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Nos lecteurs ont la parole - Par Jihad Mouracadeh

On n’abat pas le Cèdre du Liban

Au lendemain de la chute du mur de Berlin, l'historien Francis Fukuyama écrivait un livre intitulé La fin de l'histoire. Au lendemain de l'élection du président Aoun on peut assumer que c'est la fin du clivage politique 8 Mars-14 Mars qui paralysa le pays pendant plus de dix ans. Si une ère nouvelle s'est ouverte pour le monde en 1989 il faut espérer qu'une ère nouvelle s'ouvrira pour le Liban en 2017. Dans un environnement politique, militaire, économique et financier de plus en plus incertain (Brexit, Trump, les crises régionales, le terrorisme, la crise financière de 2008...), le Liban qui ne tenait que sur deux piliers, militaire et financier, a abouti à l'échéance présidentielle cahin-caha. Cette échéance qui recomposa le paysage politique et diminua les tensions entre les acteurs principaux sur la scène locale devrait mener à terme à la consolidation de ce troisième pilier.
Cela nous mène à une réflexion sur la consolidation des deux premiers piliers, militaire et financier. Le pilier militaire et sécuritaire bénéficia d'un commandement éclairé qui a fait fi du clivage politique pour se consacrer à la défense du Liban. De même les secteurs économiques et financiers n'eurent cure de ces clivages focalisant leurs efforts sur le Liban d'abord dont les intérêts en la matière traversent toutes les couches de la population. Il faut espérer que le Liban politique saura faire preuve d'une sagesse équivalente. C'est dans cet esprit que j'en viens à la politique monétaire de la Banque du Liban si injustement critiquée ces derniers temps par certains économistes. Il est à noter que la politique monétaire de la BDL ne s'élabore pas dans le vide mais avec le concours de l'Association des banques ainsi que les recommandations de la Commission de contrôle des banques qui veille tant sur la santé des institutions financières que sur celle des secteurs économiques afin de prévenir les crises qui pourraient les toucher et affecter ainsi les banques. Par ailleurs, le gouverneur de la Banque du Liban veille en plus à maintenir les relations avec les autorités financières internationales dans le respect des lois et règlements internationaux afin de maintenir la crédibilité du secteur financier. Ceci n'est pas une mince affaire surtout quand on doit traiter avec un département du Trésor américain intransigeant avec le blanchiment d'argent et les organisations qu'il qualifie de terroristes et avec les règlements internationaux qui concernent les paradis fiscaux et l'évasion fiscale tout en maintenant le secret bancaire. La nécessité pour les Libanais d'opérer économiquement et financièrement en toute liberté est à ce prix.
Cerise sur le gâteau, un gouvernement opérant sans budget depuis dix ans qui recourt à des emprunts réguliers auprès des marchés afin de financer des déficits sans cesse en augmentation. Faut-il ajouter une expansion régionale des banques libanaises, à bon escient à l'époque, soudain touchées par la multitude des crises qui nous entourent, ce qui, combiné à un marché local en plein marasme depuis cinq ans, fragilisa leur solidité financière. La crise politique avec les pays du Golfe acheva de briser les reins du système financier libanais. Afin de pallier l'irresponsabilité de la classe politique, le gouverneur de la Banque du Liban a pris une série de mesures encourageant les banques à soutenir tantôt le crédit à la consommation, tantôt les crédits hypothécaires permettant aux Libanais d'être propriétaires de leur logement ainsi que le circulaire 331 encourageant les start-up dans le domaine de la technologie de l'information s'octroyant par la même un rôle au-delà de la simple responsabilité de la politique monétaire.
Cet esprit de consultation avec les professionnels afin de permettre un rôle actif de la BDL dans le soutien à l'économie reflète non seulement une attitude constructive et coopérative mais visionnaire aussi qui a réussi à dépasser le climat politique tendu dans l'intérêt du Liban et des Libanais. Je ne m'étendrais pas sur les critiques dont fait l'objet la BDL et son gouverneur si ce n'est pour relever la faiblesse de la presse économique au Liban (à quelques exceptions près). Ainsi il y a quelques jours encore un économiste de renom faisait des observations erronées sur la politique de la BDL dans un grand quotidien sans que nul n'y trouve à redire. Considérer que les taux d'intérêt dépendent de l'offre et de la demande d'une monnaie ignore totalement les circuits financiers tels les émissions des bons du Trésor qui contribuent à pomper les liquidités et influent sur les taux d'intérêt. Déclarer que les dépôts des banques auprès de la BDL réduisent leur capacité de soutien à l'économie, c'est ignorer que les banques souffrent d'un manque de confiance dans une économie fragilisée par les soubresauts politiques auquel la BDL tente de remédier. Finalement, confondre les intérêts créditeurs que la BDL verse sur les dépôts des banques libanaises avec la dette de l'État libanais relève d'une confusion entre les opérations courantes de la BDL et l'endettement de l'État. Les deux opérations étant de nature profondément différente. L'une est une opération sur les marchés monétaires qui rentre dans les prérogatives de la BDL, l'autre constitue un endettement de l'État libanais.
Ce déficit généralisé de culture économique et financière, tant au niveau politique qu'à celui de l'information ou de certains experts économiques, impose au pilier politique en voie de consolidation un sens des responsabilités et une maturité similaires à ceux dont font preuve les deux autres piliers sécuritaires et financiers. En attendant, il serait hâtif, voire même irresponsable, de scier la branche du Cèdre sur laquelle les Libanais se sont appuyés malgré tous les aléas de la conjoncture.
On n'abat pas le Cèdre du Liban !

