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Nos lecteurs ont la parole - Par Fady Bustros

Proportionnelle : risque de contrefaçon

Défiant une vérité et peut-être aussi la vague démagogique ambiante, peu d'entre nous osent avouer qu'au vu de la situation et des divisions politiques que nous vivons depuis quelques années, il serait inapproprié de mettre en place une loi électorale à la proportionnelle malgré l'attrait de cette formule qui alloue une transparente représentation qui met fin à la règle du 50,01% qui rafle tout. Les conditions qui nous permettraient de prendre plein avantage des effets du scrutin proportionnel n'existent malheureusement pas encore dans notre pays du fait que nous sommes notamment en manque de:
• vision partagée quant à la nature du système politique et du rôle et de la prééminence de l'État ;
• valeurs citoyennes qui sont confrontées à des blocages confessionnels et claniques;
• partis politiques structurés et partiellement multiconfessionnels, ou coalitions solides, liés par un projet national et global;
• l'accord réel sur nos politiques étrangères et de défense, sources de problèmes depuis des décennies.

La proportionnelle favorise le morcellement de la représentation en légitimant la plus grande partie de nos minorités politiques qui sont, par les temps présents, majoritairement de nature extrémiste ; avons-nous vraiment besoin d'accorder tribune et surcroît de représentations aux radicaux de tous genres (fanatiques et religieux de tous bords, ou apôtres d'une fédération déguisée, féodaux ou autres aspirants à des tentations supranationales)? Est-ce que ces courants représentent le point de départ du Liban moderne auquel nous aspirons? Il nous manque certes un Parlement plus représentatif et bien plus qualifié que celui que nous avons élu avec la loi électorale actuelle, mais cet objectif peut être atteint par une série d'améliorations techniques qui nous permettraient d'ici à 2021 (date de la prochaine consultation électorale) d'être mieux préparés à adopter une loi électorale que le tissu national pourra alors digérer et qui ne viendrait pas se greffer sur notre vie politique comme un corps étranger. Il ne faut pas aussi oublier que la mise en place intégrale des dispositions de l'accord de Taëf rendra l'adoption d'une nouvelle loi électorale bien plus aisée après la mise en place d'un Sénat voué à la représentation des rites et confessions. Cela ouvre ainsi la voie à des formulations électorales modernes digérables par notre population diversifiée mais qui sera, d'ici-là, moins fragmentée et pour qui la notion d'État sera alors une vision mieux partagée.
Quelles seraient les améliorations qui devraient être simultanément appliquées au mode de scrutin actuel si nous voulons des élections législatives avant la fin de l'été, et que nous apporteraient-elles? Il en est une qui s'imposerait de manière naturelle et immédiate; le rajeunissement du Parlement par le simple fait que près de 40% des députés âgés ou jugés non performants par leur famille politique ne seraient plus candidats ou reconduits; cela n'est pas négligeable en terme d'énergie et de productivité.
1. L'introduction du bulletin préimprimé: le votant coche les noms et photos des élus sur un document unique, le même pour tous. Finis les achats de voix à grande échelle sur base des listes distribuées et contrôlées par les machines électorales; cette mesure peut améliorer la représentation de manière significative (15 à 20%) tout en encourageant les citoyens à voter.
2. La mise en place du vote hors site facultatif: il ne viendrait pas, à titre d'exemple, à l'esprit d'un citoyen anti-Forces libanaises, anti-Hezbollah, antimouvement du Futur ou antizaïm local, résidant dans le Grand-Beyrouth (1,8 million d'habitants) de se diriger à Bécharré, Aita el-Chaab ou Saäda, ou tout district éloigné pour élire un candidat concurrent à ces 4 postulants. La mise à disposition de bureaux de vote facultatifs/optionnels dans chaque mohafazat (BIEL pour élections du Mont-Liban et 2 stades sportifs sur le littoral pour d'autres régions) permettrait à des dizaines de milliers de nouveaux électeurs de s'exprimer librement tout en permettant aussi d'améliorer dans une proposition de 15 à 20% les taux de participations que nous connaissions dans le passé. Cette mesure augmenterait donc la participation et poussera aussi les leaders-faiseurs de listes à anticiper les votes de sanction en améliorant la qualité des candidats qu'ils vont cautionner dans diverses circonscriptions; elle pourrait aussi favoriser la candidature de candidats indépendants.
3. La mise en place du quota féminin (20% de candidatures et d'élus) apporterait aussi une part de renouveau et de représentativité à la nouvelle Chambre de députés. Sans oublier enfin la désignation de membres qualifiés à la Commission de supervision de la campagne électorale et l'interdiction, quelques mois ou semaines avant tout scrutin, du cumul ministériel avec une candidature aux élections; la majorité des améliorations précitées avaient été votées en commission alors que d'autres, s'agissant de dispositions techniques, ne nécessitent qu'une décision gouvernementale. Si tous les points précités devaient être mis en œuvre, il nous sera possible d'anticiper une nette amélioration de la représentativité (30 à 40%) et un important rajeunissement de nos élus (plus de 40%) ainsi qu'une amélioration qualitative de nos édiles oscillant entre 15 et 20% avec tout ce que cela représente en termes de productivité et qualifications, au sein d'un Parlement qui pourra être en exercice dans quelques mois et qui devrait s'atteler, quatre ans durant, à mettre en place les dispositions constitutionnelles de Taëf et autres réformes (loi sur les partis, refonte de l'administration, etc.); cela nous permettrait alors de choisir, avec bien plus de moyens et de sérénité, une loi électorale adaptée, qui pourra alors servir de moteur pour une saine alternance du pouvoir législatif. Il est vrai que la composition politique de la nouvelle Assemblée ne serait pas très différente du Parlement sortant, mais c'est bien ce à quoi s'emploient toutes les composantes actuelles de notre paysage politique à qui il est demandé d'élaborer une nouvelle loi électorale qui ne pourra donc voir le jour que tronquée, du fait de cet impératif vital.
Le réalisme dicte donc d'exiger l'adoption d'un changement sensible et dans la douceur, en lieu et place d'un brutal bouleversement qui rendra la gouvernance de notre pays encore plus compliquée.
On ne demande pas à un couturier de confectionner un habit surdimensionné...

