Trois artistes ont hanté les salles obscures de la ville éternelle pour extraire des films des photos. Guillaume de Sardes (commissaire de Photomed en France et au Liban) a choisi le (mythique) cinéma italien pour être au centre de cette édition 2017. Si le thème est le même, la démarche diffère pour Alain Fleischer, Richard Dumas et Sergio Strizzi. La preuve par trois œuvres...
Richard Dumas : portraitiste ou photographe ?

Michelangelo Antonioni et Enrica, Rome, 2002. (c) Richard Dumas
Ce portrait d'Antonioni, l'air absent et dont la tête est soutenue par sa femme Enrica, témoigne du travail singulier de ce photographe antipaparazzi. Bien que Richard Dumas ne soit pas portraitiste de studio, celui qui collabore régulièrement avec le quotidien Le Monde et a travaillé pour Libération offre à voir des photos en noir et blanc représentant souvent des acteurs, actrices ou autres figures du cinéma. À la différence d'autres photographes qui effectuent ce même exercice, celui de Dumas se fait plus intériorisant, sondant à la fois la lumière et le modèle pris à l'instant même, ce qui donne toute sa saveur et sa particularité à ses portraits. On est avec lui dans l'argentique mais aussi dans l'instantanéité la plus précise. La galerie de portraits présentée actuellement dans le cadre de Photomed a été réalisée entre 1995 et 2015, le plus souvent à l'occasion du Festival de Cannes.
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Sergio Strizzi, documentariste des films du cinéma italien

Jeanne Moreau et Marcello Mastroianni dans « La Notte » de Michelangelo Antonioni, 1961.
(c) Sergio Strizzi
Du début des années 1950 jusqu'à sa mort en 2004, le photographe a documenté les plus beaux tournages du cinéma italien. Comédiens et metteurs en scène de toutes les générations aimaient à se retrouver devant son objectif. Mais c'est particulièrement avec Michelangelo Antonioni que le photographe construit « une relation aussi brève qu'intense, celle qui le lia au cinéaste le temps de trois chefs-d'œuvre » : La Notte, l'Éclipse et Le Désert rouge. Dans cette photo prise à l'occasion de La Notte, « Strizzi arrive à saisir le désespoir de Mastroianni et l'allure souveraine de Jeanne Moreau », note Guillaume de Sardes. Fidèle à l'atmosphère du grand maître italien connu pour sa rigueur et son exigence, sa photo devient une toile qui authentifie une atmosphère vivante. Le commissaire de Photomed en France et au Liban affirme même qu'Antonioni a trouvé en Strizzi « non un collaborateur, mais un partenaire à sa mesure ».
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Alain Fleischer, randonnée sur les collines romaines

Série Cinecittà 1. (c) Alain Fleischer
Il est cinéaste, écrivain et photographe, vivant entre Paris, Rome et Tourcoing. Alain Fleischer a un lien étroit avec la capitale italienne. Tellement étroit qu'il a voulu projeter sur les murs de la cité des photogrammes extraits de films réalisés à Cinecittà – le sanctuaire du 7e art italien créé à la fin des années 30 sur le modèle hollywoodien. Mais il a aussi choisi comme films ceux qui ont pour décor la ville même, à l'instar de Vacances romaines de William Wyler, La Dolce Vita de Federico Fellini ou encore L'Éclipse de Michelangelo Antonioni. La photo perd toute sa fonction « captatrice » pour avoir un rôle de projecteur semblable au 7e art. Les clichés se fondent sur les collines de Rome et l'œil devient soudain interrogateur. Où s'arrête le cinéma et où commence la photo ?
* Les photographies d'Alain Fleischer, Richard Dumas et Sergio Strizzi sont exposées jusqu'au 8 février au siège de la banque Byblos (Achrafieh).
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Michelangelo Antonioni et Enrica, Rome, 2002. (c) Richard Dumas
Ce portrait d'Antonioni, l'air absent et dont la tête est soutenue par sa femme Enrica, témoigne du travail singulier de ce photographe antipaparazzi. Bien que Richard Dumas ne soit pas portraitiste de studio, celui qui collabore régulièrement avec le quotidien Le Monde et a travaillé pour Libération offre à voir des photos en noir et blanc représentant souvent des acteurs, actrices ou autres figures du cinéma. À la différence d'autres photographes qui effectuent ce même exercice, celui de Dumas se fait plus intériorisant, sondant à la fois la lumière et le modèle pris à l'instant même, ce qui donne toute sa saveur et sa particularité à ses portraits. On est avec lui dans l'argentique mais aussi dans...

