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Culture - En France

Il rêve de marcher sur les nuages mais pour le moment, il couve des œufs

De nouvelles expériences intenses pour Abraham Poincheval, artiste né en 1972, aux allures de navigateur solitaire, spécialiste des performances extrêmes.

L’artiste Abraham Poincheval sur une plate-forme à 20 m de haut devant la gare de Lyon à Paris (26 septembre 2016). © Christophe Archambault/AFP

Il avait déjà vécu deux semaines à l'intérieur d'un ours naturalisé ou sur une plate-forme perchée à 20 mètres de hauteur. En février, l'artiste français Abraham Poincheval va s'enfermer pendant une semaine dans un rocher au palais de Tokyo, à Paris... avant de couver des œufs.
Le 22 février, Abraham Poincheval se glissera, au cœur d'un bloc de pierre de douze tonnes, dans une cavité reprenant, légèrement agrandie, la forme de sa silhouette assise. Les deux blocs de pierre seront ensuite réassemblés.
L'artiste n'est censé en ressortir qu'une semaine plus tard. Pour toute aération, un conduit percé à travers la pierre, pour toute nourriture, un peu de viande séchée et des briques de liquide. Et pour la sécurité un appareil de transmission du rythme cardiaque, un téléphone de secours et des exercices physiques adaptés à l'étroitesse des lieux.
Il s'agit d'« éprouver le temps du rocher », explique Abraham Poincheval, évoquant un récit de science-fiction où des extraterrestres extrêmement rapides trouvent les hommes tellement lents qu'ils les prennent pour des plantes et les dévorent.
« Ce n'est pas sous l'angle de l'exploit qu'il faut envisager le travail d'Abraham », explique le président du palais de Tokyo, Jean de Loisy, mais sous celui de « l'exploration intérieure, de la modification de soi, de la possibilité de vie dans d'autres règnes que le nôtre ».

Parler à la pierre
Peut-on parler de dimension mystique ? « Complètement », répond sans hésiter l'artiste. « Les apparitions, on trouve ça normal », dit-il, relatant une longue « visite » du sculpteur minimaliste américain Richard Nonas, lors d'une performance précédente où il était enfermé dans un trou sous une pierre d'une tonne.
La solitude n'est pas toujours la règle. Beaucoup de gens venaient « parler à la pierre ». Des anciens prisonniers qui avaient connu le mitard, mais aussi « une jeune fille intarissable sur l'achat de son violon », raconte Abraham Poincheval, qui a aussi expérimenté l'itinérance ou la transparence.
Avec Gyrovague, le voyage invisible, en 2011, il traverse la montagne depuis Digne-les-Bains, dans les Alpes françaises, jusqu'à Caralio en Italie, en poussant un cylindre qui est à la fois véhicule, abri et appareil photo.
Il a aussi remonté le Rhône à bord d'une bouteille géante (6 m de long) « échouée » plusieurs fois au bord du fleuve.
Ces sculptures seront exposées au palais de Tokyo avec des aquarelles et des dessins de préparation de ses performances.

Retrouver son temps propre
S'il n'a jamais été sur le point de craquer, ni jamais contraint d'interrompre une performance, Abraham Poincheval reconnaît que le temps de la sortie reste un moment délicat, marqué par une « journée de déprime », de « grands troubles intérieurs ».
« Il faut plusieurs semaines pour retrouver son temps propre », parfois plusieurs mois, confie ce père de deux jeunes enfants qu'il invite parfois à visiter ses sculptures.
Après chaque expérience, Abraham Poincheval change de peau, métaphoriquement mais aussi physiquement : « Je pèle », dit-il.
Pour la première fois, il va devoir enchaîner au palais de Tokyo deux expériences à trois semaines d'intervalle : après celle du rocher fin février, il entamera le 29 mars la couvaison d'une dizaine d'œufs de poule, « son premier travail avec du vivant ».
Une température moyenne de 37 degrés à maintenir pendant 26 jours, précise Abraham Poincheval qui consommera une nourriture appropriée (comme le gingembre) pour produire de la chaleur et utilisera un caparaçon pour la conserver, le tout filmé en vidéo 24h sur 24.
Après l'enfermement, les projets de l'artiste le portent plutôt vers les grands espaces et les hauteurs.
Il a passé une semaine à 20 m au-dessus du sol à l'occasion de la Nuit des musées – « est-ce qu'on peut être enfermé dans du vide ? »
Mais son rêve est de « marcher sur les nuages ». « Cela fait cinq ans que j'y travaille, dit-il, mais ce n'est pas encore au point. »

Antoine FROIDEFOND/AFP

Il avait déjà vécu deux semaines à l'intérieur d'un ours naturalisé ou sur une plate-forme perchée à 20 mètres de hauteur. En février, l'artiste français Abraham Poincheval va s'enfermer pendant une semaine dans un rocher au palais de Tokyo, à Paris... avant de couver des œufs.Le 22 février, Abraham Poincheval se glissera, au cœur d'un bloc de pierre de douze tonnes, dans une cavité reprenant, légèrement agrandie, la forme de sa silhouette assise. Les deux blocs de pierre seront ensuite réassemblés.L'artiste n'est censé en ressortir qu'une semaine plus tard. Pour toute aération, un conduit percé à travers la pierre, pour toute nourriture, un peu de viande séchée et des briques de liquide. Et pour la sécurité un appareil de transmission du rythme cardiaque, un téléphone de secours et des exercices physiques...
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