X

Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« Le jour de ma disparition, j’étais avec mes amis sur la corniche de Saïda »

Pour préserver l’espoir

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal »*. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social.

OLJ
13/04/2016

Mon nom est Ibrahim el-Kabech. Ce nom figure dans les registres de tous les postes de police de Saïda. « Ibrahim el-Kabech, disparu le 4 octobre 1984. »

Après avoir tout tenté pour me retrouver, mon père a estimé que cette procédure constituait son dernier recours. Il a pensé, sans trop y croire, que demander à tous les postes de police d'enquêter sur mon sort augmenterait ses chances de me retrouver. Ainsi, seize ans seulement après avoir enregistré ma naissance, il se présentait à nouveau devant les autorités pour enregistrer mon nom, le cœur, cette fois-ci, rempli d'inquiétude.

Il leur a donné le peu de détails dont il disposait : que j'avais l'habitude de l'aider au travail – il était cuisinier à la cantine de l'hôpital Hammoud à Saïda – et que, influencé par lui, je voulais faire des études en gestion hôtelière. Le jour de ma disparition, j'étais venu déposer à l'hôpital la mobylette que je m'étais récemment achetée et j'étais parti rejoindre mes amis sur la corniche. Depuis, il n'a plus eu de nouvelles de moi.
C'est l'histoire que mon père a racontée des dizaines de fois à des policiers qui, sachant d'avance qu'ils ne pourraient rien faire pour l'aider, ne l'écoutaient que d'une oreille distraite.

Les jours puis les mois ont passé. La seule information qui est parvenue à ma famille est celle concernant une explosion qui était survenue le jour même de ma disparition. Cette nouvelle, accompagnée d'aucun autre détail, devait tenir lieu d'explication. Pour tous, ma famille ne devait plus se poser de questions, j'étais probablement mort, il fallait faire son deuil.
Pourtant, trente-deux ans plus tard – peu importe le temps écoulé –, l'incertitude sur mon sort reste une profonde douleur pour ma famille.
Mon nom est Ibrahim el-Kabech. Mon histoire ne s'arrête pas là.

 

* « Fus'hat amal » est une plateforme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de Fus'hat amal à l'adresse: www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

À la une

Retour au dossier "Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner..."

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué