Le théâtre Ariston de San Remo, en Italie, où se déroule le Festival de la chanson depuis 1951 et qui s’est ouvert hier pour cinq jours. Marco Ravagli/AFP
En Italie, c'est une institution, même si les médias le disent régulièrement sur le déclin, « ringardisée ». Avec ses scandales et ses polémiques, le Festival de la chanson de San Remo reste la grand-messe cathodique des Italiens. Et le baromètre de leurs humeurs. De Venise à Palerme, ce rendez-vous populaire diffusé par la Rai, la télévision publique italienne, réunit pour cinq soirées d'affilée, chaque année en février, des millions de téléspectateurs, avec des audiences qui n'ont rien à envier aux matches de la Squadra Azzurra en Coupe du monde de football. Sa 67e édition s'est ouverte hier.
S'il fait partie du patrimoine culturel italien, le festival reste toutefois peu connu hors d'Italie. Créé en 1951 dans la cité balnéaire de San Remo, en Ligurie, ce concours musical est d'abord un révélateur de talents, même si ce rôle lui est aujourd'hui disputé par les nombreux télécrochets qui ont vu le jour sur les chaînes transalpines. L'un des premiers à avoir connu la notoriété grâce au festival fut Domenico Modugno, en 1958, dont le célèbre refrain Volare, symbole d'une Italie joyeuse en plein boom économique, est passé à la postérité.
Depuis, des dizaines d'artistes comme Adriano Celentano, Toto Cotugno, Eros Ramazzotti, Andrea Bocelli ou Laura Pausini ont vu leur carrière décoller après leur passage sur la scène du théâtre Ariston. La manifestation a aussi longtemps permis de sélectionner l'artiste et la chanson chargés de représenter l'Italie au concours Eurovision, qui a d'ailleurs été conçu en 1956 sur le modèle de son cousin italien.
Commedia dell'arte
Au cours de cinq soirées de plus de quatre heures, diffusées en heure de grande écoute, une trentaine d'artistes italiens, confirmés et jeunes talents, se soumettent au vote du public et d'un jury de professionnels. Une compétition qui ne manque pas d'alimenter chez les Italiens, y compris les expatriés qui le suivent de l'étranger, des débats aussi sérieux que passionnés.
S'il n'est plus la fierté nationale qu'il fut par le passé, le festival continue d'apporter, année après année, son lot de polémiques et de provocations. Comme en 2009, lorsqu'il s'était enflammé entre partisans et détracteurs du chanteur Povia, venu avec la chanson Luca era gay (Luca était gay), jugée homophobe parce qu'elle traitait d'un garçon homosexuel qui finit sa vie avec une femme, comme guéri d'une maladie. En 2010, le même Povia avait récidivé avec une chanson sur l'euthanasie, qui était alors au cœur de l'actualité. Il y a eu aussi l'irruption sur scène d'une femme nue venue protester contre la fourrure...
Ce côté commedia dell'arte n'est pas exempt de drames : en 1967, le chanteur Luigi Tenco, compagnon de Dalida, avait été retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel. Suicide ou meurtre ?
L'affaire n'a jamais été élucidée, mais la version le plus souvent retenue est que l'artiste s'est donné la mort parce qu'il ne s'était pas qualifié en finale.
(Source : AFP)

