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Campus

Stages professionnels : expérience enrichissante ou perte de temps ?

Formation

Les stages constituent, pour les jeunes étudiants, une première vraie expérience professionnelle. Mais si pour certains cette expérience s'avère positive et enrichissante, pour d'autres elle est souvent vécue comme un fiasco et une terrible perte de temps.

27/01/2017

L'affaire fait l'unanimité, sur le principe du moins : les jeunes sont d'accord sur l'importance des stages, nouvelle étape obligatoire dans leur cursus universitaire. Bien choisi, le stage leur « apporte des compétences et une connaissance du monde de l'entreprise », les sensibilise au « respect de la hiérarchie, à la rigueur au niveau des horaires et au travail en équipe », et surtout leur permet « d'appliquer les connaissances acquises lors de leur cursus universitaire », disent-ils.
Toutefois, en pratique, les stages sont souvent mal gérés et deviennent un vrai cauchemar pour les étudiants, les laissant avec un sentiment d'inutilité et de frustration. « J'ai passé les deux premières semaines à faire le job d'un planton : classement de feuilles, photocopies, sans rien apprendre d'intéressant », déplore Souraya en 2e année de publicité et vente à l'USJ qui a entrepris un stage d'un mois dans une grande société de produits pharmaceutiques. « Je sentais que j'étais un poids pour les employés qui s'occupaient très peu de moi. Ils m'envoyaient souvent faire l'inventaire des produits dans les pharmacies, sans m'expliquer l'objectif du travail. Et lorsque l'on m'a demandé de rédiger un rapport sur les résultats obtenus, personne ne l'a jamais corrigé ou même lu ! » Même sentiment de frustration pour Ahmad, en dernière année d'études bancaires à la LAU. « La personne en charge de moi ne me donnait aucune responsabilité de peur que je ne fasse de fautes. Je passais des heures à regarder le déroulement des opérations au guichet, assis sur une chaise derrière le comptoir, sans poser de questions. Au bout de deux semaines, j'ai demandé à être muté dans un autre département. Là au moins la responsable m'expliquait chaque opération qu'elle faisait. Mais, objectivement, je n'ai pas appris grand-chose. »

Les conditions d'un bon stage
De quoi dépend dès lors un bon stage ? « Du sérieux des responsables de stage et de l'engagement des sociétés envers les stagiaires, répond sans hésiter Joanna, en 3e année de gestion et management à l'AUB, qui a fait un excellent stage dans une société de distributions de produits alimentaires. Mon chef de département était un jeune homme fraîchement rentré des États-Unis. Il comprenait l'importance de ces stages, prenait la peine de m'expliquer chaque étape et me donnait beaucoup de responsabilités. Au bout de quelques semaines, il m'a appris les différentes démarches à suivre pour présenter un rapport de projets et m'a même permis d'assister à toutes les réunions internes avec les clients. J'ai beaucoup appris tant au niveau de la discipline et de la rigueur du travail, qu'au niveau d'une présentation et d'un rapport de réunions. À la fin de mon stage, j'ai même présenté un rapport devant mon chef de service. C'était très impressionnant ! »
Même son de cloche pour Ronalda, 24 ans, en 1re année de master en droit à l'Université libanaise, qui a entrepris deux mois de stage dans un bureau d'études de droit. « Si je réussis un jour dans mon domaine, c'est grâce à l'avocate qui m'a bien formée et a pris la peine de m'expliquer tous les engrenages de ce métier, affirme la jeune fille. Au bout de deux semaines de stage, je rédigeais déjà des procès-verbaux pour tous les chèques émis sans provisions, je remplissais toutes les formalités à présenter aux autorités et aux postes de gendarmerie. L'avocate corrigeait mes textes et m'expliquait les termes juridiques à utiliser. Elle m'a même introduite au Palais de justice. J'ai pu côtoyer de près le monde du barreau et des tribunaux, et me suis beaucoup familiarisée avec les différents départements de cette institution. »

Étape indispensable
Bien ou mal gérés, ces stages sont indispensables pour comprendre la réalité du monde du travail. Un constat que font tous les étudiants interviewés, même s'ils déplorent « le manque de sérieux de certaines sociétés qui n'ont pas encore compris l'importance de cette étape ». « J'ai réalisé que la réalité sur le terrain est de loin différente de ce que l'on apprend durant les cours, souligne Sophie, étudiante en 3e année d'architecture à l'ALBA. J'ai dû user de beaucoup de patience et de psychologie pour traiter avec les clients, durant mon stage. Mais j'ai surtout appris la rigueur, le respect des échéances d'un projet, choses que j'ignorais au cours de mes cours universitaires. » Joanna, quant à elle, admet que son stage lui a ouvert beaucoup d'opportunités de travail. « Certaines sociétés considèrent l'expérience sur le terrain plus importante que les diplômes acquis. Plus on en fait et plus on a la chance d'être rapidement embauché. C'est un énorme atout dans un CV ! »
Malheureusement ,au Liban, peu de sociétés prennent encore au sérieux cette période de formation des jeunes étudiants. Très souvent, elles refusent ceux qui ne sont pas appuyés par la faculté et donnent la priorité aux élèves dont le stage est noté et obligatoire. « Le problème se situe au niveau des places à l'intérieur des bureaux et au niveau de l'investissement en temps et en travail », affirme Carmen Semaan, directrice des ressources humaines dans une société de distributions alimentaires. Les employés débordés ont souvent du mal à terminer leurs propres tâches et arrivent à peine à s'occuper des stagiaires. La plupart des sociétés n'ont même pas de programmes de formation pour bien les encadrer. « Heureusement, certaines grandes sociétés au Liban et grands hôtels, par exemple, l'ont compris. Ils ont mis en place un programme de formation interne dans les différents départements : missions sur le terrain accompagnés de leur coach, suivi et explications de chaque démarche entreprise, familiarisation avec les différents départements de l'entreprise... » Mais la réussite d'un stage dépend immanquablement de trois acteurs : l'élève, la société et l'enseignant qui doit bien encadrer ses étudiants, martèle la DRH. Si l'un manque à son « devoir, c'est l'élève malheureusement qui en fera les frais » !

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