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Nos lecteurs ont la parole - Par Caroline Torbey

Dans le coaltar

« Si l'aventure est dangereuse, la routine est mortelle. »
Paulo Coelho

Il est cinq heures de l'après-midi. Beyrouth est grise. Le centre-ville est gris. Les passants au teint gris et au regard vide tracent. Même le dôme de l'imposante mosquée sunnite, d'habitude d'un bleu vif, semble gris. Ce soir, Natasha a les pieds dans le brouillard gris. Elle rentre chez elle après une interminable journée de travail. Pilotant sa petite voiture, une Kia grise, elle se faufile mollement dans les ruelles, aussi grises que les matous qui l'habitent. Et là, elle a les genoux dans le brouillard. Comme tous les soirs, en arrivant sur l'avenue Fouad Chéhab, elle allume machinalement la radio en appuyant sur le petit bouton gris. Au sommaire, des manifestations qui dégénèrent, le problème des réfugiés syriens, les détritus qui s'accumulent sur les trottoirs, un accident ou deux, des embouteillages monstres sur l'autoroute. En gros, rien de nouveau. Mais pour l'instant, rien de tout cela ne l'intéresse. Elle s'inquiète de savoir d'où vient cet épais brouillard qui ne cesse de monter. Elle en a maintenant jusqu'aux cuisses. Au carrefour, elle tourne à gauche, comme tous les jours, en faisant bien attention au feu défaillant pour qu'il n'y ait pas de voiture qui traverse en même temps. Elle s'engage maintenant sur l'autoroute qui la mène vers sa maison, située en banlieue. Mais que se passe-t-il, cette fumée n'arrête pas de monter, elle lui arrive maintenant au nombril. Et elle commence à avoir chaud, très chaud. L'autoroute est, comme l'avait prévenu la radio, complètement bouchée. Autour d'elle ? Des gens qui, comme elle, connaissent leurs chemins par cœur. Ils fixent un point imaginaire à l'horizon, regardent tous dans la même direction, sans ciller, noyés dans leur conformisme. La fumée est maintenant au niveau de sa poitrine. Natasha commence à étouffer. Elle se ressaisit, se disant qu'elle était bientôt arrivée. Imaginez un instant... Que se passerait-il si l'un d'entre eux décidait de casser cette routine, cette loi qui oblige à regarder dans la même direction que les autres ?
Et pourquoi ce quelqu'un ne serait pas Natasha ? La fumée atteignait maintenant son cou. Elle suffoquait. Dans un élan d'espoir, elle tourna sa tête vers la droite et vit, à son plus grand bonheur, défiler à 140 km/heure des maisons colorées, des voitures rouges, des lampadaires d'un vert vif, des enseignes de magasins lumineuses, des arbres, verts pour la plupart, des oiseaux, noirs quant à eux. Et là, un tunnel avec une lumière éclatante au bout. Six heures, Natasha n'est plus.

« Si l'aventure est dangereuse, la routine est mortelle. »Paulo Coelho
Il est cinq heures de l'après-midi. Beyrouth est grise. Le centre-ville est gris. Les passants au teint gris et au regard vide tracent. Même le dôme de l'imposante mosquée sunnite, d'habitude d'un bleu vif, semble gris. Ce soir, Natasha a les pieds dans le brouillard gris. Elle rentre chez elle après une interminable journée de travail. Pilotant sa petite voiture, une Kia grise, elle se faufile mollement dans les ruelles, aussi grises que les matous qui l'habitent. Et là, elle a les genoux dans le brouillard. Comme tous les soirs, en arrivant sur l'avenue Fouad Chéhab, elle allume machinalement la radio en appuyant sur le petit bouton gris. Au sommaire, des manifestations qui dégénèrent, le problème des réfugiés syriens, les détritus qui...
commentaires (1)

Je n'ai pas compris. Natasha ? Pas un prenom de chez nous çà....

Marie-Hélène

08 h 29, le 04 février 2017

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Commentaires (1)

  • Je n'ai pas compris. Natasha ? Pas un prenom de chez nous çà....

    Marie-Hélène

    08 h 29, le 04 février 2017

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