Je suis sortie hier exsangue de la pleine lune, les traits défaits. Mais néanmoins à bon compte quand je pense à mon oncle Antoine qu'elle avait emporté. N'empêche que lui se languissait de sa femme, disparue quelques mois plus tôt. C'était comme un appel du pied, un bâton pour se faire battre en ce qui le concerne. On ne dit pas assez, à cet effet, la solidarité des vieux devant la mort. Cet héroïsme en solitaire. Celui des hommes surtout. Parce que des femmes, il y en a beaucoup qui coulent une vie tranquille après avoir accroché au mur la photo du défunt. Elles trottent dans la maison, époussettent les meubles et vaquent à leurs besognes sous son regard tutélaire. Mais les hommes, eux, sont plus fragiles. Nombre d'entre eux n'ont pas admis qu'ils puissent manger ou dormir tous seuls. Antoine est de ceux-là. Il n'avait d'ailleurs pas admis que sa femme pût respirer sans lui. Ou le contraire. Et les voilà tous deux, main dans la main, comme Aragon et Elsa ou Van Gogh et son frère, même s'il peut arriver parfois que le premier ignore auprès de qui il est couché.


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