Condamné à plus de 19 ans de prison pour corruption et blanchiment d’argent, Marcelo Odebrecht est détenu depuis juin 2015. Heuler Andrey/AFP
L'enquête Petrobras, sur le plus gros scandale de corruption de l'histoire du Brésil, est entrée cette semaine dans une phase décisive, avec la validation des confessions explosives de 77 anciens cadres du géant du BTP Odebrecht.
Le travail des enquêteurs de l'opération « Lavage express » a révélé un vaste réseau de pots-de-vin ayant détourné, via l'octroi de juteux marchés de sous-traitance surfacturés à des groupes de construction, quelque 6 milliards de réais (près de 2 milliards de dollars) du groupe pétrolier d'État. Des dizaines de chefs d'entreprise et personnalités politiques de tout bord sont déjà en prison.
Parmi eux, Marcelo Odebrecht, ancien président exécutif du groupe homonyme, détenu depuis juin 2015 et condamné à plus de 19 ans de prison pour corruption, blanchiment d'argent et appartenance à une organisation criminelle. Il a scellé, comme des dizaines d'anciens hauts dirigeants de l'entreprise, un accord de collaboration en échange d'une remise de peine. Leurs confessions devraient permettre d'en savoir plus sur le système complexe de financement parallèle de la politique au Brésil.
Odebrecht, l'un des plus gros groupes de construction d'Amérique latine, avec un chiffre d'affaires de près de 40 milliards de dollars en 2015, était sollicité pour réaliser des dons de campagne en échange de l'approbation de lois favorables au groupe ou de positions avantageuses dans les appels d'offres publics. Selon les enquêteurs, ce groupe organisait cette comptabilité occulte à travers un département appelé « secteur des opérations structurées », mais vite rebaptisé par les policiers « département pots-de-vin. »
Le président Temer mentionné
Le contenu des confessions des ex-cadres d'Odebrecht reste pour l'instant sous le sceau du secret de l'instruction mais plusieurs documents ont filtré dans les médias, comme le témoignage d'un ex-vice-président des relations institutionnelles du groupe, Claudio Melo Filho. Il a raconté ses réunions fréquentes avec des membres de la direction de l'actuel parti au pouvoir, le PMDB (centre-droit), dont le président Michel Temer, et la façon dont ils lui demandaient de l'argent pour financer des campagnes en échange de faveurs politiques.
M. Melo Filho a affirmé qu'en 2014, le groupe a donné dix millions de réais (4,2 millions de dollars) pour des campagnes du PMDB. Outre M. Temer, son chef de cabinet Eliseu Padilha est mentionné, de même que le chargé du programme d'investissements du gouvernement, Moreira Franco. Tous nient. Lui aussi cité hier par le journal Folha de São Paulo, l'ex-candidat à l'élection présidentielle Aecio Neves, du parti centriste PSDB, rejette toute implication.
La présidente de la Cour suprême a homologué lundi les confessions des 77 anciens cadres d'Odebrecht ayant noué des accords de collaboration avec la justice après avoir été inculpés. Avec cette validation, leurs témoignages sont officiellement inclus dans l'enquête et pourront donc être utilisés pour procéder à de nouvelles inculpations, qui s'ajouteraient aux 259 déjà survenues dans cette affaire.
Odebrecht et sa filiale de pétrochimie Braskem ont accepté fin décembre de payer des amendes record de 3,5 milliards de dollars aux autorités brésiliennes, suisses et américaines afin de tourner la page et reprendre les affaires.
(Source : AFP)


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