Défiant une vérité et peut-être aussi la vague démagogique ambiante, peu d'entre nous osent avouer qu'au vu de la situation et des divisions politiques que nous vivons depuis quelques années, il serait inapproprié de mettre en place une loi électorale à la proportionnelle malgré l'attrait de cette formule qui alloue une transparente représentation qui met fin à la règle du 50,01% qui rafle tout. Les conditions qui nous permettraient de prendre plein avantage des effets du scrutin proportionnel n'existent malheureusement pas encore dans notre pays du fait que nous sommes notamment en manque de:• vision partagée quant à la nature du système politique et du rôle et de la prééminence de l'État ;• valeurs citoyennes qui sont confrontées à des blocages confessionnels et claniques;• partis politiques structurés et...
commentaires (5)

" La règle des 50,01% qui rafle tout". Aux élections législatives de 2009, la liste de Michel Aoun avait obtenu 51,59% des suffrages au Kesrouan, elle avait raflé cinq députés sur cinq candidats. Est-ce normal ? La même liste aux législatives de 2005, avait obtenu 63,37% des suffrages, elle avait raflé les cinq députés. est-ce cela la démocratie représentative ? (Source : Le journal An-Nahar).

Annie

18 h 06, le 28 janvier 2017

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Commentaires (5)

  • " La règle des 50,01% qui rafle tout". Aux élections législatives de 2009, la liste de Michel Aoun avait obtenu 51,59% des suffrages au Kesrouan, elle avait raflé cinq députés sur cinq candidats. Est-ce normal ? La même liste aux législatives de 2005, avait obtenu 63,37% des suffrages, elle avait raflé les cinq députés. est-ce cela la démocratie représentative ? (Source : Le journal An-Nahar).

    Annie

    18 h 06, le 28 janvier 2017

  • BRAVO Fady Bustros pour avoir su decortiquer nos maux, (malheurs je dirais) MILLE FOIS BRAVO SURTOUT pour la artie qui suit: ""l'accord réel sur nos politiques étrangères et de défense, sources de problèmes depuis des décennies"" OUI,C cela , qui veut aussi dire en d'autres termes: notre appartenance au Liban et SEULEMENT au Liban..... quand sera t il exauce ce reve ?

    Gaby SIOUFI

    10 h 20, le 28 janvier 2017

  • "La mise en place du quota féminin (20% de candidatures et d'élues)." ! Pourquoi 20% seulement ? Pourquoi pas 30, 40 ou même 50%. Tss-tss !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 15, le 28 janvier 2017

  • bravo pour les propositions certes, courageuses,mais les fuites semblent nous reserver un systeme de proportionelle inversee.La bousta fontionnera toujours.Fouad Boutros, Raymond Barre,... vont se retourner dans leur tombe

    Helou Helou

    10 h 07, le 28 janvier 2017

  • Denses mais d excellentes idees

    Jihad Mouracadeh

    09 h 08, le 28 janvier 2017

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