l'homme pour qui j'ai écrit cette symphonie, pour la liberté, l'égalité et la fraternité ? Ce tyran qui s'est fait empereur. » En effet, Beethoven ne pouvait vivre que selon sa conscience et ainsi se sentir investi d'une mission divine, celle qui incombe à l'artiste plus que toute autre personne de conquérir la liberté. Sa symphonie reçut alors pour la première fois son nom Sinfonia Eroica. La vie dramatique du compositeur allemand le poussa à lutter contre son propre et effroyable destin, celui d'éblouir le monde par sa musique dont il n'entendra point la moindre note. Il parlera lui-même de ce destin, en répondant à une question posée par Schindler quant à la signification des quatre notes d'ouverture de sa cinquième symphonie en do mineur, par : « Ainsi le destin frappe à la porte. » Il nommera cette symphonie : La symphonie du destin. La première de celle-ci, le 22 décembre 1808, ne fut pas tout à fait comme les autres : plusieurs fautes furent commises, mais le public accueillit tout avec enthousiasme jusqu'au moment où les musiciens furent indignés quand, par inadvertance, une petite erreur dans le passage « le plus simple au monde » – selon Beethoven –
fut commise. Beethoven imposa soudain le silence et cria à tue-tête : « Reprenez ! »
Bien que plongeant dans son silence, il voulait livrer à toute la planète un chef-d'œuvre qui se devrait de rassembler les hommes et il y arriva avec sa titanesque neuvième symphonie à travers laquelle il rendit immortel le poème de Schiller L'Ode à la joie. Celle-ci ne fut qu'une transcription de la voix intérieure qui retentissait encore et encore plus fort en lui et qui représentait un cri d'amour et de fraternité universels.
Beethoven est mort ! Cependant, ses chefs-d'œuvre continuent d'être un reflet de cette immense lumière divine qui l'habitait : Dieu nous parle à travers ses œuvres colossales dont le monde entier continue de bénéficier. Eh oui, l'amour divin ne nous abandonne jamais, il choisit continuellement des messagers de paix parmi nous – tels que Beethoven – pour nous édifier et nous renforcer. Je conclus avec la célèbre formule des artistes italiens que Beethoven utilisa lorsque sa cirrhose du foie l'envoya ad patres : « Plaudite, Amici ! Finita est comoedia ».


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