Au lendemain de la chute du mur de Berlin, l'historien Francis Fukuyama écrivait un livre intitulé La fin de l'histoire. Au lendemain de l'élection du président Aoun on peut assumer que c'est la fin du clivage politique 8 Mars-14 Mars qui paralysa le pays pendant plus de dix ans. Si une ère nouvelle s'est ouverte pour le monde en 1989 il faut espérer qu'une ère nouvelle s'ouvrira pour le Liban en 2017. Dans un environnement politique, militaire, économique et financier de plus en plus incertain (Brexit, Trump, les crises régionales, le terrorisme, la crise financière de 2008...), le Liban qui ne tenait que sur deux piliers, militaire et financier, a abouti à l'échéance présidentielle cahin-caha. Cette échéance qui recomposa le paysage politique et diminua les tensions entre les acteurs principaux sur la scène locale...
commentaires (5)

NI ON LE DERACINE !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

19 h 14, le 26 janvier 2017

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Commentaires (5)

  • NI ON LE DERACINE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    19 h 14, le 26 janvier 2017

  • Merci dans tous les cas, M. Mouracadéh, pour votre réponse. Pour ce qui est des idées de M. Yahchouchi et des miennes, qui semblent ; selon vous ; être "partagées", tant pis ou plutôt, espérons, tant mieux pour nous deux et surtout pour ce "Pays".... du Cèdre.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    17 h 38, le 26 janvier 2017

  • Mon article Mr Karamoun s adresse precisement au public non averti qui passe facilement aux conclusions En l occurence je faisais reference a une interview dans An Nahar de Mr Elie Yahchouchi qui semble partager vos idees

    Jihad Mouracadeh

    17 h 11, le 26 janvier 2017

  • "Il serait hâtif, voire même irresponsable, de scier la branche du Cèdre(?) sur laquelle les Libanais se sont appuyés malgré tous les aléas de la conjoncture." ! Simple question : De quelle "branche" ? Celle bancaire et financière qui n'a fait qu'endetter le plus l’État !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 44, le 26 janvier 2017

  • "Confondre les intérêts créditeurs que la BDL verse sur les dépôts des banques libanaises avec la dette de l'État libanais, relève d'une confusion entre les opérations courantes de la BDL et l'endettement de l'État. Les deux opérations étant de nature profondément différente." ! Que nenni ! Car, la BDL verse des intérêts créditeurs trop élevés sur les dépôts des banques libanaises ; bloquant par-là l'investissement ; tout en "prêtant" à l’État libanais à des taux encore plus élevés.... et donc "usuriers".... l'endettant ainsi de plus en plus ! CQFD.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 39, le 26 janvier 2017

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