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Liban

Loi électorale : l’alternance, bête noire de la classe politique ?

Éclairage
16/01/2017

La loi électorale est devenue indéniablement le sujet le plus en vogue. Il ne se passe plus un seul jour sans que ce thème ne fasse l'objet de déclarations, de prises de position diverses et de conditions placées par les uns et les autres. Bref, une agitation qui peut faire croire à deux thèses paradoxales : soit que le dossier s'approche de la maturité, préludant à la naissance d'une nouvelle loi comme le préconise la majorité des protagonistes, dans les discours publics du moins, ce qui reste difficile à avaliser tant que les points de vue autour du texte « idéal » restent, pour l'instant, inconciliables. Soit qu'il s'agisse tout simplement d'une fuite en avant, histoire de meubler le temps qui nous sépare de l'échéance électorale en donnant l'illusion d'un bouillonnement d'idées et de débats publics, la solution la plus simple pour toutes les parties politiques étant en définitive un retour à la loi de 1960 que d'aucuns souhaiteraient voir reliftée.

C'est d'ailleurs la position que soutient ouvertement le chef du PSP, Walid Joumblatt, qui semble – et il n'est pas le seul – appréhender tout changement apporté au statu quo de la représentativité de sa formation à Aley et dans le Chouf, si l'on venait à se départir de la loi de 1960. Le bloc joumblattiste, qui a longtemps soutenu le système mixte (une combinaison de proportionnelle et de majoritaire) aux côtés des FL et du courant du Futur, a finalement dévoilé ses cartes en annonçant sa « préférence » pour la loi de 1960 qu'il souhaiterait toutefois légèrement amendée. « Puisque certains se sont évertués à lapider la loi de 1960, eh bien nous leur proposons de l'amender pour répondre à nos attentes, de la même manière que certains cherchent à l'amender à leur mesure », a affirmé hier sans ambages l'ancien ministre Waël Bou Faour. Le bloc du Rassemblement démocratique, qui vient d'amorcer une campagne de lobbying auprès des grands décideurs – le chef de l'État, le président de l'Assemblée et le Premier ministre – entend ainsi clairement exprimer son refus pour toute forme de proportionnelle dont le bloc joumblattiste sortirait écorné.

(Lire aussi : Samy Gemayel : Le club politique fermé étouffe les voix libres des opposants)

Le chef du PSP a enfin osé dire ce que beaucoup d'autres parties pensent tout bas : à savoir que le changement des poids et des représentations politiques en vigueur est inadmissible par les temps qui courent. Les nouvelles alliances en présence ainsi que la nature de la loi à adopter pouvant conduire à la marginalisation de certaines formations, comme le bloc du Rassemblement démocratique, et surprendre beaucoup d'autres, notamment le tandem chiite en cas d'introduction d'une dose plus ou moins importante de proportionnelle.

C'est ce qui fera d'ailleurs dire à un expert électoral qu'il faudra lire entre les lignes et décortiquer à la loupe les positions publiquement affichées par Amal et le Hezbollah. Les deux formations chiites réclament à cor et à cri la proportionnelle pure appliquée à la circonscription unique, alléguant la possibilité d'accès à l'hémicycle des minorités et indépendants de tous calibres.

Perte symptomatique

« Ce que les partis chiites affirment souhaiter ne reflète en aucun cas leurs aspirations réelles », commente la source. « Ni le Hezbollah ni Amal ne veulent s'aventurer dans la proportionnelle après le test des élections municipales qui ont ouvert la boîte de pandore en laissant échapper, au cœur même des bastions chiites au Liban-Sud et dans la Békaa, des élus indépendants », souligne Yara Nassar, directrice de l'Association libanaise pour des élections démocratiques (Lade). « Pour le tandem chiite, il s'agit d'une perte symbolique et hautement symptomatique des changements en cours », commente-t-elle.

Ce constat vient d'ailleurs rejoindre ce que plusieurs sources concordantes avaient déjà confié à L'OLJ, à savoir que le tandem chiite serait prêt aujourd'hui à accepter le système mixte quand bien même il continue de vanter haut et fort les bienfaits de la proportionnelle. Il serait d'ailleurs tout aussi satisfait d'un retour à la situation ante avec l'application de la loi de 1960, revue et corrigée pour plus de sécurité. Cette dernière option serait indéniablement, non seulement pour les partis chiites mais également pour tous les autres, la moins risquée et limiterait les surprises au minimum.

(Lire aussi : Les femmes revendiquent un quota d’au moins 30% aux prochaines élections)

Entre-temps, la classe politique dans sa majorité continue de montrer patte blanche, en donnant l'illusion d'une volonté réelle de changement et en faisant preuve de créativité continue en matière de nouveaux scrutins susceptibles d'être adoptés. Le nouveau projet parrainé par la présidence de la République, un scrutin à deux tours avec une combinaison de système majoritaire au premier tour (au niveau du caza) et de proportionnelle au second tour (au niveau du mohafazat) fait son chemin. Mais, quelles que soient les bonnes intentions dont serait animé le chef de l'État et son équipe et par delà l'intérêt général que pourrait représenter ce nouveau texte, force est de constater qu'aucun projet ne sera adopté tant qu'il ne garantit pas l'accès au Parlement de la vieille garde, l'alternance étant vraisemblablement la bête noire par excellence de la classe politique, conviennent les analystes.

Les acteurs civils l'ont bien compris. C'est ce qui explique le lancement d'une nouvelle campagne intitulée « un Parlement pour tout le Liban » , cautionnée par un réseau d'ONG et d'activistes tels que la Lade, la LTA (Lebanese Transparency Association) et plusieurs autres groupes à l'origine du mouvement de contestation civile né dans la foulée de la crise des déchets. Les membres du réseau préconisent la nécessité de l'adoption de la proportionnelle appliquée à des circonscriptions de taille « plutôt moyenne » comprenant 20 sièges. Imprégnés de l'esprit laïc, les tenants de ce projet tiennent absolument à opérer une nette distinction entre les motivations qui sous-tendent leur projet et celles qui sont à l'origine de la proportionnelle réclamée par Amal et le Hezbollah. « Pour nous, ce mode de scrutin n'est pas une idéologie, mais un moyen pour parvenir à nos objectifs, à savoir la réduction du clientélisme (que favorisent généralement les petites circonscriptions), l'atténuation du discours confessionnel et une représentation la plus fidèle possible de l'humeur et de la volonté des électeurs », explique Yara Nassar. « En définitif, ce n'est pas tant le mode du scrutin qui compte que ses effets. Même la proportionnelle peut avoir des effets pervers selon la manière dont elle est envisagée et la taille des circonscriptions prévue pour son application », conclut la responsable.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS CRIENT FAUTE DE VOULOIR BOSSER... LES FAINEANTS !

Irene Said

"...CLASSE POLITIQUE..." ???

NON !!!

Classe de voleurs, d'incapables, de corrompus !
Dans d'autres pays, on les aurait éliminés du paysage politique et renvoyés chez eux depuis longtemps !
Irène Saïd

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