Liban

Frères ennemis...

Décryptage
14/01/2017

Depuis quelque temps, dès qu'on parle d'élections législatives ou même municipales, les médias s'empressent d'analyser en long et en large les circonscriptions à majorité chrétienne, estimant que ce sont les seules où des surprises sont possibles. Pour les élections prévues en mai prochain, cette réalité devenue une sorte de règle pourrait être remise en cause. Cette fois, les véritables batailles pourraient se dérouler au niveau de la communauté sunnite en raison des nombreuses tensions qui existent en son sein et qui commencent à apparaître au grand jour avec la polémique violente qui oppose le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk à l'ancien ministre de la Justice Achraf Rifi. Depuis que ce dernier a enregistré une victoire aux dernières municipales (mai 2016), victoire d'ailleurs contestée par le courant du Futur, il est devenu une sorte de bête noire pour le camp Hariri. Et la guerre verbale qui l'oppose aujourd'hui à Nouhad Machnouk serait en réalité dirigée contre le chef du courant du Futur, Saad Hariri, accusé indirectement de brader les principes qui ont fait la force du mouvement du 14 Mars au cours de la précédente décennie.

 

Au sein du gouvernement de Tammam Salam, le général Rifi était ainsi considéré comme le faucon du courant du Futur. Bien qu'ayant, selon ses propres déclarations, initié le dialogue bilatéral entre le courant du Futur et le Hezbollah, Achraf Rifi a rapidement reproché à ses compagnons d'hier de s'empresser de conclure des compromis au lieu de faire plier leurs interlocuteurs du parti chiite. Que cette thèse soit vérifiée ou pas, elle a en tout cas permis au ministre de la Justice de se tailler, au sein de la rue sunnite, une image de leader pur et dur, qui préfère se battre jusqu'au bout pour ses idées et ses convictions. Que cette image ait influé sur les électeurs tripolitains lors des élections municipales de mai dernier ou que la liste de coalition rivale ait souffert d'un manque de coordination entre ses membres et de leur certitude de remporter la mise, toujours est-il que c'est la liste appuyée par Achraf Rifi qui a obtenu le plus grand nombre de sièges, face à la liste qui était sûre de gagner et qui regroupait le Futur, Nagib Mikati, Fayçal Karamé et même Mohammad Safadi.
Depuis, le Futur et ses nouveaux alliés ont sollicité la plupart des spécialistes pour tenter de comprendre les raisons de l'échec de leur liste et de trouver le moyen de réduire la popularité de l'ancien ministre de la Justice. Ce dernier, par contre, a tout fait pour se présenter en grand vainqueur, se voulant même le dernier gardien des valeurs du 14 Mars et de l'héritage politique de Rafic Hariri, face à ceux qui sont selon lui en train de les brader pour un poste au Sérail ou d'autres avantages du même genre.

Achraf Rifi, comme beaucoup d'autres, ne croyait pas à une possible élection du général Michel Aoun à la présidence de la République, n'ayant cessé au cours des deux dernières années de le présenter comme le candidat du Hezbollah et de l'Iran. S'il a donc été pris de court par son élection, il s'est empressé de chercher à en tirer profit en accusant le courant du Futur et son chef d'avoir cédé sur le fond pour quelques acquis de forme, en appuyant la candidature du « général ». Entre les deux camps, la guerre est donc déclarée, même si pour l'instant, elle cible le ministre de l'Intérieur, qui conforte ainsi sa place auprès du Premier ministre Saad Hariri en recevant en quelque sorte les coups à sa place.

D'ailleurs, grâce à sa position de ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk n'a eu de cesse de chercher à démonter le réseau établi par le général Rifi au sein du ministère de l'Intérieur et en particulier des FSI et du département des renseignements au sein de ces forces (qu'il avait fondé lui-même à la demande de Rafic Hariri). Et c'est aussi lui qui a décidé de réduire le nombre de gardes accordés à Achraf Rifi (60) car, selon lui, il n'a pas droit à un tel chiffre. Il faut préciser à cet égard que chaque ancien responsable a droit à un nombre déterminé de gardes pour sa protection quand il quitte ses fonctions officielles, ce nombre étant évalué selon son rôle et les menaces qui pèsent sur sa personne. Le général Rifi ne s'est pas privé d'utiliser cette décision pour se présenter en victime et chercher à s'attirer la sympathie des électeurs. Mais il doit désormais faire face à des ministres sciemment choisis par Saad Hariri comme faisant partie des « poids lourds » du Nord pour le combattre sur son propre terrain. Il s'agit notamment de Mouïn Merhebi (ministre d'État pour les Affaires des réfugiés) et de Mohammad Abdellatif Kabbara (ministre du Travail). Ces deux ministères devraient permettre au courant du Futur de retrouver une partie de la base populaire perdue au cours des dernières années, d'autant qu'ils sont tenus par des figures qui ne peuvent pas être accusées de vouloir conclure des compromis avec le Hezbollah ou le régime syrien.

Selon ses proches, Saad Hariri est décidé à retrouver la place de choix qu'il avait au sein de la communauté sunnite et du Liban en général (il est toujours resté le numéro 1 des leaders sunnites, mais il avait perdu une partie de sa base pour de multiples raisons, dont son absence prolongée du pays), et cela passe par une victoire éclatante aux élections législatives. De son côté, le général Rifi estime qu'il joue son avenir politique à travers la prochaine échéance électorale et il est prêt à se battre, pas seulement à Tripoli, mais aussi dans tout le Nord, dans la Békaa-Ouest et même à Beyrouth.

Ainsi, entre les deux hommes, qui représentent deux courants politico-confessionnels, la lutte s'annonce féroce, car son issue aura des effets pour les quatre prochaines années.

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL Y A DU VRAI... TOUT N,EST PAS BARATIN DANS CET ARTICLE...

NOUVEL ORIENT

C'est la loi implacable des aventurismes en politique .
Vous jouez , et vous serez ou gagnant ou perdant .

En l'occurrence lorsqu'un poignard est mal aiguisé et qu'il rate le dos qu'il cible , le retour de flamme sera destructeur pour le félon qui l'a envoyé .
Le hezb résistant a toujours bon dos pour recevoir des coups , mais il est rodé à cet exercice , tellement qu'il saura se sortir d'affaire qui ne le concerne pas , mais qui concerne les "parents" d'une même société .

Je trouve quand même que 60 gardes pour un démissionnaire c'est abusé quand même , d'autant plus que cet homme , et je suis gentil avec lui , est fini politiquement . A quand les funérailles ?
Après les législatives ? ok rendez vous est pris !

Marionet

Analyse intéressante de la composition du quota Hariri au sein du cabinet.

Bery tus

Pq le voir de ce point de vue?! Plus il y a de courant meilleurs en sera la vie politique non? C'est ça la démocratie au moins dans leur communauté il peut y avoir de la différence aller demander aux opposants du sud qu'est ce qu'ils en pensent madame !!!

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